Une mobilisation inédite attendue les 6 et 7 novembre pour exiger un moratoire
L’action « Stop Dirty Data Centres » entend mobiliser des citoyens, des associations et des ONG pour protester contre l’expansion rapide et non régulée des centres de données et des infrastructures d’IA. En Wallonie en particulier. Au centre des débats, la question énergétique.
Des rassemblements, des marches, des conférences et des débats organisés à travers l’Europe les 6 et 7 novembre. Objectif : exiger un moratoire immédiat sur les nouveaux projets de data centers.
L’action « Stop Dirty Data Centers » s’inscrit dans un mouvement de contestation de grande ampleur à travers l’Europe. Portée par des dizaines de collectifs citoyens, d’ONG environnementales et d’organisations de défense des droits numériques, cette campagne culminera avec des journées d’action internationales.
La contestation s’articule principalement autour de la consommation énergétique, l’artificialisation des terres agricoles, l’usage considérable d’eau en période de sécheresse, le manque de consultation des populations directement concernées et l’absence de souveraineté numérique.
Selon Canopea, la fédération des associations environnementales belges qui défend l’environnement en Wallonie et en Belgique, trois nouveaux projets en Wallonie sont actuellement sur la table.
Google, sur trois sites
A Saint-Ghislain, une demande de permis a été introduite à la fin de l’été pour construire deux nouveaux centres sur le site de Pic et Plat. Saint-Ghislain est un site historique et stratégique pour Google : inauguré en 2010, il s’agit du premier data center de Google en Europe. Le site compte déjà six bâtiments, auxquels s’ajoute un autre en construction. La dernière demande de permis en date porte sur deux centres supplémentaires.
A Farciennes, un nouveau data center de Google est également en construction. Pour augmenter fortement la capacité du site, Google avait demandé l’autorisation de pomper de l’eau dans la Sambre afin d’assurer son refroidissement. Cet été, le ministre François Desquesnes a refusé cette demande en raison des risques de sécheresse. Par conséquent, le site devra recourir à un refroidissement par air, beaucoup plus énergivore que le refroidissement par eau. Reste à voir comment Google réagira à cette contrainte.
A Feluy, enfin, Google a également revu son projet. L’entreprise avait obtenu en 2024 un permis pour trois bâtiments, mais elle a déposé une nouvelle demande portant sur un seul data center, doté toutefois d’une capacité nettement supérieure.
Des besoins électriques multipliés par huit !
Cette course à l’expansion ne concerne pas uniquement Google : Microsoft a également installé un data center dans la périphérie bruxelloise à la fin de 2025. Par ailleurs, des négociations sont en cours autour de plusieurs autres sites d’intérêt industriel majeur. Des projets à Chertal ou à Wavre sont par ailleurs évoqués.
La situation est sensible. Dans le cadre de leurs projections énergétiques à l’horizon 2034-2050, les gestionnaires de réseaux de transport belges Elia (électricité) et Fluxys (hydrogène et gaz) pointent une explosion imminente et massive de la consommation électrique des data centers.
Historiquement de 3,2 TWh (environ 4 % de la consommation nationale actuelle), les projections présentées par Elia montrent un emballement de la demande. D’ici 2034, les besoins électriques des centres prévus et existants pourraient être multipliés par huit, pour dépasser 24 à 27 TWh par an.
La position d’Elia : encadrer et limiter la capacité
Face au risque de saturation du réseau à haute tension, Elia a durci sa position commerciale et technique. Laquelle passe par un changement de modèle d’allocation.
Face à la saturation, la logique historique du « premier arrivé, premier servi » montre ses limites. Jusqu’à présent, en effet, les hyperscalers ont réservé la majorité de l’énergie disponible pour la prochaine décennie.
Elia propose désormais des raccordements conditionnels dits « flexibles ». Cela signifie que les futurs data centers s’exposent à des restrictions de puissance obligatoires en heures de pointe pour éviter d’asphyxier le réseau national ou de priver des infrastructures critiques.
Un réseau sous tension, c’est une transition en péril !
D’une manière générale, les projets des hyperscalers bloquent d’autres initiatives d’électrification de l’industrie, freinant ainsi la transition vers une énergie bas carbone. En juin dernier, pas moins de 160 demandes de raccordement étaient bloqués dans la seule région de Mons auprès d’ORES.
Le projet Go for Zero d’Holcim, par exemple, aura besoin de capacité électrique sur le réseau Elia à Saint-Ghislain pour concrétiser sa décarbonation. Or, cette capacité est aujourd’hui réservée à… Google !
Canopea et le collectif « Occupons le terrain », tirent la sonnette d’alarme : le réseau électrique wallon ne pourra pas supporter cette charge sans pénaliser d’autres pans de l’économie et faire grimper les factures des citoyens.


