Passer d’une logique de performance par la puissance technologique à une logique de performance par la robustesse et la résilience
La « low tech » face à la « high tech ». En France, le Cigref invite les grandes entreprises à étudier les principes de ce levier opérationnel au service de la résilience numérique des organisations face aux fluctuations.
La « low tech » ? On pourrait y venir, elle pourrait même s’inviter rapidement à l’agenda des CIO, laisse entendre le Cigref qui lui consacre un rapport. Objectif : expliquer qu’il ne s’agit pas d’un « décrochage », mais d’un réajustement compte tenu du contexte de crises multiples et de vulnérabilité croissante des systèmes numériques.
Pour le Cigref, accompagné dans ce projet par l’INR (Institut Numérique Responsable), il faut y voir « un cadre conceptuel pertinent et un levier opérationnel pour renforcer l’adaptation et l’autonomie stratégique et technologique des organisations ».
De fait, le numérique représente aujourd’hui une part significative de l’empreinte environnementale des organisations. Au-delà de la seule dimension écologique, le secteur fait face à des tensions sur les ressources critiques et à une inflation des prix des composants.
Trois principes
L’approche « low-tech » ne propose pas un retour en arrière, mais une démarche prospective à horizon 2035-2040 de conception et de gestion guidée par trois principes fondamentaux :
° Accessibilité : garantir des outils simples, appropriables par le plus grand nombre et économiquement viables.
° Utilité : se concentrer sur les besoins essentiels des métiers et des utilisateurs.
° Durabilité : favoriser des solutions robustes, réparables et moins gourmandes en ressources.
S’appuyant sur une méthode prospective conduite avec le soutien de Futuribles, ce rapport identifie les menaces futures les plus plausibles susceptibles d’affecter les organisations et leurs systèmes numériques. Il analyse les atouts et les limites des principes de la « low-tec face à ces enjeux et formule des recommandations, parfois opérationnelles, parfois exploratoires.
Trois scénarios
Trois scénarios de rupture à horizon 2035-2040 ont été définis par le groupe de travail, choisis en raison de leur criticité au regard de la dépendance accrue des organisations aux technologies numériques, ainsi que de leur forte probabilité d’occurrence.
- Scénario 1 : l’emballement des conflits mondiaux, cristallisé par l’invasion de Taïwan par la Chine, entraîne des ruptures d’approvisionnement technologique majeures (semi-conducteurs, métaux critiques), aggravant la situation de multi-dépendance critique de l’Europe ;
- scénario 2 : la croissance explosive des usages numériques, dopée par l’essor fulgurant de l’IA générative et agentique, contraint à un rationnement énergétique et hydrique conduisant les autorités publiques à imposer des quotas d’usage ;
- scénario 3 : l’intensification des phénomènes climatiques extrêmesoccasionne de plus en plus de dégâts matériels sur les infrastructures numériques et énergétiques, impactant ainsi directement la continuité des services numériques.
Signaux faibles
L’élaboration de ces scénarios s’appuient sur une constellation de signaux faibles : ruptures d’approvisionnement en semi-conducteurs, hausse des prix des composants pesant sur les budgets, délestage ou panne énergétique d’ampleur, infrastructures détruites par des événements climatiques, générant l’arrêt temporaire d’activités…
Force est de constater que ces événements, identifiés comme « signaux faibles » dans la démarche prospective, façonnent déjà notre réalité : restrictions chinoises sur l’exportation de métaux essentiels, envolée des prix de la mémoire RAM, black-out dans la péninsule ibérique en avril 2025, etc.
Un cadre de réflexion pour une « juste technologie »
Le rapport souligne que le « low-tech » est avant tout une démarche de discernement technologique. Il ne s’agit pas d’opposer « high-tech » à « low-tech », mais de trouver le bon curseur pour chaque usage.
Cette approche permet de répondre à plusieurs enjeux stratégiques. A commencer par l’amélioration de la résilience : des systèmes moins complexes sont souvent plus faciles à maintenir en condition opérationnelle face à des crises ou des ruptures de chaîne d’approvisionnement. Ensuite, la réduction de l’empreinte carbone : en prolongeant la durée de vie des équipements et en luttant contre l’obsolescence logicielle. Enfin, la maîtrise des coûts : en simplifiant les architectures et en limitant la dérive des services cloud ou SaaS non essentiels.


