Couvrir ce qui a été construit est une chose, peser en amont sur ce qui sera construit en est une autre

Assurer les data centers se fera plus tôt dans le cycle de transformation numérique, laisse entrevoir Swiss Re. Ce qui s’explique par l’importance des risques, dont certains sont difficiles à évaluer.

« Ce ne sont pas de simples bâtiments, mais des systèmes hautement intégrés où l’alimentation électrique, le refroidissement, le matériel et les logiciels sont tous interdépendants ; assurer les data centers devient de plus en plus difficile ! », explique Jimmy Keime, Global Head of Engineering & Nuclear, Swiss Re.

La demande d’assurance pour les data centers est en hausse. Les primes d’assurance mondiales liées à ces actifs devraient atteindre 24,2 milliards USD d’ici 2030, contre 10,6 milliards actuellement. La réassurance et l’assurance à cette échelle sont complexes, tant pendant la construction que, surtout, pendant la phase d’exploitation.

« Une fois les GPU, les locataires et les services en place, la valeur et la complexité opérationnelle augmentent. Ce qui rend les interruptions d’activité, les pertes de loyer et les interruptions de service critiques. Nous constatons également l’émerence de nouveaux facteurs d’exposition. Beaucoup sont liés à l’augmentation de la valeur assurée des sites exposés aux catastrophes. »

Un seul événement, de multiples risques

Swiss Re cite l’exemple des batteries lithium-ion directement intégrées dans les racks de serveurs, pour garantir l’alimentation ininterrompue des GPU haute densité. Cette intégration déplace le risque incendie au cœur même des salles informatiques. On atteint une fréquence et une intensité de sinistres que les modèles traditionnels, calibrés sur les architectures antérieures, ne reflètent pas encore fidèlement.

Le réassureur a également constaté que les grands centres sont parfois présentés aux assureurs par le biais de programmes d’assurance distincts -ici le bâti, là les équipements, là encore des infrastructures électriques. Ce qui rend le suivi de l’accumulation de capacité difficile. Un seul sinistre peut ainsi impacter plusieurs programmes d’assurance.

Les grands centres concentrent également de nombreux locataires et intérêts assurés sur un même site, souvent derrière des systèmes critiques communs tels que l’alimentation électrique, le refroidissement et la protection incendie. Cela accroît la probabilité de multiples sinistres simultanés découlant d’un seul événement.

L’assureur, un acteur de la gouvernance technique

Pour les assureurs et réassureurs, le temps est venu de pouvoir agir en amont de la conception. Leur positionnement va donc changer. Ils seront de nouveaux interlocuteurs des directions IT qui pilotent des projets d’infrastructure IA. Ils s’imposeront par conséquent comme des garants de la gouvernance technique.

Les critères d’implantation géographique, les choix de systèmes de refroidissement, la gestion des batteries de secours pourraient progressivement intégrer des exigences issues des référentiels de risque assurantiel.