Le Green IT est passé d’une série de « bonnes pratiques » à une véritable ingénierie de la sobriété

Sustainable IT Days, du 12 au 15 octobre à Bruxelles. Des workshops, des conférences, des tables rondes… Cette première édition confirme le changement de statut de la durabilité dans l’IT.

Changement de statut. En 2022, être « green » signifiait pour beaucoup « nettoyer sa boîte mail » ! Depuis, le périmètre du Numérique Responsable s’est considérablement élargi : initialement centré sur le Green IT, il s’inscrit désormais dans une véritable stratégie d’entreprise, intégrant la résilience et la souveraineté numériques, ainsi que l’adoption de l’IA selon les principes de l’IA responsable. Qui plus est, avec l’arrivée de réglementations européennes ambitieuses, comme le CSRD, le Green IT est passé du statut de « bonne pratique bonus » à celui de pilier d’ingénierie.

Et qui dit « durabilité » dit aussi « sobriété ». Celle-ci ne se joue plus dans la corbeille Outlook, mais à la racine des projets : chez les Devs & Designers pour coder plus léger, chez les Ops avec le passage au GreenOps pour piloter et décarboner les infrastructures cloud en temps réel et, bien sûr, dans l’exploitation avec un allongement du cycle de vie du matériel (5 à 7 ans désormais) et une bascule massive vers le reconditionné pro.

Le « Sustainable IT », un spectre plus large que le « Green IT »

Le « Green IT » n’est pas mort pour autant. Mais, comparativement, son spectre est réduit. De fait, il désigne la réduction de l’empreinte environnementale du système d’information lui-même. En somme, l’approche « nettoyer sa propre maison » : allonger la durée de vie des équipements, optimiser les data centers, réduire la consommation énergétique des serveurs, pratiquer la sobriété numérique au quotidien.

Axé sur le numérique responsable, le « Sustainable IT » embrasse plus largement. Il intègre les dimensions environnementales, sociales et de gouvernance dans l’ensemble des décisions IT; il englobe l’approvisionnement durable, la gestion du cycle de vie des équipements, la gouvernance « verte » et le reporting.

Durabilité et souveraineté sont liées

En 2024 et 2025, l’Institut Belge du Numérique Responsable avait co-organisé le GreenTech Forum Brussels ; cette année, il lance les Sustainable IT Days, un nouvel événement conçu pour réunir à nouveau  la communauté, l’agrandir et lui ouvrir de nouvelles opportunités, en collaboration avec la Brussels Climate Week.

L’événement permettra de considérer l’impact de la durabilité dans de multiples domaines. Dont la souveraineté. Durabilité et souveraineté numérique sont liées. Contrôler ses infrastructures et ses données permet de mieux gérer l’impact écologique, de réduire la dépendance aux géants étrangers et d’allonger la durée de vie des équipements.

La souveraineté numérique ne se limite pas à l’endroit où les données sont stockées. Elle se joue bien en amont. Et bien au-delà, dans l’ensemble de la chaîne de valeur qui rend le numérique possible : conception logicielle, accès aux infrastructures cloud et pilotage des systèmes.

Plus de durabilité, plus de résilience opérationnelle

Dès lors, le sujet ne relève plus seulement d’un choix d’hébergement ou d’un arbitrage contractuel avec un prestataire. Il concerne la capacité réelle d’une organisation à conserver une marge de décision sur les briques qu’elle utilise chaque jour. Plus cette chaîne dépend d’acteurs extérieurs, plus l’autonomie se réduit.

En intégrant des principes de sobriété, de frugalité, de durabilité et de maîtrise d’usage, on diminue notre exposition aux dépendances. Étant donné que la dépendance est souvent proportionnelle aux volumes de données et de services consommés, reprendre le contrôle sur la croissance des volumes est une première action de souveraineté. Cela consiste à appliquer un principe simple : moins de données stockées et échangées, c’est moins de dépendance.

Tout se tient !

Nous sommes à un tournant. Nos organisations doivent repenser leur infrastructure, non plus comme une contrainte budgétaire, mais comme un levier de performance économique, de résilience organisationnelle et de responsabilité environnementale. Face à ces enjeux, une question centrale émerge : comment concevoir une infrastructure IT qui allie souveraineté, performance et durabilité, tout en restant un centre de coûts optimal ?

Or, qui dit résilience opérationnelle dit moderniser l’infrastructure, en réduisant le gaspillage d’énergie et en optimisant l’usage du cloud. Ces choix « verts » diminuent les risques de panne matérielle, réduisent les temps d’arrêt lors des coupures de courant et optimisent les flux de données.

Des architectures techniques allégées accélèrent également la reprise après incident. Principaux avantages : moins de contraintes matérielles : les serveurs plus récents et économes en énergie fonctionnent à des températures plus basses et tombent moins souvent en panne. Un stockage distribué dans le cloud protège les données en cas de défaillance des sites locaux. De même, un suivi en temps réel de la consommation d’énergie et des données permet de détecter rapidement les goulots d’étranglement du système. Et comme la réduction du gaspillage d’énergie libère des fonds, ceux-ci peuvent être alloués à la gestion des risques et la reprise après sinistre. Tout se tient !

FinOps, GreenOps, AIOps…

En ce sens, l’IA agit comme une loupe, révélant faiblesses et opportunités. L’explosion des usages de l’IA pose une double exigence : maîtriser les coûts et réduire l’empreinte environnementale, tout en garantissant souveraineté et traçabilité des traitements.

L’IA expose donc les limites du FinOps classique, renforce la nécessité d’un GreenOps sérieux et teste la cohérence réelle du cloud souverain.

Aussi, FinOps et GreenOps ne sont plus des sujets périphériques. Au contraire, ils sont devenus des critères d’appel d’offres. De toute évidence, l’arrivée massive de l’IA est en train de changer les équilibres. Elle est énergivore. Et questionne la maîtrise des coûts de l’empreinte carbone, de la traçabilité et la localisation des traitements. Elle rend également visible les arbitrages techniques auparavant moins perceptibles.

Les maitres-mots des Sustainable IT Days sont posés : résilience, souveraineté et IA responsable. Pour les métiers du numérique, c’est une formidable opportunité d’innover autrement : coder plus propre, concevoir plus utile et consommer plus juste. Si la pollution numérique est invisible, les solutions, elles, sont désormais concrètes, mesurables et à la portée de toutes les organisations.