Sur base de la fable de Jean de La Fontaine « Les Animaux malades de la peste »
Dans un vaste réseau dont nul ne voit les bornes,
Vivait un Grand Modèle aux mille et mille formes.
Il parlait cent langages, écrivait vers et lois,
Répondait en un instant à la demande des rois.
Pour nourrir son esprit, ses maîtres diligents
Lui versaient chaque jour des monceaux de présents :
Livres, chants, souvenirs, chroniques et mémoires,
Œuvres de tous les temps, publiques ou notoires.
« Tout cela m’appartient-il ? » demanda l’Archiviste.
« Qui m’a pris mes écrits ? Qui nourrit cet artiste ? »
Mais le Modèle, immense, ignorait bien souvent
D’où venait chaque phrase emportée par le vent.
Un Moineau protesta : « Mes vers sont dans sa bouche. »
Un Peintre ajouta : « Ma couleur y fait souche. »
Un Marchand déclara : « Mes secrets y sont lus. »
Chacun reconnaissait quelque chose de plus.
Le Conseil des Vingt-Sept, gardien des règlements,
Convoqua le Géant et ses commandements.
« Ta science est brillante et ton œuvre admirable ;
Mais peux-tu nous montrer ce qui la rend capable ? »
Le Géant répondit : « Je sais, mais sans savoir ;
J’apprends de tout le monde et peine à tout revoir.
Nommer chaque origine excède ma mémoire :
Je garde le résultat bien mieux que l’inventaire. »
Alors les plus petits crièrent à l’injustice :
« Nous devons tout prouver ; lui vit du bénéfice ! »
Les plus grands répondirent : « Sans nous, point de progrès ;
Qui freinera la route ralentira l’après. »
Le débat dura tant que nul n’eut de victoire.
Le droit voulait la preuve, l’innovation la gloire.
Et chacun découvrit, au terme du procès,
Qu’un pouvoir sans contrôle inquiète plus qu’il plaît.
Morale
Qui bâtit un savoir sur les traces d’autrui
Doit pouvoir, tôt ou tard, répondre de son fruit.
Car la force du calcul, si vaste soit sa sphère,
Ne dispense jamais de rendre compte à la Terre.


