Mutations en profondeurJeudi 26 Mai 2011
Green-attitude, haute densité... Oui, ça joue. Mais c’est avant tout le changement de modèle induit par le «cloud» qui incite à externaliser.> Externaliser par souci de rationalisation
Le Cloud Computing change tout! Plus qu’un bouleversement technologique, c’est prioritairement un changement de modèle économique: on passe de l’achat au paiement à l’usage. Cela signifie que les datacenters vont rapidement migrer vers des centres mutualisés. Moins de 20% sont aujourd’hui externalisés; dans dix ans, 80% le seront, indique Gartner.
«Où sera l’entreprise dans cinq ans? Comment, à cet horizon, opèrera-t-elle? Hier, on ne se posait pas ce genre de questions, juge John Myklebust (Belgacom). On construisait un datacenter pour vingt, vingt-cinq ans; on programmait en surdimensionnant. Aujourd’hui, c’est impensable. Trop cher. Et, surtout, inapproprié. La construction implique trop de variables qu’une entreprise non spécialisée ne peut plus maîtriser!» C’est vrai pour les grandes organisations, c’est encore plus vrai pour les plus petites. Interxion compte de plus en plus de PME parmi ses clients. «Elles ne peuvent plus maîtriser l’évolution technique, constate Frédérik Dewulf. Et quand bien même le pourraient-elles, elles en seraient incapables financièrement!» Externaliser, sous-traiter... C’est dans l’air du temps. Mais cette décision doit être prise en fonction de la typologie du client, insiste Luc Greefs (Cegeka). «Combien de sites a-t-il? Et s’il n’en a qu’un, quels sont ses plans de croissance? Tout n’est pas blanc ou noir; un business case bien ficelé s’impose donc.» Placer l’infrastructure dans un centre de données est, selon Combell, la meilleure solution tant que l’accès aux applications et la consultation des données à distance est réalisable suivant le cahier des charges. «Finalement, c’est poser la question de la confiance, résume Thibault Meur (Belgacom). La crédibilité et la réputation de votre prestataire sont donc des éléments vitaux. Externaliser, c’est engager votre entreprise; ne l’oubliez jamais!» > Eviter la complexité technique
Le concept du datacenter a changé en très peu de temps. Il renferme beaucoup plus d’intelligence. Les enjeux, aussi, ont sensiblement évolué. Les clients exigent toujours plus. «La ‘private room’ que nous exploitions chez Interxion est devenue un espace complètement construit suivant les principes de haute densité, illustre David Temmerman (Combell). Concrètement, cela signifie pour nous des adaptations de nos manières de travailler qui nous orientent vers de nouveaux choix d’équipements et l’application de nouveaux principes de câblage structuré. L’augmentation de la concentration dans les racks, en particulier, accroît le danger opérationnel. Nous ne pouvons nous permettre, par exemple, d’utiliser des câbles trop longs, même de quelques centimètres, afin d’éviter un désordre néfaste dans les armoires. Ce désordre peut être extrêmement dangereux lorsqu’il faut reconnecter. Les spaghetti, c’est très mauvais!»
Côté constructeur, on partage le même point de vue. Mark Janvier (EMC): «Nous constatons une forte évolution vers une intelligence accrue, notamment en ce qui concerne l’apport d’air frais et l’extraction de l’air chaud. Nous nous adaptons constamment à ces nouvelles tendances. Les équipements que nous proposions il y a cinq ou six n’ont plus cours aujourd’hui. Les systèmes actuels exigent plus de refroidissement par condensation.» Question de refroidissement ici, question de déduplication, disques Spin Down, disques SSD ou gestion du cycle de vie là. Le poids des technos est bien réel... «Cela fait longtemps que l’on parle de stocker moins ou délocaliser pour consommer moins. La motivation est écologique, la justification est économique, analyse William Bruninx (EMC). Aujourd’hui, lorsque des composants ne sont pas utilisés, ils sont débranchés. Nos disques contiennent aussi moins de pièces en mouvement, donc moins de travail mécanique, donc moins de dégagement de chaleur et moins de consommation électrique. Tout se tient!» A la complexité technologique s’ajoute la complexité de gestion, rappelle-t-on chez Combell. Quid du Capacity Planning? David Temmerman: «Grâce au Cloud Computing et à la haute densité, on peut placer bien plus de serveurs dans les racks que par le passé. Néanmoins, la proportion de ‘public clouds’ par rapport aux ‘private clouds’ complique l’épure. Il est donc primordial de privilégier l’évolutivité de l’ensemble. Des réservations trop menues sont une menace opérationnelle...» C’est pourquoi Combell propose exclusivement des solutions en mode «managed cloud», se différenciant d’une bonne partie du marché centré sur des solutions «unmanaged». «On peut comparer notre position à celle des offres de ‘managed hosting’ par rapport aux ‘housing’ et ‘colocation’. Nos clients ne veulent pas gérer ou re-gérer leur infrastructure, pas même leurs patches. Ils veulent se concentrer sur leur cœur de métier via la couche Web et leurs applications!» > Profiter d’un accompagnement
Qui dit plus d’intelligence, dit plus de complexité, c’est évident. Mais il ne faudrait pas négliger la finalité, rappelle Luc Greefs (Cegeka): «Tout cela profite directement aux clients! Le cloud et la virtualisation, par exemple, augmentent drastiquement la capacité de calcul par rapport à une infrastructure constante. L’hébergement partagé permet une efficacité accrue et une flexibilité indispensable dans le monde des affaires actuel.»
