Peur pour l’emploi dans mon secteur, moins pour mon job !

48 % des cadres belges s’attendent à des suppressions d’emplois dues à l’IA dans leur secteur, mais seuls 32 % craignent pour leur propre emploi ! « L’optimisme individuel ne suffit pas si la confiance collective fait défaut », analyse Eva Monsaert, HR Director, Inetum Belgium.

Catastrophisme ? Triomphalisme ? Longtemps, on a cru que le débat entre IA et emploi était binaire. L’European Digital Observatory, réalisé par l’Institut Bona Fidé pour Inetum auprès de 2 400 dirigeants dans quatre pays européens, dévoile plutôt un biais d’invulnérabilité.

« En Belgique, en particulier, observe Eva Monsaert, HR Director, Inetum Belgium, 48 % des dirigeants s’attendent à ce que l’IA entraîne des suppressions nettes d’emplois dans leur secteur, mais lorsqu’il s’agit de leur propre fonction, cette inquiétude est sensiblement moins forte : à peine 32 % redoutent d’être un jour remplacés par l’IA ! » Des quatre pays analysés, les Belges seraient les plus optimistes !

Un décalage macro vs micro

La science parle de « biais d’optimisme comparatif ». Sur le plan psychologique, l’être humain a naturellement tendance à penser qu’il court moins de risques que la moyenne. Appliqué à l’IA, ce biais pousse un cadre à rationaliser ainsi : « L’IA va automatiser les tâches de mon secteur, mais comme je suis performant, adaptable et unique, c’est l’emploi de mon voisin qui est menacé, pas le mien ! »

Le phénomène n’a rien d’étonnant. Au niveau global (macro), une large majorité de personnes interrogées -souvent entre 60 % et 70 % selon les pays- estime que l’IA va détruire des emplois, creuser les inégalités ou bouleverser des secteurs entiers, avance le Future Skill Centre. Au niveau individuel (micro), dès qu’on interroge les mêmes individus sur la sécurité de leur propre poste, l’inquiétude s’effondre. Une étude publiée dans Nature confirme un biais d’invulnérabilité chez près de 60 % des participants, qui considèrent que l’impact de l’IA sera nettement plus lourd chez les autres que chez eux.

Une perception différente selon les secteurs

Cependant, dès lors que l’on se place au niveau sectoriel, ce sentiment de confiance s’inverse. 48 %, encore, des cadres belges s’attendent à ce que l’adoption croissante de l’IA se fasse au détriment de l’emploi dans leur secteur.

Rien d’étonnant. La science parle ici d’hyper-conscience des tâches. Qui mieux que soit connait son métier dans ses moindres détails ? On voit chacun exactement quelles tâches répétitives, administratives ou d’analyse de données une IA pourrait exécuter à notre place. Pour les autres métiers, mieux vaut parler d’angle mort. La perception est extérieure, donc superficielle. Il est facile d’imaginer que le métier d’un autre est « trop complexe », « trop humain » ou « trop manuel » pour être automatisé, simplement parce que l’on en connaît pas les rouages automatisables.

Dans l’étude d’Inetum, on notera que l’optimisme belge reste néanmoins marqué ; il est plus important qu’en Espagne ou en France.

« Ce nouvel indice met toutefois en lumière un défi structurel : dans quelle mesure les entreprises sont-elles aujourd’hui préparées à la transition vers l’IA au sein de leur secteur ? », questionne Eva Monsaert.

Une confiance dans l’IA qui n’est pas toujours transparente

Malgré ces préoccupations, les dirigeants belges se montrent largement positifs quant à l’impact de l’IA sur leur travail : 75 % estiment que l’IA accroît leur productivité et 64 % constatent une amélioration de leurs conditions de travail grâce à cette technologie.

La confiance dans les résultats produits par l’IA est également élevée : huit dirigeants belges sur dix font confiance aux réponses fournies par l’IA générative dans un contexte professionnel.

Cette combinaison entre forte confiance, gains de productivité mesurables et même usages « fantômes » confirme que l’adoption de l’IA ne stagne pas en raison de la technologie elle-même, mais plutôt en raison de la gouvernance d’entreprise.

La compréhension de l’IA, fondement du monde du travail de demain

Des politiques claires, un accompagnement continu et des formations à l’IA en entreprise sont essentiels pour exploiter pleinement le potentiel de cette technologie, sans éroder la confiance.

« La réussite ou l’échec de la transformation liée à l’IA dans les entreprises ne dépend pas de la technologie en soi, mais de la manière dont les organisations impliquent leurs collaborateurs dans une stratégie HR claire et applicable à l’ensemble du secteur, conclut Eva Monsaert. L’optimisme individuel ne suffit pas si la confiance collective fait défaut. »

Les dirigeants belges constatent déjà les avantages de l’IA, mais sans transparence, sans formation et sans une culture d’entreprise qui guide et encourage son utilisation, la transition reste fragile. 

« L’IA n’est pas un facteur de suppression d’emplois, mais une transformation qui exige anticipation, requalification professionnelle et gestion responsable des effectifs. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons libérer tout le potentiel de l’IA sur le lieu de travail, tant pour ceux qui travaillent aujourd’hui que pour les talents de demain. »