Vie privée, vie pro… C’est l’équilibre qui compte

Août 26, 2019 | Workplace | 0 commentaires

A la notion de frontière entre vie privée et vie pro, Kristof De Roeck oppose le principe d’équilibre. Et met en avant la personne et non le personnage.

«Le travail enrichit la vie privée, pourquoi dès lors vouloir opposer travail et vie privée, pourquoi tenter d’établir une frontière ? Bien évidemment, tout dépend des conditions de travail et ses contraintes. Pour moi, estime Kristof De Roeck, Managing Director & Owner, All Colors of Communications, le respect de la personne fait la différence !»

Pas de frontière, donc. Surtout pas. Pour le jeune patron de l’agence de communication spécialisée dans les nouvelles technologies, le fait même de maintenir une distinction stricte entre les rôles professionnels et les rôles privés favoriserait notre sentiment de stress. Tenter de laisser son travail au bureau et sa vie privée à la maison serait une erreur. «Je vise plutôt l’intégration des deux. Nos résultats le démontrent : c’est la meilleure stratégie pour améliorer à la fois notre bien-être et notre performance !»

Transition cognitive de rôle

De récentes études -mettant en avant le concept que les psychologues appellent la «transition cognitive de rôle»- vont dans ce sens. Quand nous sommes engagé dans un rôle, mais que nous expérimentons des pensées ou des sensations liées à un autre rôle, nous vivons une transition cognitive de rôle. Parfois, de telles transitions sont simples et fugaces. Mais, plus les rôles sont séparés dans notre vie, plus la transition sera grande.

Kristof De Roeck : “L’être humain ne fait qu’un. Il ne se ‘divise’ pas en deux personnes : l’une au travail, l’autre ailleurs … “

Au travail, ces transitions de rôle peuvent être sources de stress. Quand une pensée relative à notre vie privée traverse notre esprit alors que nous sommes au bureau, nous vivons une transition cognitive de rôle professionnel au rôle privé. Même si la transition est brève, elle peut affecter notre énergie et notre concentration requise pour réaliser notre travail. L’inverse est vrai à la maison. Comme ces transitions cognitives requièrent un effort, on suggérait auparavant de les minimiser en établissant des frontières de façon disciplinée. Pour les chercheurs de la Ball State University et de la Saint Louis University l’inverse serait vrai : brouiller les frontières et intégrer le travail et la vie privée nous équiperait mieux pour gérer ces transitions et limiter le gaspillage de nos ressources cognitives.

«Blurring»… ou la confusion progressive des activités

A côté de la remise en question du lieu de travail s’observe la remise en question de l’unité de temps de travail. On parle alors de «blurring» -la confusion progressive des activités professionnelles et personnelles. Il inquiète par l’installation d’une perméabilité de plus en plus marquée entre vie privée et vie professionnelle. Les horaires de travail des collaborateurs hyper-connectés ne s’arrêtent plus au franchissement de la porte de l’entreprise. Les technologies de l’information prolongent le lien au travail et conduisent fréquemment à une extension de l’investissement professionnel sur le temps privé. C’est ainsi que le smartphone est devenu la machine à tout faire, faisant converger les informations professionnelles sur un seul outil (accès mail, intranet, contact, agenda…), accessibles à n’importe quel instant et n’importe où.

«C’est donc de moins en moins le lieu de travail qui compte, mais plus le moment du travail, assure donc Kristof De Roeck. Ne vous demandez plus si vous êtes au travail ou à la maison, mais bien si vous êtes dans un temps de travail ou dans un temps privé, rythmique alternant connexions et déconnexions quel que soit l’endroit où vous vous trouvez.»

