La pénurie de composants est en train de faire grimper les prix. Et ce n’est qu’un début
En Europe, OVHcloud vient d’annoncer des hausses plus que sensibles. Le durcissement tarifaire va se faire sentir dès septembre. Des hausses qui -tous prestataires confondus- méritent une analyse…
OVHcloud n’échappe pas aux fortes hausses des prix. En cause, l’aggravation de la pénurie de composants. Planifiée depuis juin, la hausse sera effective en septembre. Il est question de hausses comprises entre 51 et 87 % sur les serveurs. Les nouveaux clients seront les premiers impactés. Le mouvement s’inscrit dans le relèvement des prix des offres Bare Metal, Public Cloud et VPS, suite à la flambée des coûts de la RAM et du stockage.
L’industrie n’entrevoit pas d’amélioration du marché avant 2028. Le paradoxe salvateur : la « prime de souveraineté » explose au même moment. Il faut entendre par là le presque doublement du marché du cloud souverain européen (+ 83 %). En clair, les clients acceptent de payer plus cher pour rester en Europe. Ce qui permet aux hébergeurs européens de répercuter les hausses sans hémorragie commerciale.
Ce sont donc les clients européens qui vont financer l’envolée des prix. Froidement dit, la souveraineté du cloud européen reste une souveraineté de service posée sur une infrastructure de composants importée.
Plus près du prix spot
La question n’est pas rhétorique : il n’existe aucune production de DRAM en Europe. Samsung, SK Hynix et Micron contrôlent plus de 95 % du marché mondial. Et ça ne changera pas avec le Chips Act européen. Son objectif de 20 % de la production mondiale en 2030 ne changera rien, la mémoire banalisée n’en fait pas partie : trop capitalistique, trop cyclique, bataille jugée perdue d’avance. Le Chips Act 2.0 en discussion reprend la même logique de chaîne de valeur ciblée.
Bref, pour la mémoire, l’Europe est et restera un preneur de prix. La question de départ, « comment s’en sortir sans maîtriser les prix », a donc une réponse préliminaire brutale : pas en les maîtrisant.
Le point structurellement inquiétant est l’asymétrie d’accès : les hyperscalers américains négocient des contrats de volume prioritaires directement avec les producteurs de mémoire, quand les acteurs européens, plus petits, achètent plus près du prix spot.
« Prime de souveraineté »
C’est la même mécanique que celle observée ailleurs dans ce système d’analyse : le petit acheteur stratégique paie le prix fixé par la demande du géant. La dépendance européenne n’est donc pas seulement industrielle, elle est contractuelle.
L’analyse de cet envol des prix est intéressante sur bien des points. Elle révèle tant nos forces que nos faiblesses. Si le cloud souverain européen tient sa promesse juridique (données sous droit européen, hors de portée du Cloud Act américain), il ne tient pas sa promesse industrielle : chaque serveur souverain est construit avec de la mémoire coréenne ou américaine dont le prix est fixé par la demande IA des hyperscalers américains et chinois.
La « prime de souveraineté » que paient les clients européens finance cette dépendance au lieu de la réduire ; elle rend la position tenable commercialement, pas plus autonome. La hausse d’OVHcloud n’est donc ni un scandale, ni un prétexte : c’est le prix, rendu visible, d’une souveraineté à moitié construite.



