Laurent Kinet explore dix mutations majeures qui recomposent silencieusement le monde contemporain
Nouvel ouvrage de Laurent Kinet. Dans « Révolutions silencieuses », le serial entrepreneur belge analyse, à travers une foule de signaux faibles, l’impact des technologies sur l’évolution de la société. Visionnaire !
Les transformations les plus importantes de notre époque ne font pas la une des journaux, pose Laurent Kinet en introduction de « Révolutions silencieuses ». Elles s’opèrent dans les marges, dans les laboratoires, dans les expérimentations discrètes qui redessinent silencieusement les contours du monde.
« Dans ce livre, j’analyse et cartographie dix signaux faibles d’un monde fractal et archipélisé, où le pouvoir, la solidarité et l’identité se reconfigurent en profondeur : la montée des villes-plateformes, la privatisation du régalien, la biorévolution, l’Internet quantique et bien d’autres transformations discrètes, mais décisives. »
Bref, un regard radicalement neuf sur les changements souterrains qui façonnent déjà notre avenir. Ici, c’est le salaryman qui disparaît ; là, l’algorithme qui surveille, l’implant qui augmente, le virus qui migre… Assemblés, ces signaux faibles révèlent une mutation civilisationnelle d’ampleur historique.
Fracture de l’ancien ordre géopolitique
Ces signaux faibles, parfois si discrets qu’ils semblent passer sous le radar collectif, sont souvent relégués au rang d’anecdotes par la plupart des observateurs. Leur intensité paraît négligeable, leur apparition marginale. Et, pourtant, leur potentiel de transformation défie toute mesure classique. « C’est la nature paradoxale de ces phénomènes : ils murmurent au lieu de hurler, évoluent en sourdine dans les failles du quotidien, mais leur onde de choc future pourrait s’avérer d’une amplitude insoupçonnée. »
Cet ouvrage est on ne peut plus d’actualité. Trois facteurs expliquent cette convergence historique. D’abord, l’effet de seuil technologique. Après des décennies d’accumulation, plusieurs technologies atteignent simultanément leur point de bascule. « L’IA dépasse les capacités humaines dans de nombreux domaines, l’édition génétique devient accessible, l’informatique quantique menace la cryptographie classique et les interfaces cerveau-machine sortent des laboratoires », constate le CEO de Novable.
Ensuite, la fin de l’exception occidentale. Pour la première fois depuis cinq siècles, l’innovation ne vient plus exclusivement d’Europe ou d’Amérique du Nord. La Chine expérimente l’IA urbaine, Singapour développe l’agriculture verticale, le Chili légifère sur les neuro-droits. Cette multipolarité technologique fracture l’ancien ordre géopolitique.
Enfin, l’émergence d’acteurs post-étatiques. Villes, entreprises, communautés virtuelles acquièrent des capacités d’action qui rivalisent avec celles des États. On voit aussi que les GAFAM gèrent des populations plus importantes que la plupart des pays, les métropoles développent leurs propres diplomaties, les réseaux distribués défient les souverainetés territoriale.

« Révolutions silencieuses », le dernier livre de Laurent Kinet (éditions Les Impressions Nouvelles) : dix mutations majeures qui recomposent silencieusement le monde contemporain
La grande démission cognitive
En même temps, nous sommes devenus les marionnettes visibles d’un marionnettiste invisible : l’algorithme ! C’est « l’effet GPS » généralisé ou la grande démission cognitive.
« Contrairement à la navigation traditionnelle avec une carte, qui oblige à l’anticipation et à l’appropriation du territoire, qui mobilise notre hippocampe et notre cortex préfrontal, l’adoption généralisée du GPS transforme cette gymnastique mentale en pilotage assisté, et ‘endort’ ces zones cérébrales… »
« L’effet GPS » surpasse très largement le champ restreint de la navigation. Il s’étend à tous les domaines où nous déléguons notre capacité de jugement à des algorithmes. Comme l’observe Raphaël Gaillard, neuropsychiatre à L’Hôpital Sainte-Anne à Paris : « à chaque fois qu’on externalise, on risque de perdre une fonction. » Autrement dit, chaque fois qu’un choix, une évaluation ou une expertise devient la prérogative d’un dispositif technologique, une facette du libre arbitre humain se retranche.
Quelles seront les prochaines réductions fonctionnelles de l’humanité ? L’esprit critique ? L’écriture ? Le raisonnement ? Notre capacité d’attention continue est déjà passée de 2 minutes et demie au début des années 2000 à 47 secondes aujourd’hui. Danger ! Une fragmentation de l’attention qui nous rend vulnérables à la manipulation algorithmique, qui opère précisément par micro-doses répétées.
Ainsi se dessine le paysage de l’hypnocratie…
Sous l’apparence de la facilité, l’être humain cède, morceau par morceau, ce qui faisait la spécificité de sa subjectivité : la capacité d’erreur, la lenteur, la délibération, la surprise. « Le GPS n’est qu’un exemple familier de cette démission massive, continue Laurent Kinet. Libérés des tâches ingrates, nous nous croyons délivrés ; nous sommes surtout dépossédés ! »
Cette transformation dépasse le cadre géopolitique traditionnel, assure l’essayiste. « Savoir qui domine n’est plus suffisant : il s’agit désormais de comprendre comment se recomposent les formes mêmes du pouvoir, de l’appartenance, de l’humanité. Les frontières ne se déplacent pas : elles se dissolvent. Les souverainetés ne changent pas de mains : elles se fragmentent. Les identités ne s’opposent plus : elles se démultiplient. »
Si le politique remet la notion de souveraineté au centre des débats, Laurent Kinet estime, lui, qu’elle fait progressivement place à « une constellation d’archipels : des îles de puissance interconnectées par des flux invisibles, entourées d’espaces délaissés. » Des métropoles hyperconnectées coexistent avec des périphéries abandonnées. Des élites augmentées côtoient des populations oubliées. Des réseaux quantiques sécurisés surplombent des masses surveillées. Autrement dit, cette géographie en archipel redéfinit les solidarités, les conflits, les espoirs.
Réinventer le sens de la puissance publique
Si une idée doit traverser tout ce livre, la plus cruciale est la prise de conscience du basculement en cours : la transition de l’État-nation vers l’ère des archipels et des plateformes, vers des protections partagées, des négociations continuelles, des solidarités hybrides.
« Se préparer à cette mutation, c’est sans doute le seul impératif de haute politique, la responsabilité suprême d’une génération de dirigeants qui, pour la première fois depuis Richelieu, depuis Napoléon, depuis Clemenceau, vont devoir réinventer le sens même de la puissance publique et du collectif. »
Peut-on encore parler, ici, de « signaux faibles » ? Laurent Kinet maintient sa position. Leur lecture peut s’inscrire dans une démarche prospective. « Ces signaux portent en germe les futurs possibles de demain ; ils esquissent les dynamiques d’un monde en devenir. En ce sens, l’exercice porte en lui sa part d’incertitude et d’inachevé, la démarche est heuristique, la méthode vise moins à prédire qu’à préparer, moins à certifier qu’à interroger. »
Alain de Fooz
Le livre sort officiellement le 6 mars 2026, mais il est d’ores et déjà disponible en précommande sur Amazon.fr. Présence de l’auteur le 28 mars 2026 à la Foire du Livre de Bruxelles


