Cybersécurité : «Il faudrait 50% d’experts en plus !»

par | Mar 7, 2019 | Cyber Security, Expérience | 0 commentaires

Manque d’experts, manque de ressources… Le nouveau Cybersecurity Act de l’Union européenne fera-t-il bouger la Belgique ? Eléments de réponse avec Hans Graux, avocat.

«Que ce soit en Belgique ou au sein de l’Union européenne, je remarque une seule et même grande tendance : il devient de plus en plus difficile de trouver des collaborateurs et experts compétents et d’allouer suffisamment de ressources, constate Hans Graux, avocat auprès de time.lex, un cabinet spécialisé dans le droit des technologies de l’information. Le nombre de profils compétents en matière de sécurité doit augmenter de 50 % et les ressources de 100 % ! L’industrie a notamment besoin d’experts de la cybersécurité, de délégués à la protection des données et de développeurs spécialisés dans la sécurité de l’information. Il est urgent de rendre ces métiers plus attrayants en augmentant les salaires et en élargissant l’offre de formations.»

Ce sujet sera au coeur de la conférence que Hans Graux consacrera au nouveau Cybersecurity Act de l’Union européenne dans le cadre du programme de séminaires du salon Infosecurity.be (20 et 21 mars, Brussels Expo); le texte officiel de ce plan d’action européen devrait être finalisé d’ici l’ouverture du salon.

Les problèmes et défis qui se posent actuellement dans le domaine de la cybersécurité, comme la pénurie d’experts et les budgets insuffisants, ne sont pas le propre de la Belgique. Tous les états membres de l’Union européenne y sont confrontés. C’est pourquoi l’Union européenne a annoncé un nouveau plan d’actions, dont fait partie le Cybersecurity Act. Cette initiative doit amener les états membres à prendre de nouvelles mesures préparatoires en intensifiant les investissements en faveur de la sécurité, en organisant des simulacres de guerres cybernétiques, en impliquant des prestataires de services clés du secteur privé, en introduisant une obligation de notification des incidents et en imprimant un nouvel élan à la certification de sécurité des appareils et services électroniques. Ce dernier aspect facilitera d’ailleurs la mise au point de normes de sécurité notamment pour les smartphones, normes qui seront contrôlées par des parties externes et neutres. La Belgique ne disposant pas d’une grande tradition dans le domaine des contrôles de sécurité, cette évolution ne peut être que positive pour le consommateur, analyse Hans Graux.

Un début, un bon début…

«L’Union européenne met en place une bonne stratégie, une préparation efficace. Il serait en effet erroné d’envisager les problèmes de cybersécurité dans une perspective purement nationale, observe encore Hans Graux. Mais ce n’est qu’un début… D’autres partenaires comme les États-Unis et la Chine ne seront peut-être pas disposés à appliquer les mêmes règles, mais au moins il existe désormais une stratégie concluante à l’échelon européen. Reste à présent à veiller à ce que les états membres réalisent les investissements nécessaires et appliquent correctement les règles, sans essayer de les adapter à leurs propres normes. Par ailleurs, ce plan d’actions ne permettra pas de résoudre tous les problèmes opérationnels, et les autorités nationales devront encore prendre des mesures additionnelles, notamment pour rendre les métiers de la cybersécurité plus attrayants…»

Une société de plus en plus tributaire de la sécurité de l’information

Selon toujours Hans Graux, il devient urgent de renforcer les rangs des experts et de prendre des mesures appropriées. Nous sommes en effet de plus en plus tributaires de la sécurité de l’information. Au cours des deux dernières années, deux entreprises belges sur trois ont subi un préjudice économique du fait d’attaques cybernétiques, des élections de pays voisins ont été manipulées par des fausses nouvelles, des e-mails de personnalités politiques ont été dérobés et rendus publics et nos smartphones pourraient bel et bien à l’avenir être écoutés. A cela s’ajoute un nouveau débat cuisant sur la question de savoir à qui nous pouvons nous fier pour nous vendre la 5G, l’internet des objets et les systèmes de prise de décision automatisée comme les voitures autonomes…

«De nos jours, la cybersécurité ne se limite plus à protéger nos comptes au moyen de mots de passe sécurisés; elle exerce une influence sur des processus fondamentaux de notre existence, poursuit Hans Graux. Nous voyons les attaques cybernétiques se multiplier et dans le même temps, notre dépendance à l’égard de l’internet et de nos appareils qui y sont connectés ne fait qu’augmenter : pacemakers, véhicules autonomes, machines à voter… Une société sûre sous-entend une sécurité de l’information infaillible -et c’est ce qui nous place dans une position particulièrement vulnérable. Nous devons donc acquérir la certitude que nous pouvons nous permettre de confier notre santé et notre sécurité à l’internet

Continuer à mener une réflexion critique

Nos appareils connectés sont souvent si complexes que même les meilleurs contrôles et mesures ne peuvent pas les rendre à 100 % sûrs. C’est donc à nous de faire preuve de prudence avec nos données. «Choisissez bien vos mots de passe et ne téléchargez pas n’importe quels logiciels ! Mais, surtout, faites preuve d’esprit critique, conclut Hans Graux. Cette remarque vaut d’ailleurs non seulement pour les citoyens et consommateurs, mais aussi pour nos décideurs politiques, par exemple dans la perspective des élections du mois de mai… Nous n’avons pas encore connu en Belgique d’incidents de sécurité d’envergure dans la sphère politique, mais nous devons néanmoins être conscients que les risques qui guettent nos processus démocratiques sont beaucoup plus nombreux qu’il y a cinq ans. Il n’est dès lors pas impensable que la cybercriminalité puisse être utilisée pour ébranler notre société.»

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Manque d'experts, manque de ressources... Le nouveau Cybersecurity Act de l’Union européenne fera-t-il bouger la Belgique ? Hans Graux, avocat, répond.
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