° L'IT ne vous intéresse pas, dites-vous. Or, vous venez d'être nommé CIO. Faut-il comprendre cette négation comme une provocation?
«L'IT pour l'IT ne m'intéresse pas. Malgré des études en électronique et en télécommunication, puis une formation d'analyste IT, ce n'est pas l'IT dans sa dimension technique qui me motive, mais l'IT au service de l'entreprise, comme moteur d'innovation.
«En interne, le département dispose de suffisamment de compétences techniques, pour certaines extrêmement pointues. Ce sont autant de personnalités capables de travailler en profondeur. Moi, à ma fonction, j'entends travailler en largeur. Autrement dit, voir comment l'IT peut optimiser le marketing, renforcer les ventes, etc. Je souhaite une IT au coeur du fonctionnement de l'entreprise. Ca tombe bien: c'est le projet de l'entreprise qui me fait vibrer!»
° Votre cursus est pourtant technique...
«Oui, au départ! J'ai étudié les télécoms et l'électronique à l'Université de Lille. Au sortir des études, en arrivant chez France Telecom, on m'a demandé ce que je voulais faire. Ma réponse a fusé: autre chose que ce que à quoi mes études m'avaient conduit... Par curiosité, je pense. Pour le plaisir de découvrir, d'apprendre. J'ai donc débuté dans le commercial,en Normandie (après un passage à Sup de Co à Bordeaux dans le cadre d’une formation longue du groupe)! j'y ai un peu tout fait, y compris du contrôle de gestion et du back-office, ce qui m'a bien servi par après. C'était en 1986. Ensuite, je me suis retrouvé à la recherche, en charge d’un département informatique, le Groupe m’a permis de me former à l’Université de Lille en tant qu’ »analyste système ». J ai vu naître les premiers réseaux optiques, les services en ligne et l’arrivée du temps réel et des enjeux d’organisation associés, c'était fabuleux!
«La curiosité et l'envie d'apprendre, toujours, m'ont conduit à passer d'une fonction à une autre au sein du groupe France Telecom. C'est ainsi que j'ai pu vivre l'arrivée de la mobilité. J'ai vécu l'attribution des premières licences, j'ai participé aux premiers appels d'offres en Europe. En 1996, j'ai assisté à la naissance de Mobistar, pour en devenir le CMO en 2005. Peu après, j'ai été nommé à la tête de VoxMobile, la filiale luxembourgeoise de Mobistar -aujourd'hui Orange Luxembourg... J'ai donc eu la chance de connaître tous les types d'organisations, du siège central à la start-up. C'est très enrichissant!»
Et puis, vous êtes devenu, à Paris, VP Group Design & User Experience. Rien à voir avec l'IT. Pourquoi cette responsabilité?
«Il y avait un défi à relever: intégrer le design et l'ergonomie dans le développement de nos produits. Je parle à escient de défi car aucun opérateur, jusqu'alors, ne s'était intéressé à la question. Aujourd'hui, me direz-vous, c'est une évidence. Exemple parmi cent, le succès de l'iPhone. A mon sens, c'est le premier produit grand public numérique pour lequel on a privilégié la notion d'expérience à la richesse fonctionnelle... Je suis persuadé que nous avons encore beaucoup à apprendre de cette notion d'expérience dont on sous-estime l'impact, la puissance même. Or, c'est bien en proposant une nouvelle expérience qu'Apple est parvenu à dominer le marché de la communication mobile.
«L'IT pour l'IT ne m'intéresse pas. Malgré des études en électronique et en télécommunication, puis une formation d'analyste IT, ce n'est pas l'IT dans sa dimension technique qui me motive, mais l'IT au service de l'entreprise, comme moteur d'innovation.
«En interne, le département dispose de suffisamment de compétences techniques, pour certaines extrêmement pointues. Ce sont autant de personnalités capables de travailler en profondeur. Moi, à ma fonction, j'entends travailler en largeur. Autrement dit, voir comment l'IT peut optimiser le marketing, renforcer les ventes, etc. Je souhaite une IT au coeur du fonctionnement de l'entreprise. Ca tombe bien: c'est le projet de l'entreprise qui me fait vibrer!»
° Votre cursus est pourtant technique...
