Il est temps de développer une culture d’innovation à l’image du « Mittelstand »

En IA, l’Europe est aujourd’hui face au défi de l’échelle. Pour l’accélérateur de croissance FJD, les acteurs privés peuvent jouer un rôle prépondérant pour pérenniser l’écosystème d’innovation et assurer une souveraineté européenne.

« Transformons nos pépites technologiques en leaders mondiaux grâce à la force de frappe des grands groupes ! Passons à l’échelle. Préservons l’écosystème d’innovation européen et donnons-lui les moyens de rester dans la course au niveau mondial ! »

À quelques jours de l’AI Impact Summit qui réunira en Inde les leaders mondiaux de l’innovation, Delphine Remy-Boutang, Founder & CEO, JFD (Join Forces & Dare), avance d’intéressantes pistes de réflexion à l’occasion de la sortie du deuxième baromètre européen de l’IA intitulé réalisé avec EY Fabernovel et 30 leaders économiques internationaux tous leaders en Europe, dont Allianz, Bpifrance, Carrefour, Epitech, FDJ UNITED, Groupe Casino, Kantar, L’Oréal Groupe, La Poste Groupe, LVMH, Mastercard, Septeo, Veolia…

« Pour nous donner un cap et une ambition, nous devons d’abord regarder la réalité en face », invite Delphine Remy-Boutang. Et cette réalité tient en trois chiffres qui nous obligent. Un : nous détenons 5% de la puissance de calcul mondiale. Deux : nos startups reçoivent 7 fois moins d’investissements que leurs homologues américaines.

Trois : nous avons produit 13 000 actes législatifs en UE contre 3 500 aux Etats-Unis en 5 ans ; cette complexité associée à une fragmentation de marché pousse 23 % des startups IA à envisager l’exil !

C’est au secteur privé de prendre le relais

Ce constat peut paraître alarmant, et pourtant l‘Europe produit 15% de la recherche mondiale en IA ; 81 % des fondateurs de startups IA choisissent de rester sur le continent et l’Europe a vu ses levées de fonds progresser de 18 % en 2025 (55 milliards EUR), portée par une dynamique sans précédent dans l’IA qui capte désormais un quart des investissements mondiaux.

« Nous avons les cerveaux, mais le paradoxe, c’est que nous peinons à transformer l’excellence académique en puissance industrielle, analyse Delphine Remy-Boutang. Désormais, c’est au secteur privé de prendre le relais. C’est le message central de notre Baromètre européen de l’IA 2026 car la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit collectivement et elle s’achète ! »

Construire un Mittelstand européen

Objectif : passer à l’échelle. Comme le formule Delphine Remy-Boutang, une startup, c’est bien : une entreprise industrielle solide, rentable, qui dure, c’est mieux. « Nous devons bâtir un véritable Mittelstand européen de l’innovation -ce tissu d’entreprises, de taille intermédiaire, robustes, capables de projeter notre puissance à l’international. » Comment ? Par un choc de la demande. En Europe, la commande publique d’innovation plafonne à 9% en Europe contre 20% aux EtatsUnis. Autrement dit, nous devons aligner le privé sur cette ambition.

« C’est pourquoi, avec nos 30 champions United by Tech, nous fixons un cap qui est d’atteindre 9 % d’achats privés innovants auprès de startups européennes d’ici deux ans pour aligner la dynamique du secteur privé sur l’effort de la commande publique européenne », promet Delphine Remy-Boutang.

Faire émerger des fournisseurs technologiques souverains

Ce « choc de la demande » est le levier décisif pour retenir nos talents et leur offrir des débouchés ici, plutôt qu’outre-Atlantique. Car l’Europe a une opportunité historique sur l’IA applicative et industrielle (modèles verticaux, frugaux).

Après avoir su faire émerger des champions, l’enjeu est maintenant de consolider et d’accélérer. Et donc passer d’une logique de Proof of Concept à une logique de partenariat industriel, dans laquelle les grandes entreprises sécurisent leur propre futur en faisant émerger des fournisseurs technologiques souverains, capables de rivaliser avec les géants américains ou asiatiques.