Le cyborg n’est pas un « homme augmenté », mais un vivant diminué, écrit Gaultier Bès 

« Prend-on la mesure du tsunami qui nous submerge ? », questionne, dans son nouvel ouvrage, « La vie machinale » (Desclée de Brouwer), Gaultier Bès, essayiste, agrégé de lettres et cofondateur de la revue « Limite ».

« Ce qu’on nous vend sous le nom menteur d’’intelligence artificielle’, je voudrais en préserver mes enfants, mais aussi mes élèves le plus longtemps possible, pour que ce soit la leur, propre, singulière, incalculable, qui se déploie, au lieu de celle, stéréotypée, duplicable à l’infini, des machines à octets. »

Le ton est donné. Dans son nouvel ouvrage, « La vie machinale », l’essayiste s’inquiète de l’avenir d’une société qui se livre sans limite à l’IA. Il invite le lecteur à réfléchir au prétendu bonheur que l’on peut éprouver en scrollant et à la nature de la vie que l’on mène via les écrans.

« J’écris au nom de notre droit imprescriptible à vivre l’expérience la plus commune et la plus fondatrice de l’humanité : un esprit immergé dans l’épaisseur des choses. » Et Gaultier Bès d’ajouter, sur sa lancée, « le droit d’explorer, à notre mode et à notre rythme, un monde vivant et neuf, de se mesurer à ses mystères, à ses drames, à ses joies, d’essayer et de se tromper, sans que des robots surpuissants ne court-circuitent insidieusement nos pensées et nos goûts. »

Techno-fatalisme

A mesure que les robots s’humanisent, les humains se robotisent. Ce livre se veut être le cri d’alerte d’un simple citoyen, professeur, père de famille, non seulement contre les dérives, mais contre les principes – post-humains – des IA génératives.

« J’essaie de montrer en quoi la généralisation des IA serait un désastre écologique, économique, social, politique et existentiel. Je récuse à la fois le techno-optimisme -l’idée que, modulo quelques régulations, ses avantages l’emportent sur ses inconvénients- et le techno-fatalisme -l’idée qu’il faille s’adapter coûte que coûte. »

« Une dégénérescence existentielle »

Pour ou contre, peu importe. Par-delà le pamphlet, retenons la réflexion. Au miracle de la « smart life », la vie sous assistance électronique, l’auteur estime que les paradis artificiels qu’on nous vend ne sont que des écrans de fumée. Rien de plus qu’une fuite en avant. Sa généralisation ne serait qu’ « une catastrophe écologique, sociale, économique, éducative, éthique et politique. »

Gaultier Bès va loin, très loin quand il soutient que derrière l’IA générative se cache « une dégénérescence existentielle ». Blasé, écrit-il encore « l’humain renonce à son autonomie pour passer en pilotage automatique. » De fait, derrière nos « copilotes », le risque n’est pas loin de cesser de vivre par nous-même.

Alain de Fooz