Certains voient dans l’hyperconnexion une opportunité, qui leur offre une plus grande flexibilité; d’autres, une véritable menace. La notion de temps de travail devient trouble et le fait de pouvoir travailler à distance efface la notion de présence. «Le tout, encore une fois, est de s’entendre. Pour moi, les horaires n’ont pas de sens. Ce qui m’importe, en tant que dirigeant, est de susciter la créativité, laquelle n’est aucunement liée au temps. Si vous vous sentez bien, vous tendez à être plus créatif, vous donnez tout simplement le meilleur de vous-même !»

Permettre à l’esprit des collaborateurs de vagabonder

Voilà qui ouvre le débat. Plus question de montrer du doigt les technologies de l’information. De les designer comme les responsables de tous nos maux. Non, elles ne favorisent pas l’ambivalence entre vie professionnelle et vie privée ! Non, elles ne favorisent pas davantage la culture de l’urgence !

«Sur le long terme, il peut être préférable de permettre à l’esprit des collaborateurs de vagabonder et de les laisser passer des coups de fil privés occasionnels plutôt que d’établir des politiques qui fixent des frontières strictes et inflexibles, car ces dernières affectent négativement le développement de manières fonctionnelles de gérer les deux dimensions», assure Kristof De Roeck.

Pour les employeurs, cette idée apporte de l’eau au moulin des programmes de travail flexible favorisant le télétravail occasionnel à domicile ou la gestion flexible du temps de travail. Aux individus, elle offre des arguments pour déculpabiliser lorsque leur esprit passe du professionnel au privé et vice-versa : laisser notre vie privée pénétrer notre vie professionnelle contribuerait à terme à nous rendre plus productif…

Pour Kristof De Roeck, on l’a compris, l’erreur est dans l’approche. On parle de «frontières» entre deux vies, l’une privée et l’autre professionnelle, alors que c’est la notion d’«équilibre», synonyme de «bien-être» qu’il faut viser.

L’enjeu est d’un ordre plus ambitieux car il s’agit en réalité de la possibilité d’une harmonie entre «ce que l’on fait» et «ce que l’on est». Or, remplacer l’espoir d’un possible équilibre entre envie de bien-être et contrainte de la réalité par une représentation tendancieuse de cette même réalité revient à abandonner l’idée même d’un meilleur possible. En l’occurrence, parler de «frontières» revient presque à affirmer l’impossibilité d’une harmonie !

Confusion entre «personne» et «personnage»

Cette question amène à réfléchir tout bonnement sur notre rapport au travail. «L’être humain ne fait qu’un, estime Kristof De Roeck. Il ne se ‘divise’ pas en deux personnes : l’une au travail, l’autre ailleurs. Il n’a en effet qu’une seule vie, faite d’activités et de temps différents. Quel que soit l’univers, c’est toujours la même personne. Or, en parlant de ‘frontière’, on entretient l’idée qu’il y a ici une ‘personne’ et là un ‘personnage’. Une même personne peut naturellement exercer les rôles de personnages différents à des moments différents de sa vie, sans pour autant être nécessairement incompatible avec ce qu’elle est.»

Cette notion de personne, l’agence All Colors of Communication l’entretient aussi à travers ses diverses relations. «Nous ne travaillons pas pour Dell, mais pour Pascale, illustre Kristof De Roeck. Et si, demain, l’actualité imposait de réagir durant le week-end à une annonce importante, je ne considérerais pas que c’est Dell qui nous le demande, mais bien Pascale ! Pour le client comme pour nos collaborateurs, ça change tout. L’aspect humain domine. Parce qu’on se connait et parce qu’on se respecte, on est naturellement tenté de donner le meilleur !»

Autrement dit, en posant le postulat de deux mondes qui devraient être étanches entre eux, on entretient plutôt l’idée qu’un monde est néfaste pour la personne et ne doit donc pas pénétrer l’autre, celui du domaine privé. Et à observer certains discours, cette intrusion est bien souvent présentée comme unilatérale. Cette représentation du rapport de l’Homme au travail relève d’une idéologie selon laquelle le travail est nécessairement souffrance, trop rarement réalisation, épanouissement ou œuvre. 

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