«Oui, au départ! J'ai étudié les télécoms et l'électronique à l'Université de Lille. Au sortir des études, en arrivant chez France Telecom, on m'a demandé ce que je voulais faire. Ma réponse a fusé: autre chose que ce que à quoi mes études m'avaient conduit... Par curiosité, je pense. Pour le plaisir de découvrir, d'apprendre. J'ai donc débuté dans le commercial,en Normandie (après un passage à Sup de Co à Bordeaux dans le cadre d’une formation longue du groupe)! j'y ai un peu tout fait, y compris du contrôle de gestion et du back-office, ce qui m'a bien servi par après. C'était en 1986. Ensuite, je me suis retrouvé à la recherche, en charge d’un département informatique, le Groupe m’a permis de me former à l’Université de Lille en tant qu’ »analyste système ». J ai vu naître les premiers réseaux optiques, les services en ligne et l’arrivée du temps réel et des enjeux d’organisation associés, c'était fabuleux!
«La curiosité et l'envie d'apprendre, toujours, m'ont conduit à passer d'une fonction à une autre au sein du groupe France Telecom. C'est ainsi que j'ai pu vivre l'arrivée de la mobilité. J'ai vécu l'attribution des premières licences, j'ai participé aux premiers appels d'offres en Europe. En 1996, j'ai assisté à la naissance de Mobistar, pour en devenir le CMO en 2005. Peu après, j'ai été nommé à la tête de VoxMobile, la filiale luxembourgeoise de Mobistar -aujourd'hui Orange Luxembourg... J'ai donc eu la chance de connaître tous les types d'organisations, du siège central à la start-up. C'est très enrichissant!»
Et puis, vous êtes devenu, à Paris, VP Group Design & User Experience. Rien à voir avec l'IT. Pourquoi cette responsabilité?
«Il y avait un défi à relever: intégrer le design et l'ergonomie dans le développement de nos produits. Je parle à escient de défi car aucun opérateur, jusqu'alors, ne s'était intéressé à la question. Aujourd'hui, me direz-vous, c'est une évidence. Exemple parmi cent, le succès de l'iPhone. A mon sens, c'est le premier produit grand public numérique pour lequel on a privilégié la notion d'expérience à la richesse fonctionnelle... Je suis persuadé que nous avons encore beaucoup à apprendre de cette notion d'expérience dont on sous-estime l'impact, la puissance même. Or, c'est bien en proposant une nouvelle expérience qu'Apple est parvenu à dominer le marché de la communication mobile.
° Nous sommes loin de la technologie, plus encore de l'IT...
«Pas tant que cela... Tout dépend, encore une fois, de la perception que l'on a de l'lT. Celle de Jean-Marc Harion, CEO de Mobistar, est très claire: l'IT n'a de valeur que si elle comprend les enjeux du business et est capable d'y répondre. Ceci suppose une parfaite connaissance des rouages de l'entreprise, de ses processus, mais aussi, et plus encore, de la finalité -quels services faut-il développer pour répondre aux attentes des clients et de l’entreprise? Quels services, encore, faut-il imaginer, pour précéder la demande, voire l'initialiser?
«Trop longtemps, l'IT a vécu en retrait, se contentant d'installer, de maintenir. C'est extrêmement réducteur. Et inutile dans le sens où des prestataires extérieurs peuvent parfois faire cela mieux que vous et moins cher... Personnellement, je pense que l'IT doit être une force de proposition. Ce n’est pas au business de comprendre l’IT mais bien à l’IT de comprendre le business.»
° La responsabilité de l'IT n'est-elle pas déjà suffisamment lourde?
«Elle l'est. Mais à quoi bon s'isoler dans sa tour d'ivoire? Je crois fondamentalement à la création collective. En même temps, je suis conscient qu'elle ne s'impose pas, ne se décrète pas. Il n'y a de partage que si la confiance est installée... et la confiance résulte de l'expérience. Tout se tient!
«J'ai la chance de connaître la plupart des métiers d'un opérateur télécom. Je les ai abordés sur différents fronts: technique, marketing, développement produit, mais aussi gestion financière, administration. J’ai une certaine idée 'd'où vient l'argent' comme 'par où il sort'! J'estime donc pouvoir évaluer la criticité d'un projet IT et participer aux arbitrages partant du principe que ceux-ci relèvent d'un processus collectif.»
° Quelles sont les ressources de votre équipe? Et comment fonctionne-t-elle?
