L’union fait la force. En cyber en particulier
A quelques jours de l’ouverture de CyberSec Europe, tour d’horizon avec Eric Van Cangh, Senior Business Group Leader Digital chez Agoria et membre de l’Advisory Board de CyberSec Europe. La cyber belge n’a jamais été aussi unie.
« Qui avance seul, va vite. Qui avance bien accompagné va loin ! » C’est le cas pour la cyber belge. Un ordre de grandeur résume sa situation : en moins de quatre ans, le CMiB (Cyber Made in Belgium), plateforme centrale de la cybersécurité en Belgique, a vu le nombre de ses membres multiplié par trois. Plus de cent cinquante aujourd’hui. Un vrai succès.
« Notre mission est de dynamiser les entreprises belges de cybersécurité, faire entendre leur voix et renforcer leur engagement auprès des gouvernements, des entreprises et du public, explique Eric Van Cangh. En jouant un rôle de plateforme centrale, le CMiB stimule l’innovation, promeut les bonnes pratiques et relève les défis en constante évolution dans le domaine de la cybersécurité. »
Sentiment de vertige
Une nécessité tant les risques sont élevés. Et le premier est l’émergence de l’IA –des systèmes agentiques en particulier. Pour Eric Van Cangh, c’est un nouveau chapitre de l’ère numérique qui s’ouvre.
Pour bien comprendre, il nous explique ceci : « Les systèmes ne se contentent plus d’exécuter des instructions : ils perçoivent, raisonnent, planifient et agissent. Ils interagissent entre eux, prennent des décisions et modifient leur environnement. Cette transition suscite un sentiment de vertige ! »
Le véritable défi n’est plus de maintenir l’humain au cœur de chaque boucle, mais de concevoir des systèmes autonomes dont les boucles restent contrôlables, explicables et fiables. Ce sera un des focus de CyberSec Europe.
Contrairement aux modèles d’IA précédents qui se concentraient sur la génération de réponses ou le résumé de conversations, l’IA agentique marque un tournant vers des systèmes capables d’exécuter des tâches de manière indépendante. Pour Solutions Magazine, ce changement redéfinira les interactions de service, les clients et les organisations dépendant de plus en plus des agents IA et des bots pour automatiser l’engagement.
Le secteur de la santé, toujours plus exposé
« Pour la cyber, c’est un changement majeur qui suppose un regroupement de compétences », continue Eric Van Cangh. Les domaines de préoccupation clés incluent l’usurpation autonome d’identité, la génération automatisée de logiciels malveillants, de la désinformation pilotée de façon générative et le risque croissant de fuites de données dues à l’utilisation d’IA non réglementée par les entreprises…
Certains secteurs sont plus menacés que d’autres. Ainsi, la santé. Après de nombreuses cyberattaques d’hôpitaux en 2024 et 2025, on constate une évolution des menaces. Une défaillance élémentaire du système peut avoir des répercussions considérables dans de nombreux domaines, qu’il s’agisse de l’accès aux dossiers des patients, de la réalisation de scanners, de la protection de la propriété intellectuelle liée au développement de traitements expérimentaux ou, dans la pire des situations, la mort de patients.
« Un killware récolte des rançons et extorque les victimes en prenant le contrôle d’appareils connectés qui peuvent blesser ou causer la mort de patients s’ils sont éteints ou hors-service », explique Eric Van Cangh. Ces dispositifs IoT comprennent par exemple les respirateurs, les perfusions distribuant des médicaments par intraveineuse, ou encore le système orientant les ambulances vers les hôpitaux les plus proches…
IT, OT, drones…
« Une violation IT vous coûte des données et de l’argent ; une violation OT peut coûter des vies ! » C’est pourquoi comprendre comment ces domaines diffèrent et comment ils sont désormais connectés est crucial pour tout défenseur opérant dans des environnements cyber-physiques modernes. Le point de départ de cette compréhension est la convergence : le processus qui a rendu ces deux domaines indissociables. Ce sera un axe fort de CyberSec Europe.
« La convergence entre la cybersécurité, les technologies opérationnelles et les drones est devenue un enjeu critique pour la défense, les drones étant à la fois des outils indispensables et des cibles vulnérables. La protection de ces systèmes autonomes contre le piratage et le détournement est essentielle pour assurer l’intégrité des données et l’efficacité des missions militaires. »
C’est la raison pour laquelle Eric Van Cangh tient tant à développer des synergies entre les fournisseurs de technologies et la Défense nationale. La Défense, quant à elle, continue à investir dans ses capacités cyber, aussi bien propres que celle destinées à un usage civil et militaire. Ces capacités dites « Dual Use Civ/Mil » pourront être employées en coordination avec le CCB en cas de crise nationale.
Osmose complète
Des relations à l’échelle nationale, mais aussi au niveau mondial. « Nous sommes dans un moment particulier où la confiance s’érode et où le monde se fracture, continue Eric Van Cangh. Cette confiance, c’est celle des États entre eux, celle des citoyens vis-à-vis de leurs élites, celle que nous plaçons dans l’information et celle que nous avons dans nos alliés et partenaires… Nous vivons un moment charnière où nous allons devoir recomposer nos alliances ! »
De là, l’importance d’une entente entre nos industriels, prestataires de services et donneurs d’ordres. « Que ce soit au sein du CMiB ou d’autres organisations, au cours d’événements comme CyberSec Europe ou d’autres, notre union fera la différence. Acteurs du nord et du sud du pays, privés ou publics, nous formons une seule et même famille qui agit pour le bien de tous, en osmose complète. »


