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L’Ukraine dans les plans de résilience

Mar 17, 2022 | Data Center | 0 commentaires

Le conflit aura des répercussions massives. En effet, l’Ukraine est une importante nation de livraison ICT. De là, d’impérieuses révisions des plans de résilience.

L’évolution de la situation géopolitique affectera la demande mondiale en ICT dans les mois et les années à venir. Selon l’IDC Global CIO Quick Pulse Survey, impliquant plus de 60 leaders technologiques à travers le monde, 57 % des personnes interrogées déclarent qu’elles réévaluent leurs plans de dépenses technologiques pour 2022 à la suite de l’environnement géopolitique incertain. Et 10% s’attendant à faire des ajustements importants à leurs plans d’investissement.

De toute évidence, le conflit aura des répercussions massives. L’Ukraine est une énorme nation de livraison ICT. Ses informaticiens soutiennent les opérations bancaires, d’assurance et d’autres services financiers partout en Europe…

Elargissement des allocations de défense et de sécurité

L’industrie informatique ukrainienne a grimpé de 36 % pour atteindre 6,8 milliards USD de ventes à l’exportation l’année dernière, contre 5 milliards USD en 2020, selon l’IT Ukraine Association, présentée comme la plus grande association nationale d’entreprises informatiques. Avec 285 000 spécialistes, l’industrie tourne bien. Réputée, elle a plus que doublé ses exportations en très de temps.

Compte tenu de la nature fluide du conflit, IDC recommande aux entreprises d’identifier les maillons faibles de leur écosystème de chaîne de valeur, de développer des stratégies de chaîne d’approvisionnement agiles et de créer des plans d’action qui leur permettent d’anticiper et de réagir à une série de mouvements perturbateurs du marché.

Le conflit a interrompu les opérations commerciales en Ukraine tandis que l’économie russe ressent les premiers effets des sanctions occidentales. Cela affectera fortement les dépenses technologiques dans les deux pays, avec une contraction à deux chiffres de la demande du marché local attendue en 2022. Pendant ce temps, les dépenses technologiques parmi les pays d’Europe occidentale pourraient augmenter en partie en raison de l’élargissement des allocations de défense et de sécurité.

Ni code ni données hébergées en Russie…

L’Ukraine est aussi un grand fournisseur de développeurs IT, tout comme la Biélorussie… et la Russie. Gartner cite des entreprises EPAM Systems, Luxoft ou SoftServe. Cette dernière sert notamment plusieurs administrations nord-américaines via ses 800 collaborateurs en Ukraine.

Autre cas, Deutsche Bank. La plus grande banque allemande compte environ 1 500 employés dans un centre de support en Russie, assurant la maintenance des logiciels pour les opérations bancaires d’investissement et d’entreprise.

Après avoir rigoureusement testé sa résilience opérationnelle, la banque estime ne pas être affectée sur le plan commercial. Et d’assurer, à travers un communiqué, n’avoir ni code ni données hébergées en Russie…

La guerre exacerbe la pénurie de talents

La guerre pose clairement la question de l’externalisation. L’Ukraine est un pays de nearshore. Les talents techniques, difficiles à trouver dans des circonstances normales, le seront plus encore si le conflit se poursuit.

L’effet sur les fournisseurs de technologie variera en fonction de leur dépendance à l’égard des développeurs de la région et selon qu’ils avaient préparé un plan d’urgence. Selon Gartner, les entreprises de services informatiques dont les développeurs se trouvent principalement en Ukraine et qui ne sont pas suffisamment préparées peuvent s’attendre à une interruption de leurs activités durant trois à six mois, le temps de trouver des développeurs ailleurs… ou de les relocaliser.

Cependant, même les entreprises technologiques ayant une exposition minimale dans la région seront confrontées à un défi croissant pour retenir les développeurs, note Gartner. Les entreprises qui recrutent des talents en ingénierie logicielle peuvent s’attendre à payer plus cher.

Trois conseils de Gartner

Les entreprises qui s’appuient sur des développeurs, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’intégrateurs de systèmes à l’échelle mondiale, peuvent toutefois appliquer quelques stratégies pour renforcer leur résilience. Si aucune d’entre elles ne fonctionnera du jour au lendemain, elles peuvent contribuer à améliorer la situation au fil du temps.

Ainsi, plutôt que tenter de recruter des développeurs qui, de toute façon, manquent, mieux vaut embaucher et de former des travailleurs en dehors du domaine de l’IT. Les gens changent de carrière en milieu de vie, en particulier dans les anciens bassins manufacturiers où les emplois peuvent manquer.

Deuxième conseil de Gartner : investir dans des plateformes de développement low code. Ces outils permettent de développer des logiciels plus rapidement -et avec un niveau d’expertise plus faible- qu’en écrivant du code à partir de zéro en C++.

Enfin, utiliser l’apprentissage automatique pour stimuler la productivité des développeurs de logiciels. Les outils assistés par le ML apprennent des pratiques de programmation d’un développeur et font des suggestions pour améliorer l’efficacité ou éviter aux développeurs d’introduire d’éventuels bugs.

 

Quid de la Russie sans le stockage cloud étranger ?

Par-delà l’arrêt des ventes de matériels et de services IT à la Russie, on peut s’interroger sur la capacité du pays à tenir. Les services ICT gouvernementaux de la fédération de Russie pourraient subir de plein fouet le retrait des opérateurs et fournisseurs cloud étrangers -les AWS, Azure et Google Cloud.

Les capacités réelles existantes du secteur public seront suffisantes pour un maximum d’un mois et demi de travail, a indiqué une source proche du dossier au magazine économique indépendant Kommersant. 

Toujours selon cette source, les autorités russes ont évoqué la possibilité de prendre le contrôle des ressources IT des entreprises ayant annoncé leur retrait du marché russe. Un scénario calqué sur d’autres en cours visant par exemple les enseignes de commerce américaines dont les murs, les stocks et les entrepôts pourraient tout simplement être confiés à des tiers russes, voire nationalisés. « Si la situation de pénurie ne s’améliore pas il va très certainement falloir se serrer la ceinture », a averti Igor Dorofeev, Head of the Association of Data Center Industry Participants.