«L'équipe IT compte 125 collaborateurs internes et autant de collaborateurs externes. Ce rapport est-il le bon? Franchement, aujourd'hui, je n'en sais rien. Mon ambition n'est pas d'imposer une stratégie qui privilégierait, par exemple, l'externalisation. Non! Je préfère voir au cas par cas. Ce qui veut dire, par exemple, identifier les technologies critiques qu'il vaut mieux maîtriser en interne. Et donc les suivre, car demain la donne peut changer. L'environnement est mouvant. A tous niveaux, on doit pouvoir se remettre en question. Rester vigilant, ouvert surtout. Ne perdez pas de vue que l'on ne peut externaliser que ce que l’on comprend bien et sait décrire objectivement.»
° Votre budget est appelé à baisser. Or, cette perspective ne semble pas vous inquiéter outre mesure. Pourquoi?
«Parce que, dans le cas précis de Mobistar, nous arriverons à la fin d'un cycle de projets majeurs qui ont entraîné d'importants investissements. Partant que ces projets arriveront à terme, nous n'avons plus alors besoin d'autant de ressources externes... L'important, j'en suis persuadé, n'est pas de disposer d'un budget en croissance, mais de faire les bons choix et de disposer des ressources nécessaires quand, précisément, il est opportun, voire pressant, d'innover.
«Trop longtemps, l'IT s'est contentée de viser l'efficacité opérationnelle au meilleur niveau et à monitorer de façon transparente les performances. Cela ne suffit plus. Aujourd'hui, il faut innover pour accroître notre efficacité et la qualité de nos services, un enjeu stratégique.
«Pas tant que cela... Tout dépend, encore une fois, de la perception que l'on a de l'lT. Celle de Jean-Marc Harion, CEO de Mobistar, est très claire: l'IT n'a de valeur que si elle comprend les enjeux du business et est capable d'y répondre. Ceci suppose une parfaite connaissance des rouages de l'entreprise, de ses processus, mais aussi, et plus encore, de la finalité -quels services faut-il développer pour répondre aux attentes des clients et de l’entreprise? Quels services, encore, faut-il imaginer, pour précéder la demande, voire l'initialiser?
«Trop longtemps, l'IT a vécu en retrait, se contentant d'installer, de maintenir. C'est extrêmement réducteur. Et inutile dans le sens où des prestataires extérieurs peuvent parfois faire cela mieux que vous et moins cher... Personnellement, je pense que l'IT doit être une force de proposition. Ce n’est pas au business de comprendre l’IT mais bien à l’IT de comprendre le business.»
° La responsabilité de l'IT n'est-elle pas déjà suffisamment lourde?
«Elle l'est. Mais à quoi bon s'isoler dans sa tour d'ivoire? Je crois fondamentalement à la création collective. En même temps, je suis conscient qu'elle ne s'impose pas, ne se décrète pas. Il n'y a de partage que si la confiance est installée... et la confiance résulte de l'expérience. Tout se tient!
«J'ai la chance de connaître la plupart des métiers d'un opérateur télécom. Je les ai abordés sur différents fronts: technique, marketing, développement produit, mais aussi gestion financière, administration. J’ai une certaine idée 'd'où vient l'argent' comme 'par où il sort'! J'estime donc pouvoir évaluer la criticité d'un projet IT et participer aux arbitrages partant du principe que ceux-ci relèvent d'un processus collectif.»
° Quelles sont les ressources de votre équipe? Et comment fonctionne-t-elle?
«L'équipe IT compte 125 collaborateurs internes et autant de collaborateurs externes. Ce rapport est-il le bon? Franchement, aujourd'hui, je n'en sais rien. Mon ambition n'est pas d'imposer une stratégie qui privilégierait, par exemple, l'externalisation. Non! Je préfère voir au cas par cas. Ce qui veut dire, par exemple, identifier les technologies critiques qu'il vaut mieux maîtriser en interne. Et donc les suivre, car demain la donne peut changer. L'environnement est mouvant. A tous niveaux, on doit pouvoir se remettre en question. Rester vigilant, ouvert surtout. Ne perdez pas de vue que l'on ne peut externaliser que ce que l’on comprend bien et sait décrire objectivement.»
° Votre budget est appelé à baisser. Or, cette perspective ne semble pas vous inquiéter outre mesure. Pourquoi?
«Parce que, dans le cas précis de Mobistar, nous arriverons à la fin d'un cycle de projets majeurs qui ont entraîné d'importants investissements. Partant que ces projets arriveront à terme, nous n'avons plus alors besoin d'autant de ressources externes... L'important, j'en suis persuadé, n'est pas de disposer d'un budget en croissance, mais de faire les bons choix et de disposer des ressources nécessaires quand, précisément, il est opportun, voire pressant, d'innover.
