Le Stratège pressé et l’Artisan silencieux

Dans une Maison fière, au sommet de son rang,
Régnait un Chef pressé, gardien du premier banc.
« Vite ! » disait le Prince, « il faut garder l’avance,
Que l’Outil nouveau fasse plier la concurrence. »

Son Stratège des Systèmes, l’esprit chargé de plomb,
Voyait venir l’Outil, prompt, savant, sans affront.
Il promettait monts d’or, vitesse et clairvoyance,
Mais réclamait méthode, temps et gouvernance.

Le Prince, impatient, frappait sur la table :
« Lance-le dès demain, rends-le incontournable !
Nos rivaux hésitent ; gagnons par la vitesse,
Peu m’importe le prix, pourvu qu’on soit en tête. »

Le Stratège obéit, mais non sans réfléchir ;
Il convoqua les Hommes, leur demanda d’agir.
Il fit de l’Outil un bras, non un maître austère,
Le nourrissant de règles, de données, de lumière.

L’Outil, bien encadré, travailla sans bruit,
Accéléra l’effort, sans remplacer l’esprit.
Mais ailleurs, chez d’autres, l’Outil mal gouverné
Décida sans comprendre et finit par briser.

Quand vint le temps du compte, le Prince émerveillé
Crut voir dans l’Outil seul son trône consolidé.
Le Stratège répondit, d’un ton sans arrogance :
« Sire, l’Outil va vite, mais l’Homme donne le sens. »

Morale

Qui confond la vitesse avec la maîtrise
Prend l’outil pour le pilote et la hâte pour la devise.
La première place se garde par la raison,
Non par la course aveugle à l’automatisation.