Mettez de côté les mythes extravagants et les prophéties alarmistes pour enfin comprendre ce qu’est l’IA

« L’IA sera ce que tu en feras ». Un livre nécessaire. Une deuxième édition, en fait. Sept ans d’écart. Et donc une révolution. L’IA agentique peut tout changer. A condition que nous comprenions les enjeux, quitte à changer.

Depuis la première édition de cet ouvrage en 2019, tout a changé et pourtant rien n’a changé. Tout a changé avec l’arrivée des IA génératives qui bouleversent par leur ampleur et leur vitesse d’adoption tout ce que nous avons connu jusqu’alors avec l’IA « traditionnelle ». Et rien n’a changé dans la mesure où les fondements de l’IA générative demeurent probabilistes et où l’humain reste plus que jamais au centre de tout.

Dans « L’IA sera ce que tu en feras » (Dunod), Jean-Philippe Desbiolles et Laurent Prud’hon, experts chevronnés de l’IA, proposent une mise en perspective claire et accessible. Pour les auteurs, lIA ne s’impose pas à nous : elle deviendra ce que nous déciderons d’en faire. À nous, donc, d’en définir les règles du jeu. Et de proposer, en s’appuyant sur des exemples concrets, 10 règles d’or simples et pragmatiques.

Il est temps de regarder le travail réel

De tous, le message le plus important est que nous restons les créateurs, les formateurs, les superviseurs et les bénéficiaires finaux de ces systèmes. On comprend vite, au fil des pages, que la question aujourd’hui dépasse la technique. Le problème est plutôt organisationnel : nos entreprises ne se comprennent pas toujours elles-mêmes !

De fait, leurs processus sont souvent plus flous qu’elles ne le pensaient, leurs savoir-faire sont mal documentés et la délégation à une machine commence par un exercice généralement repoussé : regarder le travail réel.

Depuis deux ans, les entreprises ont appris à demander à l’IA de rédiger, résumer, traduire, coder, synthétiser ou préparer une réunion. La prochaine étape est d’une autre nature : lui demander d’agir. Ouvrir un ticket. Vérifier un dossier. Manipuler un outil métier. Préparer une décision. Exécuter une partie d’un processus. En apparence, le saut est technique. En réalité, il est managérial.

Et là, c’est souvent la douche froide, les PoC le montrent. Ca cale. Le passage à l’échelle est compliqué. En cause, la réalité, soit tout ce qui fait la vie ordinaire des organisations : les processus, les responsabilités, les données, les arbitrages, les budgets et les limites.

Une nouvelle architecture de délégation

On en finirait par regretter la première vague : l’IA générative axée sur l’assistance. Elle s’est installée par les usages individuels : rédiger un brouillon, résumer une réunion, reformuler un courrier, accélérer une recherche documentaire, produire une synthèse.

Avec l’agentique, on change de dimension. L’IA ne se contente plus d’augmenter l’utilisateur. Elle introduit la possibilité de confier à la machine une partie d’une activité. Ce qui veut dire qu’elle peut poursuivre un objectif, mobiliser des outils, consulter des données, enchaîner des opérations, solliciter d’autres agents et produire une action dans un environnement numérique. L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir ce que l’IA peut produire, mais ce qu’elle peut être autorisée à faire.

La relation change. Les humains continueront de travailler entre eux, mais les agents travailleront également entre eux. Certains échanges seront synchrones, d’autres asynchrones. Dans cette perspective, l’agentique n’est pas une évolution d’interface, mais une nouvelle architecture de la délégation.

Déléguer suppose savoir ce que l’on fait vraiment. La question, dans nombre d’organisations, sera donc : le sait-on vraiment ?