Un projet cloud public doit prévoir une stratégie de sortie
Poursuivre une optimalisation continue reste une règle d’or en IT. Le rapatriement du cloud s’inscrit dans cette logique : des entreprises migrent données et workloads du cloud public vers de l’on-prem ou du cloud privé.
L’idée de miser exclusivement sur le cloud public semble révolue. « Beaucoup d’entreprises ont choisi cette approche pour optimiser leurs dépenses, explique Filip Marchal, Private Cloud Lead, Proximus NXT. Au lieu d’investir dans leur propre datacenter, elles ont intégré le cloud dans leurs coûts d’exploitation. » Mais la hausse des coûts du cloud public peut inciter à envisager d’autres solutions.
Outre les mauvaises surprises budgétaires (bill shock), d’autres facteurs entrent en jeu. « Pour certaines entreprises, la législation sur l’emplacement physique des données est déterminante, poursuit Filip Marchal. Je pense notamment aux secteurs de la santé ou de la pharma. Les récents changements politiques américains poussent aussi à la souveraineté numérique et à ne plus héberger ses données chez un hyperscaler américain. »
Solution hybride
Proximus NXT a accompagné plusieurs entreprises réduisant leur dépendance au cloud public. « Migrer toutes les données n’est jamais l’objectif, précise Filip Marchal. Aujourd’hui, beaucoup d’applications sont cloud-native et n’ont pas d’alternative sur site. » En pratique, l’environnement hybride s’impose souvent. « Les hyperscalers s’adaptent : Microsoft propose de combiner cloud public (Azure) et privé, gérés via un plan de contrôle unique. Cela facilite la gestion hybride. » La recherche de meilleures performances peut aussi motiver un retrait partiel du cloud public. Les solutions nécessitant beaucoup de puissance de calcul ou une faible latence sont plus faciles à trouver en privé. Des entreprises comme Dell et HPE, fournisseurs des hyperscalers, tirent avantage de cette situation, notamment pour l’IA, où l’entraînement local de LLM requiert des machines puissantes, proposées aussi en OPEX. Même Netflix, pourtant cloud-native, utilise un environnement hybride pour sécuriser ses capacités.
Préparation minutieuse
Quitter le cloud public n’est pas anodin. « Cela demande une analyse du paysage, estime Filip Marchal. Quelles applications, où sont-elles hébergées, quelle complexité ? Nous avons fait l’exercice pour un importateur automobile. Dans un environnement hybride complexe, remplacer une application cloud ne doit pas paralyser l’organisation. Existe-t-il une alternative sur site pour chaque application ? Cette question est essentielle. »
L’analyse des données est liée à ce point. « Parfois, rapatrier les données tout en gardant le traitement dans le cloud public peut augmenter les coûts à cause du trafic accru. » Il faut donc bien évaluer les effets de tout changement. « Cela permet d’identifier les raisons de la démarche : réduction des coûts, flexibilité… Cette analyse aide à déterminer si le rapatriement est le bon choix. »
Analyse des scénarios
« Toutes les organisations devraient faire cet exercice, même si le rapatriement n’est pas à l’ordre du jour, estime Filip Marchal. Que faire si le prix du cloud augmente de 20 % ? Seriez-vous capable de quitter facilement le cloud public ? » Même si le rapatriement peut générer des économies à long terme, il a un coût. « Et si la réglementation changeait ? Prendre le temps d’y réfléchir et d’établir un plan évite les décisions précipitées. »
Compétences et flexibilité
Dans ce contexte, il est crucial d’examiner si l’entreprise dispose des compétences requises, par exemple pour gérer un datacenter. « Celles qui ont longtemps privilégié le cloud public n’ont peut-être plus l’expertise pour l’exploitation sur site. Mais cela peut se résoudre via un service géré. »
Quid de la flexibilité ? Est-elle la même en cloud privé ou sur site ? « Cette question doit être intégrée à votre réflexion, recommande Filip Marchal. On peut opter pour une approche mixte : workloads constants sur site, bursting dans le cloud public pour les pics. »
Stratégie de sortie
La décision de rapatrier les données doit être mûrement réfléchie. « Il faut identifier les risques et établir un plan pour les maîtriser. Un projet cloud public doit prévoir une stratégie de sortie : quels budgets et délais pour rapatrier workloads et données ? » Le législateur prépare d’ailleurs une réglementation pour faciliter l’extraction des données.
La migration vers un cloud privé ou une infrastructure sur site doit minimiser les temps d’arrêt, ce qui peut être géré par une migration progressive. Les temps d’arrêt restent un risque, même après migration, mais ce risque existe aussi chez les hyperscalers. L’essentiel est d’avoir une vision globale : « Il faut surveiller l’ensemble de l’environnement hybride pour éviter que des machines virtuelles restent actives dans le cloud public », conclut Filip Marchal.
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