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« La Vallée du Silicium », nouvelle Dead Valley ?

Mai 17, 2024 | Lifestyle | 0 commentaires

L’auteur de science-fiction Alain Damasio se met à l’essai et nous emporte dans la fabrique de notre monde connecté : la Silicon Valley. Un plaidoyer pour un rapport critique – mais néanmoins fasciné – à la technologie.

« Un iPhone ne se possède pas, il vous possède ! » Le ton est donné : nous sommes agis par les outils dessinés dans la Silicon Valley. Alain Damasio, auteur de science-fiction – ayant notamment signé « La Zone du dehors », « La Horde du contrevent » et « Les Furtifs »  s’est mis à l’essai, et même au reportage, avec un ouvrage inspiré de ses pérégrinations dans la région où notre monde connecté est façonné… « La Vallée du Silicium » (Seuil, 2024).

Au fil des pages, sept chroniques littéraires et une nouvelle de science-fiction. Reportage ? Roman ? Plutôt un essai « techno-poétique » mêlant fascination, nostalgie et espoir. Un curieux voyage partant du siège d’Apple -ce vaisseau spatial construit en forme de ring de 1.600 mètres de diamètre- aux quartiers dévastés par la drogue. C’est aussi des rencontres en portraits.

« La matérialité du monde est une mélancolie désormais », peut-on lire sur le bandeau du livre. La tech peut être triste : absence de matérialité, désir de ne plus toucher, de ne plus faire, mais de faire faire et d’abandonner une partie de soi, y compris de son corps et de son libre-arbitre aux machines… C’est dur.

Il nous manque un art de vivre avec les technologies

À San Francisco, les ultra-riches des GAFAM côtoient les plus pauvres et les plus drogués aux opiacés, sans pudeur, remarque l’auteur. C’est une ville sans empathie, sans lien. On se rend compte que la tech repousse l’altérité, la neutralise. Les réseaux sociaux nous connectent, mais ne nous lient pas. La vallée du silicium nous propose un monde d’« adulescents timides ». On croit voir un Mark Zuckerberg désoeuvré.

« Ce qui manque furieusement à notre époque, c’est un art de vivre avec les technologies, écrit Alain Damasio. Une faculté d’accueil et de filtre, d’empuissantement choisi et de déconnexion assumée. Des pratiques qui nous ouvrent le monde chaque fois que l’addiction rôde, un rythme d’utilisation qui ne soit pas algorithmé, une écologie de l’attention qui nous décadre et une relation aux IA qui ne soit ni brute ni soumise. »

Une promesse sanitaire et sécuritaire contre une part de liberté

Le piège de la tech est de nous donner l’illusion d’être augmentés, d’avoir du pouvoir, alors que, au final, c’est nous qui entrons dans une matrice contraignante décidée dans la Silicon Valley… Nous gagnons un faux pouvoir, nous perdons notre puissance. Et quand la machine est mal comprise, mal maîtrisée, elle nous empêche de nous mêler à l’autre, et nous confisque notre liberté.

Noir ? Non. Lucide, tente Alain Damasio. On nous vend une promesse sanitaire et sécuritaire contre une part de liberté. Et Alain Damasio d’avertir : « Croire encore en la neutralité des technologies qu’on nous propose n’est même plus de la naïveté. C’est une faute politique. » « Un jour, on résistera », se risque-t-il dans l’une des rares lueurs d’espoir perçant sous sa plume. Mais pour l’instant, on subit l’avenir. Leur avenir.

Alain de Fooz