La gouvernance représente un obstacle majeur à la création de valeur par l’IA en entreprise
La plupart des entreprises peineraient à identifier et à définir le ROI de l’IA… alors même que l’usage de cette technologie se répend dans leurs organisations. C’est tout le paradoxe de l’étude d’Oxford Economics, associé à SAP.
« L’IA est passée de la phase d’expérimentation à la phase d’exécution, et cela commence à porter ses fruits. Mais le chemin est encore long, prévient Sean Kask, Chief AI Strategy Officer, SAP. Car une IA dénuée de contexte -qu’il s’agisse de processus, de données ou de gouvernance- génère au mieux de l’activité sans résultats et au pire des risques. »
Un point de vue tout en nuance. Ce que conforte l’étude « Value of AI Report 2026 », menée auprès de 2 600 dirigeants d’entreprise dans 13 pays. Qui pose d’importants jalons. Ainsi, près d’un tiers (30 %) des tâches dans une entreprise moyenne sont prises en charge par l’IA, un ordre de grandeur qui devrait atteindre 48 % d’ici deux ans. Pourtant, malgré un quasi-doublement des investissements stratégiques dans l’IA d’une année sur l’autre (17 %), les approches fragmentaires restent de loin les plus répandues (41 %).
Ce constat pourrait s’expliquer en partie par un manque de leadership, observe Sean Kask. Moins de la moitié (46 %) des entreprises disposent d’un responsable IA dédié à l’adoption de l’IA, de cadres de développement clairs pour l’IA (52 %) ou même de formations sur les capacités et les risques liés à l’IA (41 %)…
Malgré ces difficultés, 69 % des entreprises se disent satisfaites du retour sur investissement actuel de leurs investissements en IA… même si plus des deux tiers d’entre elles ne sont pas convaincues que l’IA exploite pleinement son potentiel.
Le ROI de l’IA passe par la qualité des données…
Une partie de cet optimisme s’explique par l’IA agentique, puisque plus de huit entreprises sur dix (83 %) estiment que cette technologie présente un potentiel de transformation important, voire très élevé, pour leur organisation. Cependant, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives : seulement 3 % des entreprises se disent pleinement préparées à l’IA agentique, tandis que la majorité se déclare partiellement préparée, voire pas du tout.
Pour Sean Kask, « les organisations sont confrontées à divers défis pour obtenir un retour sur investissement de l’IA, notamment en matière de données, de personnel et de gouvernance. »
La qualité des données demeure le principal défi pour les organisations internationales. 73 % d’entre elles font état de difficultés liées à des données incomplètes. Cela impacte le travail quotidien : 79 % des entreprises subissent des reprises, des retards ou des arriérés en raison de la faible qualité des résultats de l’IA.
De même, les entreprises gèrent l’impact de l’IA sur leurs effectifs. Près de huit entreprises sur dix (78 %) ne savent pas ou reconnaissent que la montée en compétences de leur entreprise ne suit pas le rythme d’évolution des outils d’IA. Parallèlement, le « shadow AI » augmente d’année en année, 69 % des répondants affirmant y avoir recours au moins occasionnellement.
La gouvernance, obstacle majeur, plus encore à l’avenir
« La prochaine étape pour créer de la valeur consistera à intégrer profondément l’IA aux données et processus contextuels, assure Sean Kask. Mais les entreprises doivent comprendre que l’IA apporte souvent une valeur plus difficile à mesurer qu’anticipé, et des risques qui évoluent plus vite que la plupart des systèmes de gouvernance ne peuvent suivre. Les entreprises découvrent rapidement que la gouvernance de l’IA joue un rôle fondamental pour exploiter pleinement le potentiel de cette technologie. »
La gouvernance représente un obstacle majeur à la création de valeur par l’IA en entreprise. Seules 12 % des entreprises estiment que leurs compétences, processus et cadres de travail sont pleinement adaptés à une gouvernance efficace de l’IA.
Ces problèmes pourraient s’aggraver dans un avenir où les agents seront omniprésents. Aujourd’hui, 38 % des entreprises n’ont pas de processus avec intervention humaine pour les flux de travail automatisés, 37 % n’ont pas de contrôle d’accès ni d’autorisation pour les agents, et seulement 44 % tiennent un registre des agents au sein de leur entreprise. C’est crucial, car plus des deux tiers des entreprises (69 %) sont d’accord ou sceptiques quant à la possibilité de déployer des agents plus rapidement qu’elles ne peuvent les gérer…



