« Nos dépendances technologiques sont un impôt qui ne dit pas son nom ! », commente Nicolas Bouzou, cabinet Asterès

Intéressante étude sur la captation de valeur liée à nos dépendances technologiques réalisée par le cabinet Asterès pour le Cigref. L’inflation tarifaire des services de cloud et de logiciels n’est plus seulement un défi budgétaire, elle devient une menace systémique pour l’économie européenne. 

Sur la base d’une étude menée auprès de 54 directeurs du numérique, le Cigref, l’association des plus grandes entreprises et administrations françaises, projette un surcoût moyen annuel de 140 milliards EUR d’ici 2030. En cause, notre dépendance numérique.

En 2025, Asterès avait évalué à environ 400 milliards EUR par an les dépenses des organisations européennes en services de cloud et de logiciel. L’ordre de grandeur de 264 milliards EUR d’achats annuels, réalisés par des organisations européennes et bénéficiant à l’économie américaine, traduisait -déjà- la fuite de valeur directe pour l’économie européenne.

34 % du montant reviendrait dans l’économie européenne

L’estimation des 140 milliards EUR repose principalement sur les services cloud de type IaaS, PaaS et SaaS ainsi que sur les logiciels sur site ou hébergés dans le cloud.

Le rapport distingue le coût pour les organisations européennes et le coût net pour l’économie. Les 140 milliards EUR constituent le coût pour les entreprises et administrations qui paient les factures, non pour l’économie européenne.

Asterès reprend une hypothèse de sa précédente étude : sur un euro dépensé dans le cloud-logiciel, 17 cents reviennent directement à des fournisseurs européens et 17 cents supplémentaires sont réinvestis en Europe par des fournisseurs extra-européens. Autrement dit, 34 % des hausses de revenus reviendraient, d’une façon ou d’une autre, dans l’économie, soit 47 milliards.

Un effet d’éviction qui fragilise l’écosystème européen

Pour Asterès, c’est un cercle vicieux qui met en danger les capacités de production et d’innovation futures. En effet, pour absorber ces surcoûts, les organisations réduisent en priorité leurs autres dépenses numériques (47 % des répondants) ou augmentent leur budget numérique global (33 %).

« 140 milliards, prélevés chaque année sur des entreprises européennes en situation de dépendance, et en partie soustraits à notre capacité d’investissement, c’est quasiment comme un impôt qui ne dit pas son nom », commente Nicolas Bouzou, Directeur du cabinet d’études économiques.

A entendre le Cigref, les pouvoirs publics nationaux et européens doivent prendre la mesure macroéconomique de ces dépendances. « Il est urgent d’établir une feuille de route industrielle pour préserver la capacité d’investissement à long terme de nos organisations », soutient l’association.