Linux plutôt que Windows. Le désengagement est aujourd’hui officiel

A travers la DINUM (Direction interministérielle du numérique), l’Etat français a officialisé mercredi 8 avril 2026 son objectif de réduire les dépendances numériques extra-européennes de ses services. Un tournant stratégique pour la France, à un an de l’élection présidentielle

Le calendrier est ambitieux : plans ministériels à l’automne, objectifs chiffrés de réduction des dépendances, et migrations opérationnelles d’ici 2027. À un an de l’élection présidentielle, la question de la continuité politique de ces engagements se posera inévitablement !

La démarche s’inscrit dans le prolongement des récentes circulaires du gouvernement sur la commande publique numérique et la généralisation de l’outil de visioconférence Visio, l’exécutif fixe un cap : diminuer significativement la dépendance technologique de l’État.

La DINUM mise notamment sur la constitution de coalitions associant ministères, opérateurs publics et entreprises privées. L’objectif est de structurer des projets communs autour de briques technologiques souveraines, en s’appuyant notamment sur les communs numériques et des standards d’interopérabilité tels que ceux portés par les initiatives Open-Interop et OpenBuro.

« Nous désensibiliser des outils américains »

La Caisse nationale d’Assurance maladie a annoncé il y a quelques jours la migration de ses 80 000 agents vers des outils du « socle numérique interministériel » : Tchap, Visio et FranceTransfert pour le transfert de documents.

« L’État ne peut plus se contenter de constater sa dépendance, il doit en sortir. Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique, commente David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. Nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques. »

Chaque ministère (opérateurs inclus) sera tenu de formaliser son propre plan d’ici l’automne, portant sur les axes suivants : poste de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation, équipements réseau. Ces plans d’action permettront de donner de la visibilité quant aux besoins de l’État à la filière industrielle du numérique.

Le travail de cartographie et de diagnostic des dépendances réalisé par la Direction des Achats de l’État (DAE), ainsi que celui autour de la définition d’un service numérique européen porté par la Direction générale des Entreprises (DGE), permettra d’affiner l’objectif chiffré de réduction avec un calendrier clair.

La Gendarmerie nationale, pionnière

En 2018, la Gendarmerie nationale avait déjà migré plus de 100 000 postes vers GendBuntu, sa version personnalisée d’Ubuntu. Un projet pionnier qui économise environ 2 millions EUR par an en licences et qui tourne désormais sur 97 % des postes de la force armée.

Cette migration réussie montre qu’il est possible d’atteindre un objectif politique durable. En ce sens, la gendarmerie est un exemple. Demain, le projet OpenBuro, qui vise à créer un standard européen d’orchestration en alternative à Microsoft 365, apportera -de son côté-une brique technologique structurante qui manquait aux tentatives précédentes.