Pour 69 % des managers belges, des données de mauvaise qualité ou incomplètes restent le principal frein pour se lancer pleinement dans l’IA
La troisième édition de son Enterprise AI Maturity Index de ServiceNow montre que les entreprises belges investissent massivement dans l’IA, mais peinent à en tirer un usage concret. Passer à l’échelle est la véritable épreuve.
Les entreprises belges doublent leurs investissements en IA, mais peinent à passer à l’échelle. Elles obtiennent un score moyen de 51 sur 100 en matière de maturité IA (panel de l’étude : 4 700 managers dans 16 pays). Ce chiffre repose sur plusieurs critères : la valeur générée par l’IA (50), la qualité des données (56), les règles et contrôles autour de l’IA (54), ou encore la manière dont l’IA s’intègre au travail quotidien (38). Avec une moyenne de 51, la Belgique fait un peu moins bien que l’Allemagne (52), l’Espagne (54) et l’Italie (54), mais devance sa voisine néerlandaise (48).
Ce constat se retrouve partout en Europe et au Moyen-Orient. Partout, aussi, ce dernier critère, l’intégration de l’IA au travail quotidien, obtient partout le score le plus faible. Les entreprises savent donc de mieux en mieux ce qu’elles veulent atteindre avec l’IA, mais peinent encore à le traduire dans leurs pratiques de tous les jours. Tant que les bases -des données fiables, des règles claires et des processus opérationnels- ne sont pas posées, le passage à l’échelle restera compliqué.
20 % du budget IT. Et malgré cela…
« Les entreprises belges comptent parmi les plus ambitieuses d’Europe en matière d’investissements dans l’IA. Leur motivation est réelle. Ce qui manque, explique Steven Moerman, Country Manager Belgium, ServiceNow, c’est la traduction vers la pratique quotidienne. Concrètement, comment faire en sorte que l’IA fonctionne réellement, partout dans l’entreprise ? »
L’IA est devenue l’un des plus gros postes d’investissement pour les entreprises belges. L’an dernier, leurs dépenses en IA ont bondi de 121 %. D’ici 2027, l’IA représentera 20 % du budget IT. Même tendance à l’échelle de l’Europe et du Moyen-Orient : les entreprises ont dépensé 113 % de plus en IA l’an dernier, et prévoient une part de 20,1 % d’ici 2027.
L’illusion technologique : une erreur stratégique persistante
Dans la majorité des organisations, l’IA est encore abordée comme un sujet purement technologique. On investit dans des modèles, des outils et des plateformes, en espérant que la performance technique suffira à créer de la valeur. Or, les travaux récents montrent que ce n’est pas là que se joue la performance. L’IA n’est pas un levier magique de transformation, elle agit plutôt comme un amplificateur du niveau de maturité existant.
Ce renversement de perspective est fondamental : la réussite des projets IA relève avant tout d’un enjeu de transformation organisationnelle. Un problème socio-technique, confirmé par les faits. Les analyses convergent aujourd’hui vers un constat clair : les échecs IA ne sont pas principalement liés aux modèles. Ils sont liés à un désalignement entre la technologie, qui est rapide et mature, et l’organisation, qui est souvent lente, fragmentée et non préparée.
Quatre blocages majeurs
L’étude de ServiceNow pointe quatre obstacles sur lesquels les entreprises butent systématiquement quand elles veulent faire passer l’IA à l’échelle. Un, les données : 73 % des managers en Europe et au Moyen-Orient (69 % en Belgique) estiment que des données de mauvaise qualité ou difficiles d’accès freinent le plus l’IA.
Deux, gouvernance et tests : à peine 19 % des entreprises en Europe et au Moyen-Orient (15 % en Belgique) testent, contrôlent et gèrent correctement les risques liés à l’IA. Trois, des systèmes vieillissants : seules 15 % des entreprises, en Europe et au Moyen-Orient comme en Belgique, ont remplacé leurs anciens systèmes par des plateformes intégrées. L’IA tourne donc encore souvent sur une technologie dépassée et fragmentée.
Quatre, des flux de travail autonomes : 57 % des entreprises en Europe et au Moyen-Orient utilisent l’IA agentique (45 % en Belgique). Mais à peine 9 % (8 % en Belgique) s’en servent pour automatiser des processus complets. Aujourd’hui, l’IA aide surtout les collaborateurs dans leurs tâches ; elle ne réinvente pas encore leur travail.



