La surveillance devient la norme… et la vie privée l’exception, démontre ESET
Gadgets hier, plus aujourd’hui. Les lunettes connectées soulèvent d’importantes questions en matière de protection de la vie privée et de cybersécurité, observe ESET, aussi bien pour leurs utilisateurs que pour les personnes qui les entourent.
Cet été, les lunettes connectées ont franchi un nouveau cap : elles permettent à n’importe qui de filmer ou de photographier discrètement son entourage. Certes, la plupart des modèles disposent d’un voyant lumineux indiquant qu’un enregistrement est en cours, mais celui-ci reste discret et peut facilement passer inaperçu.
Selon ESET, le risque ne se limite pas à la captation d’images. Des chercheurs de l’université Harvard ont démontré qu’il était possible d’associer les vidéos enregistrées par des lunettes connectées à des outils d’IA capables d’identifier les personnes filmées, puis de retrouver en ligne des informations les concernant.
On voit aussi que plusieurs acteurs du marché exploitent les données collectées par leurs appareils pour améliorer leurs modèles d’IA. Selon les paramètres choisis par l’utilisateur, les enregistrements vocaux, les images ou leurs transcriptions peuvent être conservés sur des serveurs distants pendant plusieurs mois et parfois être consultés par des équipes chargées de l’amélioration des services.
Quand la vie privée devient un enjeu de sécurité
Les lunettes connectées peuvent également capturer involontairement des informations particulièrement sensibles, notamment :
° un code PIN saisi à un distributeur automatique ou sur un terminal de paiement ;
° un mot de passe tapé sur un ordinateur ou un smartphone ;
° un relevé bancaire, une facture ou tout autre document contenant des données personnelles.
Si ces informations sont transmises à un service cloud ou à une IA générative, elles pourraient, en cas de mauvaise gestion ou de compromission, être exploitées par des cybercriminels. Ces appareils facilitent également le « shoulder surfing » (regard par-dessus l’épaule).
Associée à la reconnaissance faciale, cette technique permettrait à un attaquant de constituer un profil très détaillé de sa victime avant de lancer une campagne de phishing personnalisée, de détourner ses comptes ou d’usurper son identité.
Des appareils qui peuvent aussi être piratés
Comme tout objet connecté, les lunettes intelligentes ne sont pas à l’abri d’une cyberattaque. Plusieurs scénarios sont envisageables :
° exploitation d’une vulnérabilité du système ou du firmware ;
° compromission de l’application mobile associée ;
° interception des communications via un faux réseau Wi-Fi public ;
° attaques d’ingénierie sociale, par exemple à l’aide de faux QR codes ;
° installation d’applications malveillantes se faisant passer pour des logiciels légitimes.
En cas de compromission, un pirate pourrait accéder aux données enregistrées, surveiller les activités de l’utilisateur ou même prendre le contrôle de certaines fonctions de l’appareil.
Comment réduire les risques ?
Pour les utilisateurs, quelques bonnes pratiques permettent de limiter les risques :
° maintenir les applications à jour ;
° télécharger uniquement les applications officielles et vérifier les autorisations demandées ;
° protéger les comptes associés avec des mots de passe robustes et l’authentification multifacteur (MFA) ;
° verrouiller les lunettes avec un code PIN ou une authentification biométrique ;
° éviter les réseaux Wi-Fi publics non sécurisés ou utiliser un VPN ;
désactiver, lorsque c’est possible, l’utilisation des enregistrements pour entraîner les modèles d’IA ;
° ranger les lunettes dans leur étui lorsqu’elles ne sont pas utilisées afin d’éviter des enregistrements accidentels ;
° supprimer régulièrement les photos, vidéos et enregistrements inutiles ;
° rester attentif à son environnement et ne pas se laisser distraire par les fonctions de réalité augmentée.
Pour les personnes à proximité…
Si vous êtes entouré de personnes portant des lunettes connectées :
° repérez les témoins lumineux indiquant un enregistrement ;
° protégez vos informations sensibles dans les lieux publics ;
° n’hésitez pas à demander des explications si vous vous sentez observé ou filmé ;
° dans un cadre professionnel ou commercial, signalez toute utilisation inappropriée à la direction.
Meta n’est pas seul sur ce marché. Google, Apple, Amazon et plusieurs fabricants chinois développent également leurs propres modèles. Alors que ces dispositifs gagnent en popularité, il devient essentiel de rester vigilant afin de préserver sa vie privée et sa sécurité dans un monde où les caméras et l’IA deviennent toujours plus discrètes



