La question n’est plus de savoir si nous devons agir, mais qui prendra l’initiative et à quelle vitesse

Pour Agoria, la défense contre les drones est un enjeu de sécurité nationale, de souveraineté européenne… et une opportunité économique et technologique majeure. Les acteurs sont là. Clarisse Ramakers, Directrice générale d’Agoria Wallonie, entend les réunir, les intégrer et les déployer.

L’environnement sécuritaire a profondément changé. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient nous le rappellent brutalement : la sécurité n’est plus un acquis. Pour la Belgique -siège de l’OTAN et des institutions européennes, carrefour logistique, site d’infrastructures critiques- cette réalité est particulièrement aiguë. Dans ce contexte, les drones constituent une rupture technologique majeure.

Accessibles, peu coûteux, de plus en plus sophistiqués grâce à l’IA et à la 5G, ils peuvent perturber un aéroport, espionner un site stratégique ou mener des opérations asymétriques redoutablement efficaces. « La seule réponse crédible sera systémique, intégrée et coordonnée, estime Clarisse Ramakers. Et le temps d’agir, c’est maintenant ! Ce que nous ne mettons pas en place aujourd’hui devra être acheté ailleurs demain, dans l’urgence, au prix fort et avec une dépendance stratégique accrue. »

Des atouts réels, mais fragmentés

La Belgique ne part pas de zéro. Des dizaines d’entreprises, majoritairement des PME innovantes, développent des briques technologiques de très haut niveau : capteurs radar, systèmes de détection et d’identification, solutions de neutralisation, plateformes C2, logiciels d’aide à la décision. Le modèle de la triple hélice -industrie, recherche, pouvoirs publics- fonctionne et produit déjà.

Mais le diagnostic est lucide. Notre écosystème est fragmenté, note encore Clarisse Ramakers. « Nous excellons dans les composants et les sous-systèmes, mais ne fournissons pas encore de systèmes C-UAS (Counter-Unmanned Aerial Systems) complets et intégrés, capables d’opérer comme un véritable dispositif multicouche. C’est précisément ce que recherchent la Défense, les autorités civiles et nos partenaires de l’OTAN. Cette fragmentation n’est pas une faiblesse technologique, c’est une faiblesse organisationnelle. Il y a donc une opportunité. »

Le défi ?  Passer des briques aux systèmes

Le défi central est d’aller des solutions isolées aux systèmes intégrés et interopérables. Cela suppose trois ruptures :

  • l’intégration (via un Command & Control robuste capable de fusionner les données et d’opérer à la vitesse de la menace) ;
  • l’interopérabilité (entre acteurs civils et militaires, aux niveaux national, OTAN et UE) ;
  • la doctrine et l’usage (règles d’engagement, gestion du risque, coordination interagences et, in fine, la reponsabilité politique).

C’est ici que la Wallonie peut jouer un rôle clé : par ses compétences en systèmes complexes, sa tradition d’intégration industrielle et sa capacité à structurer des consortiums. « La Wallonie peut devenir un pivot d’intégration C-UAS -non pas seulement fournisseur de technologies, mais architecte de solutions souveraines. »

Cinq recommandations pour agir

° Agir en deux temps : déployer rapidement les capacités existantes pour protéger les sites critiques, tout en développant sur 3 à 4 ans des systèmes intégrés via des consortiums belges structurés.

° Orchestrer ces consortiums autour d’une architecture C2 (Command & Control) commune et d’une feuille de route technologique partagée -non pas fusionner les entreprises, mais aligner leurs complémentarités.

° Investir dans des infrastructures communes de test et d’évaluation, à l’image de ce qui se fait à Droneport (St- Trond).

° Adapter les marchés publics pour plus de flexibilité dans l’acquisition et la R&D collaborative.

° Assumer une ambition stratégique nationale : une feuille de route C-UAS cohérente doit prévaloir sur des initiatives régionales fragmentées.

Réunir, intégrer, déployer

« Développer une filière belge de défense contre les drones n’est pas un luxe industriel, continue Clarisse Ramakers. C’est un enjeu de sécurité nationale, de souveraineté européenne et une opportunité économique et technologique majeure. Les acteurs sont là. Il est temps de les réunir, de les intégrer, de les déployer. »

La question n’est plus de savoir si nous devons agir, mais qui prendra l’initiative… et à quelle vitesse.