Lesasing informatique Ecoresponsable

Leasing informatique Ecoresponsable

Data Center

Infrastructure, Servers, Network, Storage

Energie, gare aux factures à venir !

Fév 3, 2022 | Data Center | 0 commentaires

Entre la hausse des prix de l’énergie, la part grandissante du transport électrique et la taxation carbone, la facture devrait continuer d’augmenter…

La facture des datacenters va augmenter comme jamais en dix ans ! Dans un contexte d’inflation généralisée, les opérateurs soulignent qu’ils n’ont pas vraiment le choix au vu de l’augmentation massive des prix de l’énergie, le coût le plus important dans ces bâtiments indispensables aux activités numériques.

Le mécanisme des contrats à terme passés avec les fournisseurs d’énergie ne suffit plus à apporter l’effet tampon recherché sur la fluctuation des prix de l’énergie. Les hausses sont telles que le modèle explose, et que la facture de l’électricité augmente, les fournisseurs se trouvant contraints de le répercuter chez leurs clients. Dont les acteurs de la colocation et de l’hébergement. Tous sont confrontés à la hausse. Les voici désormais contraints eux-mêmes d’en répercuter une partie sur leurs clients.

L’énergie, 30 à 40 % des coûts d’exploitation

Certains semblent montrer leur volonté de plus ou moins prendre une partie de la hausse à leur charge. C’est le cas, notamment, chez Wallonie Data Center, où elle n’a pas encore été répercutée. Mais pour combien de temps ? A terme tous vont y passer. La question est donc de savoir si les petits acteurs régionaux avec leurs datacenters de taille locale pourront suivre ?

« Les prix de l’énergie n’ont que peu fluctué ces dix dernières années, nous avons pu maintenir grosso modo nos prix. Demain, il en ira différemment, craint Gaetan Defourny, Head of Data Center, Wallonie Data Center. L’énergie représentant en moyenne 30 à 40 % des coûts d’exploitation, la question de la consommation devient prégnante. » 

Côté clients, l’atterrissage sera différent d’un opérateur à l’autre. Mais la facture globale sera tout de même plus salée. Quand ? « De manière proactive, nous recevons très peu de questions de nos clients concernant la facture énergétique. Nous leur avons envoyé un message ; nous n’avons reçu que quelques réponses, s’étonne Friso Haringsma, CEO, Datacenter United. Nous avons largement absorbé nous-mêmes les premières augmentations de prix. Dans les contrats qui contiennent une indexation en raison de la hausse des tarifs, nous l’appliquons. »

Marges réduites

En l’espace d’un an, entre 2020 et 2021, l’augmentation a été de 90%, soit près d’un doublement. « Et comme nous ne l’avons pratiquement pas répercutée, cela veut dire aussi que nous avons réduit nos marges », explique de son côté Steve De Craene, Finance Manager, LCL Data Centers. Mais pour combien de temps ? « On a frôlé les 250 EUR le MWh. On attend le printemps, avril marque généralement un retour à la ‘normale’. Mais peut-on encore parler de ‘normale’ ? Nous restons prudents. Tout comme nos clients. »

Friso Haringsma : “Nous avons largement absorbé nous-mêmes les premières augmentations de prix…”

Friso Haringsma s’attend aussi à ce que les augmentations de prix se stabilisent quelque peu au cours de la période à venir. Toutefois, d’un point de vue macroéconomique, l’énergie restera plus chère dans les années à venir. « Je vois des augmentations de 30 à 40 % ! »

Les centres de données eux-mêmes ont une approche combinée pour acheter de l’énergie et limiter ainsi les risques de prix : une partie est fixée sur le marché à terme, Endex, et une partie est achetée sur le marché spot, Belpex. « La partie que nous avons fixée sur le marché à terme avant que les prix ne commencent à monter n’est pas affectée par le boom de ces derniers mois. Mais à un moment donné, ça va changer… »

Prise de conscience

Le prix de l’énergie est le plus grand coût variable d’un centre de données, c’est vrai, reconnait encore le CEO de Datacenter United. Les propriétaires et les exploitants de centres de données travaillent donc en permanence sur l’efficacité énergétique, sans compromettre la continuité. « Le pourcentage exact que représente l’énergie sur une facture dépend de la structure des contrats. Nous travaillons aussi bien avec des engagements fixes qu’avec des contrats variables, de type ‘pay as you use’. Cette dernière formule permet à nos clients de mieux maîtriser leur budget. Ils ne sont pas liés à de lourds engagements. »

La proximité, par nécessité

Indiscutablement, il y a une prise de conscience. Question : que faire ? Si l’augmentation touche toute l’Europe, le cas de la Belgique est particulier en raison de la fiscalité.  

