Sur base de la fable de Jean de la Fontaine : « Les deux coqs »

Un Algorithme naquit au sein d’une Tour de Verre.
Rapide, exact, sans fatigue ni colère,
Il classait, triait, calculait en un clin d’œil
Ce que dix commis faisaient au prix de maint deuil.

Son N+1, Directeur prudent,
Voyait le Marché chuter lourdement ;
Les chiffres fondaient comme neige en avril,
Et chaque budget devenait péril.

— « Cher Algorithme, dit-il à la Machine,
Un ancien va partir vers retraite opportune.
Faut-il le remplacer ? La Bourse est aux abois,
Les actionnaires grondent, la trésorerie se noie. »

L’IA répondit d’une voix sans détour :
— « Je puis, sans congé, travailler nuit et jour ;
Analyser les ventes, prédire la tendance,
Réduire les coûts, accroître la cadence.
Point n’est besoin d’un remplaçant humain ;
Confiez-moi sa charge, et scellez le destin. »

Le Directeur, séduit par tant d’économie,
Signa l’avenant, parla d’autonomie.
On célébra l’outil, moderne et souverain,
Qui promettait profits dès le prochain matin.

Mais bientôt le Marché, plus retors qu’on ne pense,
Changea règle et rythme, humeur et cadence.
Les clients, imprévisibles et fiers,
Réclamèrent contact, nuance et repères.

L’Algorithme, parfait dans le connu,
Restait muet quand le cas devenait ardu.
Il excellait aux schémas déjà vus,
Mais peinait aux terrains inconnus.

Le Directeur comprit, mais trop tard sans doute,
Qu’épargne excessive engendre la déroute ;
Car remplacer l’homme n’est point le copier,
L’expérience ne se télécharge point d’un dossier.

On rappela en hâte un expert retraité,
À prix d’or, pour sauver l’activité.
Et l’on apprit — leçon rude et certaine —
Que prudence vaut mieux qu’audace vaine.

Morale :

Qui croit qu’une Machine efface toute mémoire
Oublie que le savoir dépasse l’algorithme et l’espoir ;
Réduire sans discernement pour plaire aux marchés mouvants
Peut coûter plus cher que payer ses anciens vivants.