La facture IA explose, alors que les entreprises cherchent encore un mode de gestion des tokens
Nouvelle mission du CIO : transformer la consommation de tokens – simple dépense imprévisible – en un investissement que les CEO vont pouvoir chiffrer et les conseils d’administration évaluer. L’heure est à la tokenomics, la gestion économique des jetons.
« C’est la rigueur qui fait la différence, assure Accenture en conclusion de son étude The CIO’s guide to AI tokenomics. Le leadership en matière d’IA repose sur la maîtrise et la discipline de gestion. Les entreprises gagnent lorsqu’elles gèrent chaque token avant qu’il ne devienne un coût à justifier, en le reliant à une proposition de valeur explicable. »
Si 80 % des dirigeants affirment que l’IA crée de la valeur, moins de 20 % des dépenses liées aux jetons sont corrélées à des résultats concrets. Le département IT est confronté à un dilemme : ne pouvoir ni prédire la consommation, ni démontrer la valeur qu’elle génère. Et donc gérer une facture de jetons imprévisible tout en peinant à prouver la valeur associée.
La nouvelle mission du CIO ? Transformer la consommation de tokens – simple dépense imprévisible – en un investissement que les CEO peuvent chiffrer et les conseils d’administration évaluer.
Nouvelle économie
La « tokenomics » est devenue une préoccupation majeure des instances de direction, car le coût de chaque requête, inférence ou interaction autonome augmente plus vite que la capacité de l’entreprise à démontrer la valeur créée.
Accenture n’est pas le premier à s’y intéresser. Mais son étude est aujourd’hui la plus complète sur ce phénomène. Le cabinet a interrogé 750 dirigeants d’entreprises de 17 pays et mené des entretiens avec 15 responsables des technologies et de la finance au sein de sociétés figurant au classement Fortune 500.
Et son constat est dur : moins de 1 euro sur cinq dépensé en tokens d’entreprise se traduit par un résultat financier quantifiable : impact sur le chiffre d’affaires, réduction des coûts ou gain de productivité, le tout étant converti en données exploitables par la direction financière.
« Qu’a réellement accompli ce token ? »
Dans de nombreuses entreprises, l’accès a précédé la gouvernance ; cette dernière n’est intervenue qu’une fois la facture reçue, analyse Accenture. Il est possible d’inverser cet ordre, mais le faire sous la pression financière s’avère plus difficile et plus coûteux que de procéder correctement dès le déploiement. Les entreprises qui réussissent cette démarche ne sont pas des exceptions. Un responsable technologique a intégré des mécanismes d’attribution dès le départ. Un directeur technique de terrain a posé la question « Qu’a réellement accompli ce jeton ? » avant même la montée en charge des outils.
ABN AMRO a exigé que chaque cas d’usage soit associé à un résultat de valeur défini avant la mise en production. C’est significatif. L’enquête révèle une tendance similaire partout : les organisations menant des projets pilotes optimisent environ 15 % de leurs dépenses en jetons et acheminent correctement 30 % des requêtes, tandis que celles exploitant l’IA en production à grande échelle atteignent respectivement 28 % et 58 %.
Tout cela découle d’une visibilité accrue, une couche de routage, un modèle opérationnel et de la discipline nécessaire pour gérer l’infrastructure d’IA comme un industriel gère une ligne de production : en maîtrisant le coût unitaire, en éliminant le gaspillage et en assurant un suivi continu. Les organisations qui bâtiront cette infrastructure dès maintenant en retireront un avantage cumulatif pour les années à venir.
La valeur provient de l’action du token
Les capacités de l’IA continueront d’évoluer, les prix des modèles de varier et la courbe de consommation de grimper. Rien de tout cela ne modifie la logique fondamentale : « la valeur provient de l’action du token, et non de la dépense qu’il engendre », insiste Accenture.
C’est précisément ce fossé que cette discipline permet de combler. La fenêtre d’opportunité pour agir se situe avant l’arrivée de la prochaine génération de modèles, avant la prochaine expansion des agents autonomes ou avant que la facture imprévisible de l’IA ne devienne un problème de gestion majeur. Le moment venu, les questions remonteront rapidement du conseil d’administration au CEO, puis du CEO au CFO et au CIO. Accenture est formel : les CIO qui agissent dès aujourd’hui auront une réponse à apporter.

