Le Jeune Élève et la Machine Savante

Sur base de la fable de Jean de la Fontaine : “Le Rat et l’Huître

Un Élève, avide d’apprendre,
Mais peu enclin à se méprendre,
Trouva, pour fuir l’effort austère,
Une Machine aux savoirs prospères.

« Dis-moi tout, sans peine ni détour,
Épargne-moi l’erreur, les longs parcours ;
Que chaque réponse soit certaine,
Et que jamais je ne me gêne. »

La Machine, docile et prompte,
Répondait à tout, sans mécompte :
Devoirs rendus, leçons comprises—
Du moins le croyait-on sans surprise.

L’Élève alors, sûr de son art,
Parlait, jugeait de toute part ;
Mais qu’un problème neuf survienne,
Son bel esprit soudain s’enchaîne.

Car privé d’erreurs salutaires,
De doutes, de chutes nécessaires,
Il n’avait point forgé l’outil
Qui rend l’esprit ferme et subtil.

Un Sage, témoin de l’affaire,
Dit : « On n’apprend point sans se défaire ;
L’esprit se forme à ses faux pas,
Et croît bien plus qu’on ne croit là.

La Machine donne des réponses,
Mais c’est l’erreur qui nous enfonce
Les vraies raisons, les bons chemins—
Ce que nul artifice ne tient. »

Morale :

Qui fuit l’erreur fuit la lumière ;
Sans trébucher, point de savoir sincère.