IBM constate un désalignement fondamental quant à la nature même du travail avec l’IA

Un décalage croissant s’installe entre les attentes des dirigeants d’entreprise vis-à-vis de leurs équipes utilisant l’IA et les compétences que les employés développent réellement, assure l’IBM Institute for Business Value.

Il ne s’agit pas d’un simple écart, mais d’un désalignement fondamental quant à la nature même du travail avec l’IA, nous apprend l’étude 2026 CHRO Study: Designing the Thinking Organization, sans doute la plus complète à ce jour sur l’impact de l’IA sur les ressources humaines.

L’étude a porté sur 1 500 CHRO répartis dans 21 pays et sur 8 800 employés à temps plein dans 28 pays. La méthodologie, mise en œuvre en partenariat avec Oxford Economics entre avril et juin 2026, lui confère une grande crédibilité.

Le décalage est patent : 71 % des CHRO estiment que la capacité à superviser, valider et corriger les résultats produits par l’IA est la compétence la plus essentielle pour leurs équipes. Pourtant, seuls 29 % des employés considèrent le jugement humain comme un élément important.

Aucun des deux groupes n’a tort à proprement parler. Toutefois, cette situation crée un terrain propice à des échecs coûteux liés à l’IA.

60 % des employés craignent que l’IA ne nuise à leurs compétences

Les chiffres concernant cette érosion des compétences méritent que l’on s’y attarde. Soixante pour cent des employés craignent que l’IA n’érode leurs compétences, l’esprit critique étant la capacité la plus souvent citée comme étant en déclin. Parmi les employés préoccupés par cette érosion des compétences, trois sur quatre affirment que l’IA a déjà commencé à altérer certaines de leurs aptitudes.

Il ne s’agit pas d’une simple hypothèse ; les travailleurs le ressentent au quotidien. Il existe une distinction importante entre utiliser l’IA pour accomplir une tâche et l’utiliser pour l’accomplir « bien ».

Si un analyste de données laisse un outil d’IA générer ses tableaux de bord sans examiner les données sous-jacentes, il obtient des résultats plus rapides… mais perd sa capacité à repérer les erreurs dans les données. Si un responsable marketing utilise l’IA pour rédiger tous ses briefs sans remettre en question le raisonnement de la machine, il produit du contenu plus vite, mais perd son instinct éditorial.

L’intégration du jugement dans le travail : un impact visible

L’étude révèle que les CHRO considèrent l’esprit critique (57 %) et le jugement humain (48 %) comme les compétences les plus précieuses au sein de leurs équipes. Or, ce sont précisément ces compétences qui s’atrophient le plus rapidement lorsque l’IA est utilisée comme un raccourci plutôt que comme un collaborateur.

Lorsque le jugement humain est délibérément intégré aux flux de travail assistés par l’IA, 62 % des CHRO constatent une confiance accrue des employés envers les décisions prises avec l’aide de l’IA. À l’inverse, lorsque cette intégration fait défaut, 57 % signalent une baisse de cette confiance.

Cet aspect est crucial, car la confiance dans les décisions de l’IA ne relève pas d’un simple indicateur subjectif. C’est ce qui fait la différence entre une équipe capable de détecter une erreur d’un modèle d’IA avant qu’elle n’atteigne le client et une équipe qui la laisse passer simplement parce que « l’IA l’a dit ».

Bref, la question n’est pas de savoir s’il faut utiliser l’IA, mais comment structurer le travail pour que la supervision humaine reste réelle et non purement symbolique.