L’IA peut suivre les progrès, mais elle ne peut pas instaurer la confiance ni façonner la culture

Pour permettre à ces duos homme-IA performants de réussir, les organisations doivent repenser l’architecture même du travail, estime Gina Vargiu-Breuer, Chief People Officer & Labor Director, SAP. La confiance et la collaboration ne suffisent pas si les structures sous-jacentes restent rigides.

« Je suis convaincue que l’avenir ne se résumera pas à une opposition entre l’humain et l’IA, malgré ce discours encore dominant. Il dépendra de la manière dont l’intuition, le jugement et l’expertise humains façonneront l’intégration de l’IA dans le travail et la société. »

Pour Gina Vargiu-Breuer, Chief People Officer & Labor Director, SAP, la véritable opportunité réside dans la combinaison de l’humain et de l’IA dans les domaines créatifs et analytiques, en appliquant les compétences adéquates au bon contexte.

Son mantra ? Fondée sur la confiance et une démarche éthique, l’IA peut amplifier le potentiel humain tout en transformant inévitablement certains rôles et tâches. L’ère intelligente ne consiste pas à dominer technologiquement, mais à progresser de manière ciblée grâce à la collaboration entre l’humain et l’IA.

L’essor des duos homme-IA performants

« Imaginez travailler avec un nouveau collègue formé non pas en salle de classe, mais par des algorithmes traitant d’immenses ensembles de données. En clair, ce partenaire IA apporte rapidité, envergure et précision, tandis que vous apportez votre jugement, votre compréhension du contexte et votre créativité. Ensemble, vous atteignez des résultats que nul ne pourrait obtenir seul ! »

Ce phénomène est déjà une réalité dans de nombreux secteurs. La véritable différence réside dans la complémentarité des forces humaines et des systèmes intelligents, combinant principalement la capacité de l’IA à exécuter des tâches basées sur les données avec l’adaptabilité et la vision humaines.

« Pour permettre à ces duos homme-IA performants de réussir, les organisations doivent repenser l’architecture même du travail, estime Gina Vargiu-Breuer. La confiance et la collaboration ne suffisent pas si les structures sous-jacentes restent rigides. »

Encourager l’expérimentation

Repenser l’architecture du travail ? Cela implique l’adoption d’un nouveau modèle, dans lequel les dirigeants gèrent avec aisance des systèmes intégrés de personnes et d’agents d’IA. Ils sont responsables non seulement des performances de leurs équipes humaines, mais aussi des limites des modèles d’IA qu’ils déploient. « Cela signifie créer un environnement de travail où l’expérimentation est encouragée et où chacun se sent soutenu dans l’évolution de son rôle. »

Comme le montre l’étude « Future of Work » de SAP, les employés se montrent de plus en plus ouverts au coaching et au soutien assistés par l’IA. Lorsque l’IA prend en charge certaines tâches de coaching, les dirigeants doivent se concentrer sur ce que seuls les humains peuvent apporter : le contexte, l’empathie et la capacité d’inspirer. L’IA peut suivre les progrès, mais elle ne peut pas instaurer la confiance ni façonner la culture.

Les compétences humaines qui façonneront l’ère de l’intelligence

À mesure que les humains et les systèmes intelligents collaborent plus étroitement, les compétences nécessaires continueront d’évoluer. Des études de l’OCDE et du Forum économique mondial montrent que la durée de vie des compétences est plus courte que jamais. « Les profils de poste traditionnels sont désormais obsolètes, analyse Gina Vargiu-Breuer. Le véritable facteur de différenciation réside dans la rapidité avec laquelle les individus apprennent et s’adaptent aux progrès technologiques. »

L’IA est le catalyseur de cette adaptabilité : elle identifie les lacunes en compétences en temps réel, personnalise les parcours d’apprentissage et permet aux talents de se déplacer facilement là où ils sont le plus nécessaires. La gestion des compétences passe ainsi d’un processus statique à un système dynamique, préparant une main-d’œuvre qui évolue avec la technologie au lieu d’être dépassée par elle.

La culture comme véritable algorithme

Parallèlement, la culture devient tout aussi déterminante. La technologie peut accélérer le changement, mais la culture en détermine l’impact. L’adoption responsable de l’IA repose sur des fondements culturels solides.

« Une culture de confiance permet aux individus de s’approprier les projets et d’expérimenter de nouvelles approches sans crainte de l’échec. L’objectif est de constituer une main-d’œuvre animée d’un véritable esprit de croissance. Un état d’esprit défini par la volonté intrinsèque de progresser transforme l’incertitude en progrès. C’est la capacité d’apprendre et de désapprendre, d’abandonner les approches obsolètes et d’en adopter de nouvelles… »

Cela implique une refonte radicale des structures, des compétences et des modèles de leadership pour suivre le rythme de l’innovation. Trois impératifs se dégagent.

« L’IA décuplera notre potentiel et, si le progrès technologique est en grande partie inéluctable, ce sont nos valeurs et notre leadership qui détermineront notre réaction face à son impact et comment nous l’orienterons. Une IA sans humanité est tout simplement incomplète ! »