Et Luc Greefs de poursuivre: «Pour beaucoup, un datacenter c’est d’abord des mètres carrés. C’est donc très compartimenté. Chez Cegeka, nous sommes seuls maîtres à bord dans le sens où les bâtiments nous appartiennent. Nous exerçons un contrôle global sur nos services de datacenter que nous combinons avec nos autres services IT. Les Managed Services sont une composante primordiale de notre offre.» La valeur ajoutée du prestataire est une composante du choix. Ici, on appréciera sa façon de gérer; là, son accompagnement. Les initiatives sont les bienvenues. Partant que les centres sont de grands hôtels et que nombre d’entreprises s’y côtoient sans nécessairement se connaître, ni même le savoir, Interxion a pensé qu’il pouvait petre intéressant qu’elles se rencontrent. De là l’idée de créer des communautés d’intérêt. «Nous avons la fibre noire, nous avons les opérateurs -pas moins de 65 opérateurs installés dans notre data center de Zaventem!- et plusieurs prestataires de services de cloud... Nous favorisons les rencontres dans une démarche de networking, explique Frédérik Dewulf. Très développée aux Pays-Bas, la communauté commence à s’imposer en Belgique. Nous commençons à attirer des clients pour la proximité d’autres acteurs qui peuvent leur proposer des services complémentaires. Le datacenter devient un lieu d’échange, de partage!» > OPEX ou CAPEX? OPEX naturellement!
Un datacenter de taille moyenne, c’est deux ans de travaux, plans et autorisations compris, estime-t-on chez Belgacom. «En CAPEX, c’est bien trop lourd à supporter, commente Thibault Meur. C’est de l’argent, c’est même beaucoup d’argent... qui ne rapporte pas. Ensuite, il faudra gérer cet investissement, le maintenir, le faire évoluer. Ce qui n’est pas toujours compris dans les budgets. Dilemme!»
Chez EMC, on voit les choses très simplement, sur base de l’équation Cloud = OPEX. Pour Mark Janvier, «il est évident qu’il y a un glissement important des CAPEX vers les OPEX du fait même du cloud. En général, c’est un phénomène de vases communicants qui s’opère.» Aujourd’hui, confirme-t-on chez Cegeka, les clients rechignent de plus en plus à investir dans leurs propres infrastructures informatiques. Depuis que l’on peut payer uniquement ce que l’on utilise, les CAPEX sont sous pression. Pourquoi s’en étonner? Le matériel informatique étant devenu une commodité, le datacenter l’est aussi devenu. «Là où le bas risque de blesser dans une optique ‘IT as a Service’, c’est au niveau de la bonne gouvernance, observe Luc Greefs (Cegeka). Qu’à cela ne tienne, la ‘Governance-as-a-Service’ prend le relais. Et nos contrats offrent la flexibilité voulue, les garanties exigées par les bonnes pratiques et, last but not least, la continuité opérationnelle.» Qui dit OPEX dit meilleure répartition des coûts, complète David Temmerman (Combell). «La répartition de coûts est plus aisée du fait que nous prenons dans nos livres la charge des évolutions technologiques et les upgrades. Ce n’est plus le problème du client; il ne paye que pour ce qu’il consomme!» Ce qui veut dire, encore, que le CFO s’implique davantage. «Hier, le datacenter était l’affaire du CIO, et de lui seul, commente Frédérik Dewulf (Interxion). Aujourd’hui, le CFO intervient dans la négociation. A poids égal!» > Eco-responsable? Sur le papier, c’est facile...
