7 mai, Anvers. Pas de conférences d’ouverture classiques, mais des enseignements concrets issus de la pratique !

Connect IT, deuxième édition. Un événement « opérationnel » sur l’évolution des technologies et leur impact  tant dans l’entreprises que dans nos vies. Et des orateurs inspirants dans un environnement dynamique.

L’IA, bien sûr. « L’IA entre promesse d’innovation et nécessité de gouvernance ». Un sujet de circonstance pour lancer Connect IT 2026. Une nécessité. Et une dualité, omniprésente tout au long de la journée, qui a constitué le fil rouge éditorial de l’événement.

La question centrale n’est plus « À quelle vitesse pouvons-nous adopter l’IA ? » mais plutôt : « Pouvons-nous la gouverner assez bien pour lui faire confiance en monter en charge ? »

La conclusion est claire : la mise à l’échelle de l’IA ne consiste pas à ajouter plus de comités d’examen ou plus de documentation. Il s’agit d’intégrer des garde-fous dans l’architecture, d’établir des boucles de rétroaction et de concevoir des systèmes fiables dans le temps.

Etes-vous « AI-ready » ?

Arena, Hub, Lab, Studio… La plate-forme Connect IT se veut « multi-zones » pour favoriser la transversalité entre secteurs. Dès 10 heures, le programme et les thématiques clés de la transformation digitale se sont enchaînés : futur du métier de développeur à l’ère de l’IA, cybersécurité offensive et réalités des attaques, montée en puissance de la régulation, ou encore émergence d’organisations « AI-ready ».

« AI-ready ». Nos entreprises le sont-elles ? Ont-elles, déjà, compris l’importance des données propres, unifiées, sécurisées et structurées, rendant l’information exploitable pour entraîner ou alimenter des modèles d’intelligence artificielle ? Cela implique une gouvernance stricte pour assurer la qualité, la conformité éthique et la contextualisation des données, indispensables pour obtenir des résultats fiables et exploitable.

Problématiques métiers

Les interventions alternent entre prospective et retours terrain, avec une constante : ancrer les discours dans des cas concrets et des problématiques métiers et leurs solutions, comme la session de Jan Sonck, Community Lead, Quantum Circle.

Les sujets abordés : agents autonomes, vulnérabilités logicielles, inclusion numérique ou encore impact ESG de l’IT. Tous traduisent une volonté d’élargir le périmètre traditionnel de l’IT vers des enjeux sociétaux. Cette approche cross-sectorielle est d’ailleurs revendiquée par l’événement organisé par le TMAB et V-ICT-OR (Vlaamse ICT Organisatie), qui rassemble aussi bien des acteurs publics que privés, des start-ups que des institutions, avec une présence remarquée d’AGORIA.

Regarder sous l’angle des vecteurs d’attaques

Après un networking lunch léger et visite des stands de jeunes pousses prometteuses dans la cybersécurité, le cloud et l’IA, retour sur les sessions, dont celle de David Blampain, Founder Rangers IM, CISO as-a-Service, ETNIC qui nous explique qu’en cybersécurité il faut toujours regarder sous l’angle des vecteurs d’attaques.

Et d’épingler deux ordres de grandeur : le coût pour la ville d’Anvers suite aux cyber attaques récentes, soit 100 millions EUR et une étude de ZScaler mentionnant que 98 % de l’IoT n’est pas protégé.

Ce qui veut dire que le danger est partout. C’est ainsi qu’un casino de Las Vegas a été victime d’une cyberattaque d’ampleur à la suite du vol de la base de données des gros parieurs ; les hackers étaient passé par le thermomètre connecté d’un aquarium situé dans le hall d’entrée…

Autre exemple, la localisation du porte-avions français Charles de Gaulle en mars dernier, un marin ayant enclenché sa montre connectée reliée à Strava pendant son footing sur le pont, ce qui a permis de géolocaliser le bâtiment en Méditerranée…

Repenser notre manière de travailler

Parallèlement, dans l’Arena d’à côté, « Diversity in Tech », un débat orchestré par Saskia Van Uffelen, Manager Future Workforce, Agoria, pour la promotion de la femme dans les métiers de l’IT. A ses côtés, Lissah Blommaert, DEI Ambassador, delaware, et Annlore Defossez, Corporate Social Responsibility Officer, Capgemini Belgium.

Les questions ? Nombreuses. Pourquoi la diversité est-elle si importante aujourd’hui dans le secteur des technologies ? En faisons-nous assez, ou nous contentons-nous surtout de parler ? Et quel rôle joue réellement l’IA : rend-elle le terrain de jeu plus équitable ou renforce-t-elle les préjugés existants ?

On comprend vite que parler de diversité, d’équité et d’inclusion en entreprise, ce n’est plus simplement «  faire ce qu’il faut  ». C’est repenser en profondeur la manière dont les organisations recrutent, forment, décident et collaborent. Pourtant, si l’engagement progresse, les actions concrètes peinent encore à suivre. Pour avancer, il faut plus que des bonnes intentions : des données, des outils, et une stratégie claire, ancrée dans le réel.

Un sujet d’industrialisation

L’après-midi reprend avec une orientation plus opérationnelle. Les sessions approfondissent des problématiques telles que l’adoption réelle de l’IA en entreprise -souvent freinée par des enjeux humains plus que technologiques. Egalement la gouvernance et la conformité -notamment autour de l’AI Act). Ou encore la cybersécurité dans un contexte de menaces de plus en plus industrialisées.

La conclusion à travers les interventions ? La transformation digitale n’est plus un sujet d’expérimentation, mais d’industrialisation.

En parallèle, d’autres scènes mettent en lumière des cas d’usage sectoriels, notamment dans le secteur public : smart cities, plateformes gouvernementales, résilience face aux cyberattaques ou exploitation éthique de la donnée. Ces contenus illustrent une évolution notable : l’IT devient une infrastructure sociétale critique, nécessitant autant de stratégie que de responsabilité.

Menace des OT, menaces des agents IA

Puis vient le « tour de vis » d’Eric Van Cangh, senior Business Group Leader Cybersecurity, Agoria, qui explique les risques d’aujourd’hui et demain pour l’ensemble de l’Europe et spécifiquement pour la Belgique. Focus de départ : la sécurisation des systèmes OT (Operational Technology)  âgés, souvent appelés « legacy systems ». C’est un défi majeur pour les industries, car ces équipements ont été conçus pour la longévité et la fiabilité, et non pour se protéger contre les cybermenaces modernes.

C’est très net en Belgique. Les équipements HMI, PLC ou SCADA, conçus pour durer des décennies, fonctionnent souvent sous des systèmes d’exploitation obsolètes et ne peuvent pas être mis à jour ou patchés facilement sans risquer d’interrompre la production. Selon des données de 2025, 50 % des entreprises industrielles en Europe s’appuient encore sur des systèmes legacy pour au moins la moitié de leur environnement OT et 43 % ont subi un incident de cybersécurité lié à ces systèmes en un an…

A droite, sur l’échelle du temps, la menace des agents IA, agissant comme des « initiés numériques » vulnérables à l’ingénierie sociale et capables d’exécuter des actions autonomes dangereuses. Les principaux problèmes incluent la fuite de données par des failles d’autorisation, l’utilisation d’ingénierie sociale pour manipuler l’agent, et l’illusion de maîtrise face à des résultats… erronés.

Propos recueillis par André de Woot
Article écrit par Alain de Fooz