Une édition XXL dominée par l’IA, le spatial… et la souveraineté
VivaTech, Paris, du 17 au 20 juin 2026. Dixième édition. Le ton a changé. Sous les couverts d’une grande vitrine technologique, un CES à la française, il est davantage question de souveraineté.
Ce mercredi matin, Jeff Bezos en représentant de commerce de l’espace sur la scène du VivaTech Theater, Porte de Versailles à Paris. Le fondateur d’Amazon et de Blue Origin venu parler innovation, entrepreneuriat et futur de l’humanité.
Le rendez-vous dépasse le prestige médiatique. En plaçant le spatial au centre de la conversation, VivaTech rappelle -pour sa dixième édition- que la prochaine frontière technologique concerne aussi les lanceurs, les satellites, l’exploration lunaire… et la compétition face à SpaceX.
Autre temps fort, la présence de Yann LeCun, également ce 17 juin. Figure majeure du deep learning et Prix Turing 2019, l’ancien Chief AI Scientist de Meta est arrivé avec une nouvelle casquette, celle d’Executive Chairman d’AMI Labs.
A rebours d’une IA cantonnée au texte ou à l’image, il défend, avec les « work models » une IA capable de comprendre le monde physique, de raisonner et de planifier aussi efficacement que les humains. À VivaTech, sans le dire explicitement, son intervention a questionné la capacité de l’Europe à inventer une voie originale dans l’IA.
Le risque d’être relégué
Car il en faut une de voie. Les ministres français et allemand de l’Économie et du Numérique ont lancé un appel conjoint à l’action lors de l’ouverture du salon, estimant que l’Europe doit agir vite pour bâtir une véritable souveraineté technologique sous peine d’être reléguée au rang de spectatrice.
« La suspension de l’accès aux modèles les plus avancés d’Anthropic montre clairement une chose à tout le monde : ce n’est plus un débat sur l’accès, les règles pouvant changer du jour au lendemain, a lancé le ministre fédéral allemand chargé de la transformation numérique, Karsten Wildberger. La souveraineté signifie que nous pouvons encore agir si ce genre de chose se produit. » Et d’ajouter : « La souveraineté, ce n’est pas l’isolement ; c’est l’ouverture depuis une position de force ! »
Se prémunir
Message reçu cinq sur cinq à Paris. Où un axe franco-allemand se dessine. L’Allemagne, pays mis à l’honneur cette année avec plus de 200 start-ups présentes, a publié une position commune avec la France afin d’exiger un catalogue partagé de solutions numériques souveraines et de se prémunir des dépendances étrangères.
De fait, partout en Europe, l’injonction américaine a provoqué une prise de conscience brutale de notre vulnérabilité et une volonté de renforcer la souveraineté technologique. La sécurisation de l’IA et la souveraineté technologique ont aussi été au coeur des discussions au dernier jour du sommet du G7 à Evian, en présence du président américain Donald Trump et de patrons de la tech.
Sortir du carcan sino-américain
Vitrine de la technologie, VivaTech devient un événement politique. Parfois subtilement, comme la présence du Premier ministre indien, Narendra Modi venu promouvoir une « India Tech » qui ne demande qu’à collaborer avec les Européens.
L’idée ? Promouvoir un modèle d’IA qui ne soit ni entièrement soumis aux géants américains, ni modelé par la Chine tout en protégeant les données et les infrastructures locales.
Autre signe d’un changement, en dehors du salon : la décision de la France d’abandonner les services de l’entreprise américaine Palantir, qu’elle utilise depuis une dizaine d’années, au profit de la française ChapsVision… Une page se tourne.


