Les tensions géopolitiques pèsent de plus en plus sur le choix des fournisseurs de cybersécurité

Selon Arctic Wolf, la géopolitique est passée du statut de facteur de contexte à celui d’enjeu pour les conseils d’administration. Près de trois organisations sur quatre dans la région EMEA adaptent leur stratégie de cybersécurité au contexte géopolitique.

Le contexte géopolitique influence de plus en plus la manière dont les organisations européennes organisent leur cybersécurité et choisissent leurs solutions.

Selon le rapport AI & Cybersecurity Trends Report 2026 d’Arctic Wolf, 70 % des organisations de la région EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) déclarent que les évolutions géopolitiques ont eu un impact direct sur leur stratégie de cybersécurité. L’origine des fournisseurs pèse elle aussi davantage dans leurs décisions. Et 49 % des organisations indiquent évaluer activement les risques liés aux régions et aux fournisseurs.

Les organisations examinent notamment le pays où le fournisseur est établi, le lieu de stockage des données et les gouvernements qui pourraient en exiger l’accès. L’étude montre ainsi que l’évaluation des solutions de cybersécurité ne repose plus uniquement sur leurs capacités techniques : les dépendances géopolitiques entrent désormais elles aussi dans l’analyse des risques. Selon Arctic Wolf, la géopolitique est passée du statut de facteur de contexte à celui d’enjeu pour les conseils d’administration.

La souveraineté numérique s’impose dans les priorités

La souveraineté numérique occupe dès lors une place croissante dans les stratégies de cybersécurité. Parmi les organisations interrogées dans la région EMEA, 48 % en font une priorité majeure de leur stratégie informatique et de cybersécurité. Par ailleurs, 40 % la jugent importante. La souveraineté numérique joue donc un rôle important pour près de neuf organisations sur dix.

Les organisations de la région EMEA indiquent également que le lieu depuis lequel sont menées les opérations de sécurité influence la confiance qu’elles accordent à leurs fournisseurs. Les données montrent que 83 % d’entre elles font davantage confiance à un fournisseur de cybersécurité lorsque son SOC (Security Operations Center) se trouve en Europe. Pour 34 %, la confiance s’en trouve même fortement renforcée. Seule une très faible minorité indique qu’un SOC européen réduit sa confiance.

Les organisations européennes réévaluent leurs fournisseurs et les régions où elles s’approvisionnent

Les organisations mettent en balance les avantages technologiques et les risques juridiques et géopolitiques liés au contrôle de leurs données par des acteurs étrangers. Cet arbitrage a désormais des conséquences concrètes sur leurs décisions d’achat. Outre les 49 % qui évaluent activement les risques liés aux régions et aux fournisseurs, 23 % des organisations de la région EMEA déclarent avoir déjà changé de fournisseur ou exclu certaines régions en raison des évolutions géopolitiques. Seules 8 % affirment que la géopolitique n’a aucune influence sur leur choix de technologies de cybersécurité.

Parmi les facteurs cités par les organisations de la région EMEA figure le CLOUD Act américain. Cette loi peut, dans certaines circonstances, permettre aux autorités américaines d’accéder à des données placées sous le contrôle d’entreprises technologiques américaines, même lorsque ces données sont stockées en dehors des États-Unis.

Le rapport évoque également une audition de Microsoft France au Sénat français. L’entreprise y a été interrogée sur sa capacité à garantir que les données de ses clients français ne seraient jamais transmises à la demande des autorités américaines. Selon le rapport, de tels événements ont incité les organisations à examiner de plus près les pays et les fournisseurs auprès desquels elles achètent leurs technologies.

Confiance et souveraineté, deux notions liées

« La cybersécurité consiste de plus en plus à déterminer à qui et à quoi une organisation peut faire confiance, déclare Adam Marrè, CISO, Arctic Wolf. La souveraineté numérique n’est donc pas une notion politique abstraite : elle fait partie intégrante de la gestion des cyber-risques. »

Cette évolution ne se limite d’ailleurs pas à l’Europe. En Asie-Pacifique et au Japon, 59 % des organisations déclarent examiner plus attentivement les risques liés aux fournisseurs en raison du contexte géopolitique.

Par ailleurs, 20 % ont effectivement changé de fournisseur ou mis fin à leur collaboration avec certains prestataires. Là aussi, les organisations accordent davantage d’attention au lieu de développement des solutions, au lieu de stockage des données et aux juridictions applicables.