« La fin des subventions oblige désormais les entreprises à faire face à la réalité »
L’époque où les entreprises consommaient des « tokens » d’IA sans véritablement se soucier des coûts est révolue. La suppression des subventions tarifaires contraint désormais les organisations à revoir leur stratégie. Fin du « token maxing » !
Changement d’époque. Pour Stu Dorman, Chief AI Officer, Sabio Group, spécialiste de l’expérience client AI-first, le secteur était entré dans une phase décisive, provoquée non pas par la récente baisse des valeurs technologiques, mais par un changement dans la manière dont l’IA est désormais tarifée et facturée : l’ère du « token maxing ».
« Ce temps, où l’on encourageait les gens à utiliser autant d’IA que possible est révolu. Cette époque est désormais clairement derrière nous ! »
Les tokens sont les unités de consommation qui déterminent ce que les entreprises paient pour utiliser les modèles d’IA, un système que Stu Dorman compare à « un forfait mobile prépayé, où une utilisation intensive épuise rapidement le crédit disponible ».
Des attentes devenues irréalistes
Jusqu’à récemment, cette consommation était largement subventionnée par les principaux fournisseurs d’IA. « Lorsque ces subventions ont disparu, entre la fin du mois de mai et le début du mois de juin, les organisations ont soudainement pu constater le coût réel de leur consommation. Elles ont alors commencé à examiner quels cas d’usage justifiaient réellement la dépense et quels modèles étaient les plus adaptés à chaque tâche… »
Ses déclarations interviennent dans un contexte de nervosité sur les marchés. Les investisseurs spécialisés dans l’IA ont subi plusieurs semaines de baisse des cours, l’un des principaux fonds de référence du secteur des semi-conducteurs ayant perdu près de 10 % au cours du dernier mois. Selon Stu Dorman, cette correction reflète des attentes devenues irréalistes.
Le contexte a changé, très vite
« Le marché avait été préparé à la perfection », explique-t-il, en faisant référence aux prédictions selon lesquelles tous les emplois disparaîtraient ou que le travail deviendrait facultatif. De nouvelles études montrant que l’adoption de l’IA par les entreprises est restée en deçà du battage médiatique ont, selon lui, renforcé ces interrogations, tout comme l’arrivée de nouveaux modèles chinois d’IA qui « cassent considérablement les prix » par rapport à leurs concurrents américains.
Stu Dorman reconnait sans détour qu’une grande partie des premiers investissements des entreprises a été gaspillée, certaines allant même jusqu’à récompenser leurs collaborateurs pour maximiser leur utilisation de l’IA. Dans de nombreux cas, cela s’est traduit par des dépenses importantes pour très peu de résultats concrets.
Selon lui, la voie à suivre repose sur l’accompagnement et la formation plutôt que sur une consommation toujours plus importante. Il s’agit d’aider les collaborateurs à identifier les tâches précises de leur métier pour lesquelles l’IA peut apporter une réelle valeur ajoutée. De lancer : « L’IA n’automatise pas les emplois ; elle automatise les tâches ! ».
Une « accélération significative » à venir
Le spécialiste de Sabio Group cite également le service client dans le secteur des centres de contact -le marché historique de Sabio- comme un domaine où le retour sur investissement de l’IA peut être mesuré avec précision, qu’il s’agisse de réduire le temps nécessaire au traitement d’une interaction client ou de supprimer totalement cette interaction.
Malgré les turbulences actuelles, Stu Dorman se montre optimiste à long terme. Il prévoit une « accélération significative » de l’adoption de l’IA, même si celle-ci ne progressera pas au rythme espéré par les plus grandes entreprises technologiques. Et de citer une prévision de Gartner selon laquelle l’IA deviendra un créateur net d’emplois d’ici à 2029.
« Ce sera, conclut-il, une technologie qui stimulera la productivité et favorisera la création d’emplois ! »



