Arriverons-nous à construire un leader européen de confiance ?

La cartographie de l’European Cybersecurity Mapping 2026 met en lumière un paradoxe : l’Europe compte déjà de solides défenseurs et un écosystème innovant… mais fragmenté.

Les entreprises européennes savent innover. Encore faut-il qu’elles puissent rester européennes. C’est le constat qui se dégage de la nouvelle cartographie de la cybersécurité publiée par l’European Champions Alliance.

L’association recense désormais 1 302 entreprises réparties dans seize segments de marché, contre 828 un an plus tôt. Ce qui témoigne d’un tissu entrepreneurial dynamique, porté par une demande croissante en cybersécurité et par un cadre réglementaire de plus en plus exigeant. En même temps, malgré une innovation reconnue, l’Europe peine toujours à faire émerger des leaders capables de rivaliser à l’échelle mondiale.

La question commence à dater : parviendra-t-on en Europe à sortir de notre dépendance aux Etats-Unis dans le domaine de la cybersécurité ? Outre quelques champions comme le slovaque Eset ou le tchèque Avast, l’éco­système cyber­ européen peine à prendre de l’ampleur. Certes, on compte bien des géants comme Thales ou Airbus Cybersecurity via sa filiale Stormshield. Egalement des éditeurs de logiciels spécialisés avec des pépites devenues des références, à l’instar de d’Olfeo, Vade Secure ou Wallix. Mais que pèsent ces acteurs au niveau mondial ?

La création de valeur migre progressivement

Selon Tikehau Capital, les Etats-Unis concentraient 85 % des montants levés par des start-up du domaine en 2024, contre 9 % pour l’Europe. Pas moins aujourd’hui. Par conséquent, faute de financements suffisants pour franchir le cap de l’hypercroissance, plusieurs acteurs stratégiques passent sous contrôle étranger, alimentant un débat devenu central autour de la souveraineté numérique.

Les technologies sont développées en Europe, mais la création de valeur et le contrôle des actifs stratégiques migrent progressivement hors du continent. Ce constat dépasse la seule question financière. À mesure que les réglementations comme NIS2 ou DORA renforcent les exigences de résilience, la maîtrise des fournisseurs technologiques devient un enjeu industriel autant que géopolitique. Dans ce contexte, la capacité de l’Europe à conserver ses entreprises les plus stratégiques apparaît désormais comme une composante de son autonomie numérique.

Créer un marché intérieur

Au-delà de la question des acquisitions, la cartographie met en lumière un marché encore très éclaté. Les solutions demeurent dispersées dans plus d’une vingtaine d’écosystèmes nationaux, compliquant aussi bien les choix des CISO que les stratégies de coopération entre industriels.

L’enjeu n’est donc plus uniquement de créer des start-up innovantes, mais de construire un véritable marché intérieur capable de soutenir leur développement.