Laurens van Reijen : “Depuis la crise sanitaire, les délais de livraison de tous les éléments d’infrastructure ne cessent de s’allonger…”

Partir ? Trouver refuge dans un pays énergétiquement moins cher ? Pas si facile. « On risque de buter sur d’autres problèmes, comme la question de la latence, rappelle Laurens van Reijen, CEO, LCL. Et puis, nos clients sont conscients des efforts que nous faisons pour optimiser les coûts énergétiques. Ils comparent davantage des indices comme le PUE… »

Plus généralement, Gaëtan Defourny, ne croit pas trop à de possibles délocalisations. « La proximité a toujours été un critère important dans cette activité. En cas de panne, il faut agir très vite. Si vous délocalisez en région parisienne, par exemple, imaginez le temps de déplacement… Il y a, de toute évidence, un coût opérationnel à prendre en charge ! »

Quand la fiscalité s’en mêle…

Les principes de souveraineté sont aussi avancés. On ne va délocaliser vers des acteurs américains sous prétexte de réduire la facture énergétique. Et puis, que l’on soit en Belgique ou dans les pays limitrophes, le delta tarifaire ne sera pas impactant.

Pour Friso Haringsma, c’est avant tout une affaire de fiscalité. « En Belgique, les prélèvements, taxes et redevances représentent une part importante de la facture. Cela n’a donc rien à voir avec le prix de l’énergie en tant que tel. C’est là que le gouvernement pourrait agir pour les prestataires belges ! »

Et quand bien même des acteurs plus importants, comme des Interxion (295 datacenters dans le monde, 110 en Europe) ou des Equinix sont devenus de véritables traders en énergie, la différence n’est pas si grande, estime encore Laurens van Reijen.

Partir peut coûter cher

« Nous n’avons toujours pas vu d’entreprises déplacer leurs données en raison du coût de l’énergie en Belgique, rassure le boss de Datacenter United. Tout le monde est conscient que le déplacement des données exige un effort énorme et entraîne des coûts. On ne fait pas ça à la hâte, la présence en Belgique est généralement stratégique. »

Steve De Craene : ” On a frôlé les 250 EUR le MWh. On attend le printemps, avril marque généralement un retour à la ‘normale’…”

« A nous, finalement, de montrer que nous optimisons sans cesse nos outils de production, renchérit Gaëtan Defourny. Quand Win a repris le Wallonie Data Center, nous avons installé quelque 2.000 panneaux solaires. C’était en 2015 ! Aujourd’hui, nous sommes à 100 % d’énergie verte, même si c’est un peu plus cher. Notre PUE est de 1,24, contre 1,7 en moyenne en Europe… »

Datacenter United, aussi, achète de l’électricité 100% verte. Friso Haringsma : « cette énergie est plus encore soumise aux augmentations de prix et donc à la folie du marché ! Cela entraîne donc une augmentation encore plus importante des coûts ! » 

Une aide publique ?

Quant aux hyperscalers, il n’est pas sûr qu’ils tireront profit de la situation, même s’ils devenus de véritables traders en énergie. A entendre Datacenter United, ce n’est pas nécessairement un avantage. « Les marges sont relatives, elles ne font pas une grande différence… Nous observons même une sorte de mouvement inverse. Notre investisseur, TINC, était auparavant principalement actif dans les parcs éoliens. Avec Datacenter United, ils ont ajouté à leur portefeuille une entreprise au profil intéressant. Les centres de données sont des consommateurs constants, sans trop de pics et de creux. Les producteurs d’énergie aiment ça ! »

Gaëtan Defourny : « Je croit pas trop à de possibles délocalisations. La proximité a toujours été un critère important dans cette activité ».

Friso Haringsma estime que le gouvernement belge devrait aider les entreprises grandes consommatrices d’énergie, qui constituent le fondement de l’économie numérique, en réduisant les taxes, les prélèvements et les charges sur l’énergie. « Si la facture énergétique était ainsi rééquilibrée, ces entreprises, dont font partie les centres de données, pourraient renforcer leur position concurrentielle par rapport aux autres pays. Ces entreprises créent indirectement beaucoup d’emplois et de valeur ajoutée… Hélas, je n’ai pas l’impression que ce soit reconnu ! »

Des efforts à faire sur les infrastructures

Que faire sinon investir, continuer à investir. Chez LCL Data Centers, c’est actuellement dans le solaire. « C’est beaucoup d’argent et sans résultats immédiats, regrette Laurens van Reijen. Depuis la crise sanitaire, les délais de livraison de tous les éléments d’infrastructure ne cessent de s’allonger. Au mieux, six mois. Et c’est sans compter les nombreuses démarches à faire sur le plan légal, autant de tâches qui sortent du cadre de notre core business. »

