Bilan d’un an de présidence de Leïla Abajadi. Une vision différente de la cybersécurité
Bilan d’un an de présidence de Leïla Abajadi. Même si les stéréotypes sur la cybersécurité demeurent, la vision évolue, le regard change. « On commence à comprendre qu’une plus grande diversité de pensée produit de meilleurs résultats ! »
Selon une analyse publiée en 2025 par ISC2, les femmes représentent 22 % des effectifs mondiaux en cybersécurité. C’est mieux qu’en 2024, mais, proportionnellement, c’est toujours peu. En Belgique, c’est sans doute moins. D’où la nécessité de renforcer l’accès, la visibilité et l’accompagnement des talents féminins dans ce domaine.
La mixité a toujours été le parent pauvre du numérique, plus encore dans le monde de la cyber. A entendre Leïla Abajadi, présidente de Women4Cyber, la figure de l’adolescent au sweat à capuche qui pirate une multinationale depuis sa chambre reste ancrée dans les esprits.
« Ma mission est d’accroître la visibilité dans le domaine de la cybersécurité; sensibiliser les femmes aux opportunités qui s’offrent à elles. Car il y a énormément d’opportunités. Malheureusement, elles hésitent souvent à mettre en avant leurs talents, non par manque de compétences, mais en raison des normes sociales. »
De la finance à l’audit informatique
Le parcours de Leïla Abajadi en est l’illustration. Etudes à l’ICHEC, master en finance. Elle rejoint EY en tant qu’auditrice informatique. « Alors que la plupart de mes camarades de promotion s’orientaient vers des carrières d’auditeurs financiers ou de managers dans le secteur privé, j’ai choisi une voie différente. Je ne sais pas si c’était de la chance, du hasard ou le destin, mais une opportunité inattendue a radicalement changé mon parcours professionnel », explique-t-elle.
Alors qu’elle travaillait chez EY, l’un de ses collègues recherchait un collaborateur francophone pour son équipe bilingue de cybersécurité. Le pied à l’étrier. « Le lien entre les défis opérationnels liés à la mise en œuvre des mesures de sécurité et la perspective analytique de leur évaluation m’a ouvert un tout nouveau monde… »
Leïla Abajadi rejoint ensuite la SNCB en tant que CISO adjointe, où elle a contribué à la création de l’équipe. Puis se lance comme consultante indépendante juste avant le début de la pandémie de COVID-19. Les missions se suivent. Notamment dans le groupe ING. En Belgique, mais aussi à l’étranger.
Construire un écosystème plus inclusif
L’engagement de Leïla Abajadi auprès de Women4Cyber Belgique date de sa rencontre avec Phédra Clouner, l’une des fondatrices de la section belge. Elle s’occupe dans un premier temps de la gouvernance de l’ASBL. Pour, ensuite, la présider. Nous sommes en janvier 2025.
Un peu plus d’un an plus tard, le projet n’a pas fondamentalement changé : « construire un écosystème plus inclusif et plus représentatif. » Ce qui, sur le terrain, veut dire : informer, inspirer et former pour favoriser une meilleure représentativité des femmes dans la cybersécurité, à tous les niveaux de responsabilité. Aujourd’hui, l’ASBL compte une soixantaine de membres en ordre de cotisation.
Si la tendance évolue, les stéréotypes ont encore la vie dure : bleu et métiers techniques pour les garçons ; rose et métiers sociaux pour les filles. Ca n’évolue que lentement.
Le manque de mixité ne fait qu’accroitre l’écart entre hommes et femmes. « Moins un genre est représenté dans une profession, moins ce dernier s’estime légitime et plus le syndrome de l’imposteur s’applique ! » Pourtant, il n’est plus à prouver que les échanges entre esprits compétents et différents sont sources d’inspiration. « De par nos sensibilités, nous pouvons approcher la cybersécurité de manière différente. Otez le préfixe ‘cyber’, il reste le mot ‘sécurité’… et c’est le plus important. Il est prouvé qu’une plus grande diversité de pensée produit de meilleurs résultats ! »
L’œuvre de bénévoles
En 2026, Leïla Abajadi continuera sur sa lancée. Un de ses points forts, le mentorat. Mais aussi des sessions de formation ainsi que des campagnes de sensibilisation afin d’attirer, former et fidéliser. « La cyber n’est pas une caste. Nous, les femmes, outre nos compétences techniques, nous pouvons enrichir la profession par les soft skills. » Il est ici question de communication, de pensée systémique, également de prise de décision sous pression.
« La déconstruction des représentations figées et la promotion de l’ouverture à la diversité contribueront à l’édification d’un écosystème plus robuste, diversifié et résilient. »
Cette mission, c’est l’œuvre de bénévoles. Par conviction, mais aussi par manque de ressources. Women4Cyber est en quête de partenaires pour financer des formations, mais aussi pour organiser des rencontres et attirer des experts. « Toute aide est la bienvenue, ne craint pas de solliciter Leïla Abajadi. Attirer davantage de femmes dans le domaine de la cybersécurité nécessite des efforts conjoints dans le recrutement, l’accompagnement et l’évolution de carrière. C’est donc l’affaire de toutes les entreprises ! »
Propos recueillis par Alain de Fooz


