Sur base de la fable de Jean de La Fontaine « Le Loup et le Chien »
Un Vendeur, jeune encore, vivait d’efforts honnêtes :
Appels, mails, rendez-vous remplissaient ses journées.
Il apprenait son art à force de conquêtes,
Espérant qu’un beau jour son talent soit reconnu.
Un Marketeur passa, sûr de lui, bien vêtu,
Parlant d’audience, de leads et de croissance attendue.
Ses tableaux triomphaient, ses campagnes aussi ;
On disait qu’il savait convaincre sans souci.
Le Vendeur lui demanda :
« D’où vient tant d’efficacité ?
Je peine à convaincre quand tu sembles gagner. »
Le Marketeur répondit :
« Ami, c’est chose simple :
J’ai trouvé pour m’aider un Oracle admirable.
Il écrit mes messages, corrige mes idées,
Prévoit ce que la foule voudra consommer.
Rapports, slogans, discours — il fait tout promptement ;
Je valide à la fin, et tout marche souvent. »
Le Vendeur s’émerveille :
« Voilà qui me rassure !
Ainsi chacun peut faire cent tâches en un jour. »
Mais le Marketeur, là, hésita quelque peu.
« C’est vrai », dit-il enfin. « Mais j’ai vu nos patrons
Regarder la Machine avec plus d’attention
Que ceux qui l’utilisent pour faire leur travail.
Car si l’Oracle apprend nos ruses et nos lois,
Nos messages, nos chiffres et nos méthodes d’emploi,
Que fera-t-on de nous lorsqu’il saura produire
Ce que vendeur ou marketeur avaient coutume d’écrire ? »
Le Vendeur resta coi, puis dit avec prudence :
« Servons-nous de l’outil, puisqu’il faut avancer ;
Mais gardons bien l’esprit qui sait encore penser. »
Morale
La machine qui sert l’homme accroît sa puissance ;
Mais plus elle apprend vite, plus naît la défiance.
Car l’outil qui promet de multiplier nos talents
Fait parfois redouter… qu’il s’en passe demain.


