Maîtriser les usages de l’IA n’enlève en rien la peur de ses conséquences
Plus les jeunes utilisent des outils d’IA, plus ils mesurent ce qu’ils peuvent accomplir… en ayant plus peur d’être remplacés. Lisa Feist, Hiring Lab Economist France, y voit une fracture générationnelle.
Alors que le marché de l’emploi est en repli, la part des annonces contenant des termes liés à l’IA atteint 21 % dans le développement informatique, 15 % dans l’administration des systèmes et réseaux et 12 % dans la banque-finance, a chiffré Indeed.
Le phénomène s’accélère. La progression est particulièrement marquée dans les métiers de la Tech (+ 6 à + 8 points en un an), mais elle est également visible dans des fonctions plus transversales, comme le marketing, la gestion de projet ou les ressources humaines.
L’IA s’invite désormais dans les offres d’emploi des métiers dits « cols blancs », qu’il s’agisse du processus de recrutement, des compétences requises ou de la description des tâches quotidiennes.
Les plus grands utilisateurs sont aussi les plus inquiets
« Les jeunes actifs adoptent l’IA deux fois plus que leurs aînés au quotidien », observe Lisa Feist. Parmi la génération Z, 14 % des répondants utilisent l’IA au travail tous les jours, un taux deux fois plus élevé que celui de la génération X et plus de deux fois supérieur à celui des baby-boomers.
Près de la moitié de la génération Z (45 %) et un tiers des Millennials (35 %) utilisent l’IA au moins une fois par semaine, contre seulement un quart de la génération X et des baby-boomers. À l’inverse, autour de 60 % des répondants de la génération X et des boomers déclarent n’avoir jamais travaillé avec des outils d’IA, une proportion presque deux fois plus élevée que chez la Gen Z. Conclusion sans surprise : l’usage de l’IA baisse avec l’âge des individus.
Ecarts générationnels
Au-delà de la fréquence d’utilisation, les usages de l’IA varient fortement selon les générations. Les champs d’application les plus répandus à travers les âges sont la création de contenu et les tâches administratives. L’écart générationnel est particulièrement marqué pour ces dernières : alors que près de la moitié des baby-boomers déclarent faire appel à l’IA pour des tâches administratives, seulement un peu plus d’un tiers des autres générations font de même.
Concernant les autres usages, on constate que l’écart est généralement important pour les tâches cognitives et créatives, plus populaires chez la génération Z et les Millennials, avec des écarts de l’ordre de 8 à 11 points de pourcentage, sauf en ce qui concerne la création de contenu, où les écarts entre les générations sont nettement moins marqués. En revanche, les taux d’usage pour les tâches plutôt routinières affichent des écarts générationnels beaucoup moins importants, entre 2,5 et 7 points de pourcentage. Ces résultats restent stables lorsqu’on ajuste les données pour les différences de niveau hiérarchique entre générations.
Les jeunes, plus au fait des conséquences de l’IA sur l’emploi
Les différences d’usage de l’IA selon les générations ont un impact réel sur la perception de ses effets. À mesure que l’IA est intégrée dans la vie professionnelle quotidienne, la frontière entre complémentarité et substitution devient floue, renforçant les craintes de remplacement.
« Les jeunes générations, qui utilisent l’IA pour un large éventail de tâches, en connaissent bien ses capacités… et redoutent davantage ses conséquences sur l’emploi, et le leur en particulier », constate la Millenial Lisa Feist. Une explication possible : plus on utilise des outils d’IA, plus on mesure ce qu’ils peuvent accomplir et, potentiellement, ce qu’ils pourraient remplacer.
« Si l’IA reste encore minoritaire dans les offres d’emploi, elle s’installe progressivement dans le quotidien des salariés, conclut Lisa Feist. Dans un marché moins dynamique, les écarts d’adoption actuels pourraient bel et bien se traduire par des trajectoires professionnelles divergentes à mesure que certaines compétences en IA deviennent incontournables. »


