Les dépenses mondiales en IA vont presque doubler en 2026, principalement pour la demande en infrastructures

Pour les CIO, l’investissement dans l’IA n’est pas toujours délibéré, car cette technologie s’intègre désormais directement dans les produits et les fonctionnalités, selon Gartner. On assiste à une « requalification des budgets ».

« On assiste à une forme de requalification des budgets en dépenses liées à l’IA. Les CIO ne cherchent pas nécessairement à acquérir ces solutions, mais il leur est difficile de les éviter ! »

Le commentaire de John-David Lovelock, Distinguished VP Analyst, Gartner, à l’occasion d’une évaluation des dépenses consacrées à l’IA -en hausse de 49,5%- mérite attention.

Si, comme l’indique l’analyste de Gartner, « le déploiement de capacités de centres de données dédiés à l’IA constitue le plus vaste projet d’infrastructure jamais entrepris par l’humanité », cette technologie devient un poste de coût auquel les CIO ne peuvent pas toujours échapper. De fait, si les entreprises achètent délibérément certains produits et fonctionnalités d’IA, d’autres produits intègrent déjà cette technologie par défaut.

Nouvelles fondations, le prix à payer

L’actualité nous le montre chaque jour. Mardi, Salesforce a dévoilé AIforce, une couche d’interface destinée à l’« entreprise pilotée par des agents » ; elle associe l’intelligence des modèles au contexte des données de l’éditeur de CRM pour interagir avec les plateformes d’entreprise clés. Une semaine plus tôt, Broadcom a lancé VMware Private AI Cloud ainsi que VMware AI Factory, une infrastructure définie par logiciel qui automatise le déploiement des infrastructures.

« Les fondations de la nouvelle ère de l’intelligence sont en train d’être posées, et les entreprises commencent déjà à en payer le prix », observe John-David Lovelock. Le coût de la mémoire augmente à mesure que les fournisseurs de technologies s’arrachent les serveurs optimisés pour l’IA. Parallèlement, les logiciels deviennent plus onéreux car les éditeurs y intègrent des fonctionnalités d’IA.

Résultat, l’allocation interne des budgets est complètement redéfinie.

Trois constats

Premier constat :  des arbitrages stricts au détriment du « maintien opérationnel ». Le boom de l’IA ne s’accompagne pas d’une rallonge budgétaire illimitée. Pour financer les projets, les entreprises opèrent des arbitrages nets : les budgets de maintenance, les investissements « confort » ou purement défensifs, ainsi que certains projets de transformation numérique traditionnelle, sont réduits ou gelés ; les fonds sont massivement réalloués vers l’infrastructure IA, le cloud et la cybersécurité.

Deuxième constat : le passage d’un modèle SaaS fixe à une facturation à l’usage -la « tokenisation ». Les CIO doivent donc requalifier leurs lignes budgétaires pour intégrer des coûts variables et parfois imprévisibles.

Troisième constat, et sans doute le plus important : l’explosion de la part infrastructures. En peu de temps, le coût de l’IA s’est largement déplacé de la recherche vers la puissance de calcul. Selon les dernières révisions du Gartner, les infrastructures concentrent désormais plus de 55 % de l’ensemble des investissements liés à l’IA (serveurs optimisés, GPU, systèmes de stockage avancés). Les dépenses pour les centres de données vont donc connaitre des hausses spectaculaires pour absorber ces nouveaux usages.

« Cela affecte les CIO dans les domaines qu’ils ont eux-mêmes choisis -lancer un projet d’IA, explorer les agents et l’automatisation, ou encore s’intéresser aux grands modèles de langage pour améliorer la qualité, la cohérence, la fiabilité et les processus- mais ils en subissent aussi les conséquences dans des secteurs où ils n’avaient ni l’intention ni l’envie d’intervenir », relève John David Lovelock.

Cas d’usage plus modestes

Bien que les fournisseurs technologiques génèrent de nouvelles vagues d’IA en prenant en charge le volet infrastructure, les CIO peuvent toujours lancer des projets à leur propre rythme, d’autant plus que les difficultés à mesurer et à démontrer la valeur de l’IA s’accumulent.

En conséquence, les CIO privilégient de plus en plus des cas d’usage de l’IA plus modestes et progressifs plutôt que de s’attaquer à des projets d’envergure, a remarqué Gartner.

Les dirigeants doivent commencer à « développer les réflexes et les compétences nécessaires pour faire passer l’IA du stade de simple concept -ou d’attentes minimales- à celui de création de valeur », conclut John-David Lovelock.