Aux clients, aussi à participer à l’effort. De toute évidence, il y a beaucoup à faire sur les infrastructures. Acquérir, par exemple, des systèmes qui tournent à des températures plus élevées. La hausse de températures en entrée de serveur rend également l’usage du free cooling ou du free chilling (systèmes qui consistent à utiliser l’air extérieur pour souffler de l’air frais dans la salle ou refroidir l’eau à la place du groupe de production d’eau glacée) bien plus intéressant, notamment dans des régions tempérées, comme chez nous. En effet, avec des consignes de température de 25° C en salle, au lieu de 15° C, les périodes de l’année pendant lesquelles le free cooling peut être utilisé, sans activer la climatisation, s’allongent considérablement. Ce qui génère d’importantes économies d’énergie et une amélioration du PUE. Il en va de même avec le free chilling, qui peut être utilisé plus fréquemment dans l’année, pour refroidir les boucles d’eau, les consignes de température étant désormais fixées à 15° C au lieu de 7 °C pour l’eau. 

Remplacer le matériel, c’est parfois moins cher

Autre piste : encourager les clients à densifier au maximum les baies avec du matériel consommant peu d’énergie et très dense. L’énergie la moins chère est celle dont on n’a pas besoin ! Se concentrer simplement sur les mesures de compensation n’apportera aucun avantage…

« Nous constatons également ce changement chez les producteurs de matériel, tels que les serveurs, analyse encore Friso Haringsma. Eux aussi ont fixé des objectifs et réussissent à rendre leur portefeuille de serveurs beaucoup plus économe en énergie. Lorsqu’un client fait ensuite le calcul, il se peut qu’il soit plus rentable de remplacer un parc de serveurs après trois ans, simplement en raison des coûts opérationnels. »

Mais, ici, aussi, les freins se multiplient. La crise sanitaire liée à la crise sanitaire a enrayé la machine de la production de composants. De là, la pénurie. Et l’élévation des coûts : le prix des équipements (serveurs, routeurs, switchs…) grimpe, la durée d’approvisionnement s’allonge, les délais de production de services pour certains projets peuvent donc s’en retrouver rallongés.

Quand on commence à payer…

La réponse peut venir du logiciel. Via le développement des applicatifs. Un -très- bon développement en 2022 permet d’accueillir sur une plateforme technique un nombre massif d’utilisateurs en consommant peu de ressources de calcul. D’où l’importance des choix technologiques et de la qualité du développement qui auront un impact bien plus important que prévu dans la structure globale du coût IT. Héberger des applicatifs, c’est aujourd’hui savoir mettre en place une stratégie technique adaptée composée de nombreux services pour supporter un trafic aléatoire à des coûts maîtrisables et ce n’est pas une mission impossible.

« En revanche, les TPE et PME qui s’obstinent à vouloir préserver leur IT en interne, sont mal emmanchées, estime encore Gaëtan Defourny. Déjà, elles paient plus cher leur énergie, ensuite elles ont un PUE catastrophique. Ce qui impacte le TCO… Je pense sincèrement qu’elles n’ont d’autre choix que reconsidérer leur stratégie ! »

Ces mesures pourraient aussi servir aux entreprises de « révélateur de leur efficience énergétique », alors que nombreuses sont celles qui ont pris des engagements en matière d’éco-responsabilité et de décarbonisation de leur activité. « Quand on commence à payer, on devient très vert ! », lance-t-il.

Le métier va changer

Friso Haringsma conseille encore aux clients de s’intéresser davantage à leur structure de coûts, à quantifier leur consommation et la part d’énergie verte. « Les entreprises ont peu d’alternatives pour éviter la hausse des prix de l’énergie. Stocker, traiter ou connecter des données nécessite tout simplement de l’énergie. Le cloud devient également plus cher. Microsoft, par exemple, a augmenté ses tarifs de quelque 30 % le mois dernier. En tant que client d’un fournisseur local de centres de données, vous avez toujours la possibilité de négocier… pas avec les hyperscalers. Pensez-y ! »

C’est certain, en 2022, le métier d’hébergeur ne sera définitivement plus celui que nous avons connu ces vingt dernières années. Il est nécessaire de s’adapter aux changements d’architecture orientées services demandées par les clients. L’heure est venue d’inventer de nouveaux modèles et créer de nouvelles offres pour déjouer les aléas énergétiques. Ce sera la seule façon de continuer à offrir une valeur perçue aux clients désireux de produire des services numériques en gardant une souveraineté partielle ou totale dans leur stratégie d’hébergement…

Alain de Fooz