Le plan des libéraux francophones pour positionner la Belgique parmi les nations de tête en matière d’IA
Quatre ministres du gouvernement belge -David Clarinval, Jacqueline Galant, Valérie Glatigny et Eléonore Simonet- ont accompagné le président du MR et du Centre Jean Gol, Georges-Louis Bouchez, pour exposer une stratégie d’encadrement et de stimulation de l’IA couvrant tous les secteurs clés de la société.
L’événement s’inscrit dans la continuité de notre grand colloque réunissant experts internationaux et entrepreneurs à Namur avant la trêve des confiseurs, dont ont émergé trois études complémentaires. La première propose 70 recommandations généralistes couvrant l’éducation, la recherche, l’économie, l’administration, la santé, la cyberdéfense et la gouvernance. La deuxième approfondit les adaptations nécessaires en matière d’enseignement et de formation des maîtres. La troisième examine les défis structurels posés par l’IA, notamment la gestion des data centers et leurs enjeux énergétiques et environnementaux.
Selon Georges-Louis Bouchez, l’IA constitue probablement la plus grande révolution industrielle de l’histoire, avec une vitesse d’évolution inédite. Face à une redistribution mondiale majeure des forces économiques, 52% des investissements mondiaux en capital-risque IA concentrés aux États-Unis, 40% en Chine, contre seulement 5% en Europe, la Belgique risquerait de se voir imposer une souveraineté technologique étrangère sans une mobilisation rapide.
Le paradoxe européen demeure saillant : l’Union a été pionnière en régulation (EU AI Act 2024), mais sans investir massivement. Or, la Belgique dispose d’atouts considérables. IMEC à Leuven constitue le leader mondial en recherche et développement de semi-conducteurs, avec 6 500 employés, plus de 100 nationalités, et une valeur estimée à 4 milliards EUR pour ses seules installations de fabrication. Ces ressources pourraient être mobilisées par une stratégie politique coordonnée.
Deux heures dédiées au numérique en 1ère secondaire
En matière d’enseignement, Valérie Glatigny a exposé une approche novatrice : concevoir l’IA comme soutien artificiel à l’intelligence humaine, plutôt que comme remplaçant. Dès la troisième primaire (8 ans), les élèves pourraient acquérir les bases de la littératie numérique et de l’esprit critique.
Des projets pilotes sont actuellement en cours : 20 écoles de 6e primaire testent ces outils avec un budget de 200 000 euros dès janvier. À partir de la rentrée 2026-2027, la grille horaire de 1ère secondaire devrait être révisée pour intégrer 2 heures dédiées au numérique. Les plateformes gratuites e-Class, HAPI et PIX (outil d’auto-certification) seraient progressivement intégrées.
Un plan global de formation continue pour tous les enseignants est envisagé à partir de la rentrée 2026-2027, devant couvrir les usages pédagogiques, administratifs et critiques de l’IA. L’objectif serait de libérer du temps enseignant pour la relation pédagogique en automatisant corrections, gestion des absences, bulletins et confection des horaires.
L’IA pour renforcer l’attractivité du métier de fonctionnaire
Jacqueline Galant a souligné que la transformation de la fonction publique devrait s’organiser autour de trois leviers : agir maintenant, moderniser concrètement et accompagner humainement.
Une expérience pilote est actuellement menée en Wallonie avec environ 400 fonctionnaires, dont les premiers retours s’avèrent positifs. On estime qu’un fonctionnaire européen sur trois utiliserait l’IA quotidiennement d’ici fin 2026. L’exemple des permis d’environnement illustre le gain potentiel : rechercher le mot « amiante » dans des milliers de pages prenait des semaines ; avec l’IA, cela pourrait prendre quelques heures. Ce temps libéré permettrait aux agents de renforcer leur proximité directe avec la population.
Un référent IA devrait être désigné dans chaque direction du SPOE et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Des formations continues substantielles pourraient accompagner cette transformation pour garantir que l’introduction de l’IA renforce l’attractivité du métier de fonctionnaire.
Bientôt un guichet fédéral
David Clarinval a présenté l’impact économique potentiel : Google estime un gisement de 50 milliards EUR pour la Belgique d’ici 2034. Une étude ING suggère que l’emploi ne serait pas détruit, mais transformé : un tiers des emplois pourrait être renforcé, un tiers resterait peu affecté, tandis qu’un tiers connaîtrait des impacts significatifs.
Au niveau fédéral, plusieurs initiatives seraient envisagées, notamment l’Omnibus digital pour simplifier et améliorer la compétitivité, ainsi que les Regulatory Sandboxes pour tester les innovations IA dans un cadre sécurisé.
Un guichet unique fédéral pour l’IA serait créé, appuyé par des infrastructures robustes (data centers) avec maintien du contrôle de souveraineté européenne.
Tester sans risques réglementaires
Eléonore Simonet a rappelé que l’IA ne devrait pas rester réservée aux géants technologiques mais constituerait un levier de productivité pour les PME. Les données d’Agoria indiquent un potentiel de boost de 75% de compétitivité dans les entreprises tech adoptant l’IA. L’étude ING confirme que 65% de la main-d’œuvre impactée n’entraînerait pas une augmentation du chômage.
Le plan PME 2025 envisage plusieurs mesures : des Regulatory Sandboxes pour tester l’innovation sans risque réglementaire, le retour de l’amortissement dégressif sur les investissements innovants (disparu en 2017), des partenariats publics-privés (SFPIM et secteur privé), ainsi que l’accélération des procédures de visa pour les talents étrangers en IA.
Cybervallée à Redu
Au-delà de l’économie civile, le MR envisage de développer une « cybervallée » militaire et civile en Wallonie, en capitalisant sur le pôle spatial de Redu. L’objectif serait de doter la Belgique de capacités avancées en défense numérique et cybersécurité quantique, capable de faire face aux cyberattaques du futur pilotées par l’IA. Un incubateur de Défense fusionnerait l’agilité des startups avec la puissance militaire.
Bien que l’IA soit énergivore, elle pourrait générer d’importantes économies énergétiques par l’optimisation des réseaux énergétiques intelligents. En santé, briser les silos de données hospitalières permettrait potentiellement des diagnostics révolutionnaires. Un guichet unique « Fast Track » à l’AFMPS pourrait accélérer la validation des innovations thérapeutiques.
Pour Georges-Louis Bouchez, la Belgique dispose d’une fenêtre stratégique pour devenir un hub majeur d’innovation IA en Europe. Et d’assurer que les 70 propositions du Centre Jean Gol constituent un plan d’action dont les premières mesures pourraient être mises en œuvre à court terme.


