Selon Gartner, d’ici 2027, 35 % des pays seront dépendants de plateformes d’IA régionales

Les pressions géopolitiques, réglementaires et sécuritaires incitent les gouvernements à investir davantage dans des infrastructures d’IA indépendantes. Cette priorité accrue accordée à la souveraineté coûtera cher, prévient Gartner. L’Europe en première ligne.

Les efforts en matière de souveraineté des données se sont rapidement intensifiés ces trois dernières années, mais face aux récents bouleversements géopolitiques et aux inquiétudes concernant les relations transatlantiques, les mesures visant à renforcer la protection des données en Europe se sont accélérées.

La souveraineté de l’IA devient un sujet. Gartner la définit comme la capacité d’une nation ou d’une organisation à contrôler de manière indépendante le développement, le déploiement et l’utilisation de l’IA sur son territoire.

Plus tôt ce mois-ci, le Parlement européen a adopté un rapport enjoignant la Commission européenne à rechercher des solutions pour réduire la dépendance de l’Union vis-à-vis des fournisseurs étrangers. Et pour cause : l’Union européenne et ses 27 États membres dépendent de pays tiers pour plus de 80 % de leurs produits, services et infrastructures numériques.

La peur de prendre du retard…

Avec l’adoption croissante de l’IA en entreprise, la course aux plateformes régionales va s’accélérer au cours des 18 prochains mois. Selon le cabinet de conseil, la part des organisations utilisant des plateformes spécifiques à une région passera de seulement 5 % aujourd’hui à 35 % d’ici 2027.

Cette urgence est motivée par une combinaison de pressions réglementaires, de facteurs géopolitiques, de localisation du cloud, de missions nationales en matière d’IA, de risques pour les entreprises et de préoccupations de sécurité nationale, ainsi que par la crainte de prendre du retard dans la course technologique à l’IA.

« Les pays qui visent la souveraineté numérique investissent de plus en plus dans des infrastructures d’IA nationales pour trouver des alternatives au modèle américain fermé, soutient Gaurav Gupta, VP & Analyst, Gartner. Ces alternatives comprennent la puissance de calcul, les centres de données, les infrastructures et des modèles adaptés aux lois, à la culture et au contexte régional. »

1% du PIB d’ici 2029

La confiance et l’adéquation culturelle s’imposent comme des critères essentiels. Les décideurs privilégient les plateformes d’IA qui respectent les valeurs locales, les cadres réglementaires et les attentes des utilisateurs plutôt que celles disposant des plus vastes ensembles de données d’entraînement.

Les modèles localisés offrent une valeur contextuelle accrue. Les modèles d’apprentissage localisés régionaux surpassent les modèles globaux dans des applications telles que l’éducation, la conformité juridique et les services publics, notamment dans les langues autres que l’anglais.

Face à l’évolution des mentalités des clients non occidentaux, préoccupés par une influence occidentale excessive, la souveraineté de l’IA entraînera une réduction de la collaboration et une duplication des efforts. Dont coût. Gartner prévoit que les nations qui mettent en place une infrastructure d’IA souveraine devront y consacrer au moins 1 % de leur PIB d’ici 2029.