«Mon infrastructure est-elle bien refroidie? Puis-je accepter plus d’équipements ou des équipements à très haute concentration calorifique? Puis-je faire évoluer mon PUE? Les questions de nos clients sont naturellement les nôtres, observe Frédérik (Interxion). Avec l’avènement du cloud, elles deviennent plus sensibles encore.»
En dix ans, les datacenters ont évolué à l’instar des équipements d’infrastructure. «Ils consomment différemment. En 2000, nous avions des serveurs 4U qui consommaient plus que les serveurs 1U d’aujourd’hui, mais dans un rack actuel la consommation est de 42U! Automatiquement, on a plus de serveurs, avec une consommation énergétique en hausse», rappelle Thibault Meur (Belgacom). Les datacenters de dix ans ne plus ne possèdent pas un système de froid assez performant pour supporter la montée en puissance des racks. Les modifier? C’est possible. Mais à quel coût? Résultat: beaucoup ferment. Sur le papier, tout est possible, tout devient «green». Dans les faits, la démarche est rebutante. «Le cooling est devenu un métier à part entière, ne craint pas d’affirmer Frédérik Dewulf (Interxion). Avec l’apparition d’équipements à très haute dissipation calorifique et la prise de conscience des quantités très importantes d’énergie consommées par l’informatique des datacenters, on est appelé à agir sur différents fronts: traiter la haute densité informatique, mais aussi l’hétérogénéité des matériels; prendre en compte les contraintes environnementales et d’efficacité énergétique, tout en garantissant les ‘fondamentaux’ comme la continuité de services et la haute disponibilité, mais aussi la sécurité.» Luc Greefs (Cegeka) parle de «pilotage», de «tuning», en particulier pour le refroidissement. «Nous parvenons à augmenter la densité des racks et à compartimenter la consommation d’énergie. Mais cela implique une augmentation des moyens de refroidissement. Contenir les investissements en capacité de refroidissement ne s’improvise pas; non seulement il faut la connaissance, mais aussi l’expérience... et du doigté!» > Les SLA comme points de repères
«Voilà, aujourd’hui, ma situation; je suis conscient que je dois remplacer mon infrastructure ou, à tout le moins, la faire évoluer, mais si je peux éviter cet investissement, tant mieux, nous disent nos prospects, rapporte John Myklebust (Belgacom). C’est aujourd’hui la première motivation pour externaliser. La seconde est naturellement liée aux SLA. Soit faire aussi bien, sinon mieux à coût égal et à SLA constant. La décision repose sur ce rapport.»
Pour David Temmerman (Combell), les SLA prennent une importance de plus en plus grande du fait de la criticité des sites Web et des applications qui augmente constamment. «Nous proposons une solution unique qui est basée sur le temps de résolution des problèmes et incidents plutôt que sur un temps de réaction et sur des pourcentages. Les clients exigent une sécurité absolue et une disponibilité à toute épreuve de leur infrastructure. Ils veulent pouvoir compter à 100% sur leur fournisseur d’hébergement en cas de problème!» «Le client s’attend à des prestations de services garantis 24/7... tout simplement parce qu’il promet la même chose à ses clients, constate non sans humour Luc Greefs (Cegeka). Cette importance de la disponibilité implique le concept de redondance en fonction du ‘tiering’ du datacenter. Bien qu’il faille multiplier la différence de prix entre Tier par 1.5, les habitudes belges penchent fortement vers le Tier III.» Chez Interxion, on note une plus grande individualisation des contrats sur base des SLA. Frédérik Dewulf: «Aujourd’hui, les clients les mesurent ou les font mesurer par des tiers. Pour nous, cela fait beaucoup de rapports qu’il nous fait créer, gérer et suivre. Nous avons chaque mois des résultats à démontrer!» Mais pas question de s’engager dans une fuite en avant. Pour Frédérik Dewulf, des SLA élevés ne sont bien sûr nécessaires que pour répondre à des enjeux critiques! «Les applications possibles grâce au Cloud sont nombreuses, et toutes ne nécessitent pas un taux de disponibilité maximal. La mise à disposition d'un environnement de pré-production, par exemple, sera beaucoup moins critique que l'accès à un site Web, surtout si ce dernier porte un enjeu de vente en ligne...» Dans la même rubrique :
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