«Trop longtemps, l'IT s'est contentée de viser l'efficacité opérationnelle au meilleur niveau et à monitorer de façon transparente les performances. Cela ne suffit plus. Aujourd'hui, il faut innover pour accroître notre efficacité et la qualité de nos services, un enjeu stratégique.
«Le rôle ultime d'une direction IT est de devenir l’agent d’innovation, c'est-à-dire permettre l’évolution de l’organisation afin qu’elle exploite au mieux, et de préférence avant ses concurrents, tous les éléments qu’elle a à sa disposition. L'IT est extrêmement bien positionnée pour y arriver dans le sens où elle se trouve au carrefour des technologies et des processus. Je serais même tenté de dire que l'IT mérite d’incarner la direction de l’innovation, elle est sans doute la plus au fait des avancées technologiques qui améliorent d’une façon conséquente les organisations et l’efficacité des sociétés.»
° Vous êtes membre du comité exécutif de Mobistar. Est-ce important pour mener à bien votre mission?
«Incontestablement. De par mon passé chez Mobistar aussi bien que par les différences fonctions exercées au sein de la maison mère, j'ai la chance de connaître tous les membres du comité. Qui plus est, tous connaissent mon franc-parler. J'aime pouvoir dire ce que je pense, faire part de mes convictions. On avance que si on peut se dire les choses...
«La présence du CIO en comité n'est pas une question d'image. Dans mon cas, il s'agit d'être à l'écoute des directions métier qui fixent leur stratégie, être littéralement au coeur du fonctionnement de l'entreprise. D'une manière plus générale, je pense qu'il ne peut y avoir d'alignement stratégique du système d'information sur celui de la gouvernance d'entreprise que dans la mesure où le CIO lui-même siège en comité de direction...»
° Vous êtes membre du comité exécutif de Mobistar. Est-ce important pour mener à bien votre mission?
«Incontestablement. De par mon passé chez Mobistar aussi bien que par les différences fonctions exercées au sein de la maison mère, j'ai la chance de connaître tous les membres du comité. Qui plus est, tous connaissent mon franc-parler. J'aime pouvoir dire ce que je pense, faire part de mes convictions. On avance que si on peut se dire les choses...
«La présence du CIO en comité n'est pas une question d'image. Dans mon cas, il s'agit d'être à l'écoute des directions métier qui fixent leur stratégie, être littéralement au coeur du fonctionnement de l'entreprise. D'une manière plus générale, je pense qu'il ne peut y avoir d'alignement stratégique du système d'information sur celui de la gouvernance d'entreprise que dans la mesure où le CIO lui-même siège en comité de direction...»
Remettre les projets IT au coeur de l'activité de Mobistar
En mars 2012, Mobistar revoyait son organisation. Parmi les mesures prises, la division du département ITNO en un département Networks, dirigé par Pascal Koster, et un département IT, aujourd'hui sous la responsabilité d'Erick Cuvelier.
L'objectif est double: accorder encore plus d'attention à l'amélioration des réseaux et remettre les projets IT au cœur de l'activité de Mobistar.
Nommé CIO (Chief Information Officer), Erick Cuvelier est aussi membre du comité exécutif de Mobistar.
Ce Lillois de 49 ans connaît très bien la maison Mobistar: il y est entré en janvier 1996, neuf mois avant le lancement commercial de la marque, et y est resté jusqu'en juin 2009. De 2005 à 2009, il a occupé la fonction de Chief Marketing Officer chez Mobistar. Il a ensuite rejoint le groupe France Télécom-Orange, où il a occupé ces trois dernières années le poste de VP Group Design & User Experience
L'objectif est double: accorder encore plus d'attention à l'amélioration des réseaux et remettre les projets IT au cœur de l'activité de Mobistar.
Nommé CIO (Chief Information Officer), Erick Cuvelier est aussi membre du comité exécutif de Mobistar.
Ce Lillois de 49 ans connaît très bien la maison Mobistar: il y est entré en janvier 1996, neuf mois avant le lancement commercial de la marque, et y est resté jusqu'en juin 2009. De 2005 à 2009, il a occupé la fonction de Chief Marketing Officer chez Mobistar. Il a ensuite rejoint le groupe France Télécom-Orange, où il a occupé ces trois dernières années le poste de VP Group Design & User Experience






Marc Lambotte, General Manager, Unisys Belgium




