JOSEPH REGERVendredi 8 Juillet 2011
L’Europe est fragmentée... Sans efforts conjoints, le Cloud Computing ne restera qu’un vœux pieux, estime le Dr Joseph Reger, Technical Director, Fujitsu Technology Solutions. Et l’on risque de passer à côté d’une formidable opportunité. Bref, des normes s’imposent. Pour rassurer, et donc avancer.° Pourquoi sortir le Cloud Computing de son contexte technique, voire opérationnel? Est-ce vraiment un sujet politique?
«Alors que, ces dernières années, le Cloud Computing n'était -dans une large mesure- qu'un simple sujet de discussion, le nombre de scénarios d'utilisation concrets ne cesse de croître. Peu à peu, l'industrie apporte la preuve que cette technologie est prête à être exploitée dans des contextes variés et dans de nombreux secteurs d'activité. Mais une chose est certaine: sans action concertée de la part des fabricants et sans conditions fondamentales réglementées et unifiées partout en Europe, le marché de ce côté-ci de l'océan affichera du retard vis-à-vis de ses concurrents américains.
«Heureusement, le monde politique semble être conscient qu'il est important d'agir rapidement. Lors de son allocution à l’occasion du Forum économique mondial de Davos au début de cette année, la commissaire européenne Neelie Kroes a souligné que, dans le cadre de l'« agenda numérique » de l'Europe, une stratégie de cloud computing à l'échelle européenne était nécessaire. Il s'agit désormais de voir combien de temps il nous faudra pour passer de la parole aux actes.» ° La tâche vous semble difficile. Pourquoi?
«Parce que l'espace économique européen est un système complexe regroupant un grand nombre d'acteurs et de pays différents. La construction d'une infrastructure unifiée et stable est le plus grand défi qui attend l'Europe!
«Il convient de remplir un certain nombre de conditions pour atteindre cet objectif. Tout d'abord, il faut une législation unifiée pour la gestion des données du nuage. Aujourd’hui, la législation locale est diamétralement opposée à l'idée de nuages transnationaux, tant à l'échelle européenne qu'à l'échelle mondiale...» ° Comment évaluez-vous cette fragmentation?
«En difficultés pou contraintes en matière de concurrence et d'emplacement... En outre, une législation moderne et pan-européenne est nécessaire, notamment en termes de conformité et de sécurité: doit-on réellement empêcher les données brutes de sortir d'un pays donné ou est-ce plutôt l'information réelle qui doit rester à l'intérieur de ses frontières? Dans le cas de données chiffrées, par exemple, l'information est inutile sans la clé permettant de les déverrouiller, l'endroit où ces bits et ces octets sont détenus physiquement importe-t-il donc? Aujourd’hui, ces questions restent sans réponses fermes...»
° Votre approche est politique. Quel peut être le rôle des fournisseurs de technologies et des prestataires de services?
«L’industrie a besoin d'établir des normes en collaboration avec les gouvernements et les autorités de régulation. D'une part, parce que le manque de normes mène la vie dure aux premiers adeptes du Cloud Computing -les besoins d'intégration accrus et les coûts imprévisibles pourraient les dissuader d’aller plus loin. D'autre part, des normes engendrent une plus grande fiabilité et une meilleure acceptation sur le marché et, par conséquent, augmentent les échanges commerciaux.»
° Certes. Encore faut-il s’assurer que ces normes soient observées...
«C'est précisément pourquoi nous avons besoin d'autorités de certification indépendantes. Des autorités de certification auraient les capacités et les compétences requises, et devraient être reconnues et acceptées aussi largement que possible. Leur réputation doit être reconnue et, dans certains cas, elles devraient même se trouver sous l'autorité d'un gouvernement.
«Aujourd’hui, la situation tient du paradoxe: d'une part, le monde a peur de ‘Big Brother’. Par exemple, une étude de l'Institut de recherche Fujitsu a établi que plus de 70% de la population allemande ne désire pas d'intervention gouvernementale en ce qui concerne leurs données personnelles. D'autre part, pour une grande partie de la population, il existe une croyance inébranlable selon laquelle les autorités gouvernementales prendront les bonnes décisions!» ° En pratique, comment faire?
«Les autorités, les institutions et les gouvernements doivent montrer l'exemple à l'économie: les organisations doivent déployer leurs services de Cloud Computing elles-mêmes; elles doivent trouver les façons d'intégrer ces services au sein de leur propre paysage informatique. En outre, au lieu de demander pourquoi quelque chose ne fonctionne pas, celles-ci devraient découvrir comment faire pour que cela fonctionne. D'ici à cinq ans, de nombreuses entreprises ne parleront plus des services qui pourraient être utilisés dans le nuage, mais plutôt des services qui ne peuvent pas y être utilisés...
«Si nous parvenons à créer ces conditions, le nuage européen possèdera un véritable avantage concurrentiel: il sera synonyme de fiabilité et de sécurité, les critères indispensables pour l'utilisateur!» Dans la même rubrique :
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Michel Beaulen, CIO, Province de Liège






