L’UE redessine la carte du cloud souverain en Europe… sans tourner le dos aux technologies américaines
Le contrat officialisé par la Commission européenne le 17 avril indique la direction que prendra la future législation dédiée au cloud souverain et à l’IA. Il a d’ailleurs été présenté comme un « benchmark » appelé à tirer l’ensemble du secteur vers des standards européens
180 millions EUR sur six ans pour fournir des services de cloud souverain à ses institutions, organes et pas moins de 70 agences. La Commission européenne a attribué vendredi un marché-cadre qui fera date. Les fournisseurs retenus sont européens mais s’appuient sur des partenariats technologiques hybrides. D’un côté Post Telecom associé à Clever Cloud et OVHcloud, StackIT et Scaleway (filiale cloud d’Iliad). De l’autre, Proximus, qui s’appuie notamment sur S3NS, la coentreprise entre Thales et Google Cloud, ainsi que sur Clarence et Mistral.
Au-delà des acteurs sélectionnés, c’est surtout la définition opérationnelle du cloud souverain qui se précise. D’ailleurs, les offres ont été évaluées au regard du Cloud Sovereignty Framework -cadre défini par l’exécutif européen, qui repose sur huit critères couvrant des dimensions stratégiques, juridiques, opérationnelles et environnementales.
L’union fait la force
« Ce projet prouve qu’il existe en Europe des alternatives solides, capables de répondre aux plus hauts standards, s’est félicité Octave Klaba, President & CEO, OVHcloud. Cette décision démontre également que, quand les acteurs européens unissent leurs forces, ils font la différence. »
Avec OVHcloud et Clever Cloud, Sébastien Genesca, General Manager, DEEP by POST Group, estime avoir mis au point une solution ambitieuse poursuivant un objectif commun : « construire une offre de cloud souverain qui tire le meilleur parti de notre expertise technologique, tout en partageant des valeurs communes et européennes. »
Rupture
La question de la souveraineté numérique, notamment dans le secteur public européen, est de plus en plus débattue ces dernières années. De nombreux gouvernements européens étant fortement dépendants des fournisseurs de cloud américains, leurs données sont soumises au CLOUD Act, qui autorise le gouvernement américain à demander l’accès à toute donnée hébergée par des entreprises américaines.
De toute évidence, l’attribution de ce contrat marque une rupture avec la dépendance technologique américaine. La Commission européenne assume un modèle multi-fournisseurs, destiné à renforcer la résilience et à éviter une nouvelle dépendance à un acteur unique.
L’exemple de Proximus
Cette attribution a aussi valeur de signal pour le marché européen. Lors du lancement de l’appel d’offres, la Commission expliquait vouloir en faire un point de référence pour le cloud souverain dans le secteur public.
C’en est un, de toute évidence. L’offre du groupe Proximus l’illustre parfaitement. La solution allie souveraineté du cloud, sécurité avancée et intelligence artificielle européenne, en s’appuyant sur un solide écosystème de partenaires et technologies européens :
Proximus et Proximus NXT en Belgique et au Luxembourg, forts de leur expérience en tant que partenaires de confiance des institutions publiques dans les domaines des télécoms et de l’ICT ;
S3NS, la plateforme cloud souveraine de confiance, certifiée selon les normes de sécurité européennes les plus élevées ;
Clarence, fruit d’une co-entreprise entre Proximus et LuxConnect, qui fournit un cloud edge souverain entièrement déconnecté et isolé du réseau, avec un confinement physique, un contrôle local et une haute résilience ;
Mistral AI, qui fournit des capacités d’intelligence artificielle européennes de pointe sur des plateformes cloud souveraines ;
Thales, qui fournit une architecture de sécurité à haute assurance et du renseignement sur les cybermenaces.
Un « benchmark »
On notera que la Commission européenne adopte une lecture assez pragmatique de la souveraineté, fondée sur la gouvernance, le contrôle et la conformité, plutôt que sur l’exclusion systématique de toute brique technologique non européenne.
Enfin, avec cet appel d’offres, la Commission européenne ne se contente pas de répondre à ses propres besoins. Elle cherche tout autant à structurer le marché. Le dispositif a d’ailleurs été présenté comme un « benchmark » appelé à tirer l’ensemble du secteur vers des standards européens.
Qui plus est, ce contrat indique une direction, celle que prendra la future législation dédiée au cloud et à l’IA. Ce texte vise à harmoniser la définition de la souveraineté au sein du marché unique ainsi qu’à faciliter l’émergence d’offres alternatives.

