Le contrat avec l’ICE met à mal Capgemini. Une rupture de sens qui coûtera cher
Chez Capgemini, les révélations sur la collaboration de la filiale américaine du groupe avec la police de l’immigration américaine, l’ICE, font voler en éclats le discours éthique affiché depuis des années. Colère, honte, perte de repères…
« Pourquoi imposer des formations sur l’éthique à l’ensemble des salariés, et parfois même les licencier pour ne pas les avoir suivies, alors que le groupe lui-même ne respecte pas cette valeur ? », s’interroge le syndicat CFDT de Capgemini dans un communiqué.
La semaine dernière encore, Capgemini affichait sur son site internet son partenariat avec l’ICE, la milice de Trump recrutée pour faire la chasse aux migrants et à tous ceux qui ont l’apparence de migrants : « Capgemini travaille étroitement pour aider à réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux des États-Unis. » Avec 365 millions USD à la clé, les termes du contrat précisent -comme l’indique le site web The Intercept– que la rémunération précise sera indexée au nombre de migrants traqués…
Deux dossiers délicats à une semaine d’intervalle
Cela fait deux mardis de suite que le groupe Capgemini, fleuron français des services numériques, fait la une de l’actualité pour de mauvaises raisons. Par l’annonce, le 20 janvier, d’un plan de suppression de quelque 2.400 emplois en France.
Puis, ce 27 janvier, par la révélation du contrat commercial passé entre sa filiale américaine, Capgemini Government Solutions et la police anti migrants de Donald Trump. Autant dire que la réputation du champion du CAC40 a pris un méchant coup dans l’aile, d’autant que sa défense laisse à désirer…
Le contrat n’était pas secret, mais perdu au milieu de centaines d’autres sur les sites internet de l’administration américaine. Le voilà exposé au grand jour, posant à Capgemini un sérieux problème d’image, que la direction a tenté de corriger ce mercredi 28 janvier en fin d’après-midi dans une communication à l’ensemble de ses salariés.
Communication de crise… maladroite
Déjà, dans un message publié dimanche sur LinkedIn, le CEO de Capgemini, Aiman Ezzat, avait indiqué avoir appris « par des sources publiques » la signature en décembre d’un contrat entre sa filiale américaine et l’ICE.
Selon le dirigeant, la structure de cette filiale indépendante, soumise à la législation américaine, impose des règles d’étanchéité avec la direction centrale de l’entreprise. Cette filiale « prend les décisions de manière autonome, dispose de réseaux étanches, et (…) le groupe Capgemini est dans l’impossibilité d’accéder à toute information classifiée, à des contrats classifiés », a poursuivi Aiman Ezzat.
En vain. Le groupe est aujourd’hui dans la tourmente. Il doit s’adresser à des publics différents, impliquant de décliner des messages qui sont par ailleurs très complexes : aux médias qui questionnent, au gouvernement français qui s’interroge, aux syndicats qui s’indignent… et à la Bourse qui doute !


