La quasi-totalité des usages IA échappe au contrôle des entreprises et à leurs circuits d’achats classiques

La dépense IA se diffuse désormais dans l’ensemble de la pile logicielle de l’entreprise. Une fragmentation qui rend le coût réel de l’IA particulièrement difficile à consolider pour les directions financières, achats et IT.

La dépense IA se diffuse désormais dans toute la pile logicielle de l’entreprise. Certains outils sont souscrits directement par les équipes, d’autres sont intégrés aux renouvellements SaaS, tandis que la consommation au token, aux crédits ou aux requêtes introduit une part variable difficile à anticiper. S’ajoutent ensuite des doublons entre outils, lorsque plusieurs équipes paient des solutions qui couvrent les mêmes usages.

Comment savoir combien l’entreprise dépense réellement en IA

Pour les directions financières, achats et IT, l’enjeu n’est donc plus seulement d’encadrer l’adoption de nouveaux outils IA, mais d’en avoir une vision consolidée en termes de dépenses. Telle est la conclusion de l’Observatoire des investissements IA en entreprise de Najar.

Le coût de l’IA en entreprise commence à devenir un sujet de direction financière. Pendant les premières années de l’IA générative, beaucoup d’entreprises ont raisonné simplement : quelques abonnements, des expérimentations et un budget limité pour tester de nouveaux outils. C’en est fini. L’IA se diffuse désormais dans les différents outils ou applications. Et ça pose problème. En effet, comment savoir combien l’entreprise dépense réellement en IA.

Selon Najar, 93 % des usages IA identifiés dans son périmètre d’analyse ne sont associés à aucun contrat formel. On peut parler de « shadow AI ». Qui plus est, cette adoption est concentrée. ChatGPT, Cursor et Claude représentent 95% des outils IA spécialisés.

Coûts, surcoûts…

Pour les entreprises, le risque est double. D’un côté, les dépenses progressent en dehors de toute négociation contractuelle, sans négociation de prix. De l’autre, ces usages échappent aussi aux politiques de sécurité, de conformité et de protection des données.

C’est sans compter les coûts cachés issus en partie des outils dits « AI-enabled », ces outils SaaS traditionnels (CRM, suites de communication, gestion de projet…) qui ont ajouté une couche d’IA à leur offre existante. Le coût de l’IA est alors intégré à l’abonnement que l’entreprise paie déjà.  Cela, le plus souvent, au moment du renouvellement. Sans toujours apparaître comme une hausse explicitement liée à l’IA.

Cette tendance se traduit déjà par une hausse moyenne du prix des renouvellements SaaS, passée de + 11,5 % en 2024 à + 16 % en 2025, et évaluée jusqu’à + 25 % en 2026.

Google Workspace intègre aujourd’hui directement Gemini dans plusieurs de ses forfaits Business et Enterprise. Gemini est par exemple disponible dans Gmail, Docs, Meet et d’autres applications suivant l’abonnement choisi.De son côté, Microsoft propose Copilot Chat sans coût supplémentaire avec certains abonnements Microsoft 365 éligibles, tandis que les fonctions plus avancées nécessitent des licences spécifiques.

Une transformation plus structurelle du modèle économique du logiciel d’entreprise

Pour un directeur financier, la question devient donc : combien d’outils payons-nous déjà qui savent faire à peu près la même chose ? De fait, comme l’explique Najar, chacun peut adopter un outil pour répondre à un besoin précis, sans qu’une vision d’ensemble permette de vérifier si cette fonctionnalité existe déjà ailleurs dans l’organisation.

Par-delà des achats hors contrat, des renouvellements et des doublons, Najar relève une transformation plus structurelle du modèle économique du logiciel d’entreprise. Le modèle SaaS historique reposait sur l’abonnement et le nombre d’utilisateurs, tandis que l’IA introduit une facturation indexée sur l’usage réel, via API, tokens, crédits ou agents activés. Ce qui expose les organisations à une variabilité de coût difficile à prévoir. Une équipe qui double son utilisation de l’IA peut ainsi doubler sa facture en l’absence de plafond contractuel. Ainsi, Najar a observé une progression de 129 % des dépenses OpenAI à effectifs constants chez certaines organisations suivies !