BERNARD LIAUTAUDLundi 16 Mai 2011
A la tête de Balderton Capital, au conseil d’administration de SAP et de Talend après avoir fondé et dirigé Business Objects, ce visionnaire -tout à la fois stratège et homme de terrain- aime conjuguer au présent comme au futur le verbe «oser». A la veille de l’ICT Spring 2011, les 28 et 29 juin, où il comptera parmi les principaux orateurs, il nous invite à renouer avec l’audace.
° Tout allait bien, le monde était heureux, jusqu’au séisme qui ébranla, en 2009, le monde financier. Aujourd’hui, on serre les boulons! Que devient, dans ces conditions l’innovation, planche de salut des économies occidentales? Dans quelle direction évolue-t-elle actuellement?
«L’innovation se porte bien, je vous rassure! Elle avance toujours, elle est partout; aucun domaine ne lui échappe. Entreprises privées et pouvoirs publics restent les fervents défenseurs d’une innovation dont l’économie est plus que jamais le moteur. Néanmoins, nous devons admettre que ce sont les petites entreprises et, notamment, les jeunes pousses et les centres de recherches qui en sont les principaux animateurs. Par leur envergure, leurs organigrammes, les grandes entreprises éprouvent davantage de difficultés à faire éclore les idées innovantes. Le meilleur moyen pour elles de rester à la pointe de l’art est de conclure des partenariats avec les jeunes entreprises innovantes et les centres de recherche.» ° Les technologies se bousculent et bousculent nos vies. Où en est-on en matière de Cloud Computing? De réseaux sociaux? De réseaux collaboratifs? «Au niveau du Cloud Computing, trois thèmes récurrents animent le marché: les applications, les plates-formes et l’infrastructure. Réticentes au début, les entreprises acceptent maintenant de déployer toujours plus d’applications sur le cloud. Des tas de choses se passent également en infrastructure: cloud privé, cloud public, gestion, écosystème, etc. Les plates-formes sont, quant à elles, toujours en phase de développement. Il y a des entrants, mais on ne note pas encore de leadership sur cette niche prometteuse.»
«Pour les réseaux privés, facebook est au centre de tout. Number one et pratiquement seul! Avec un tel mastodonte sur le marché, Les utilisateurs n’ont guère de choix. D’ailleurs, qui est numéro deux après facebook? Bonne question! Dans les entreprises, les collaborations se cherchent toujours! La plate-forme la plus commode se fait attendre. On est encore au stade embryonnaire...»
° Les pays émergeants apparaissent comme les marchés de demain. Mais avant de profiter de cette manne, bien du chemin leur reste encore à parcourir. A Davos, vous avez évoquiez votre intérêt pour les nouveaux modèles de distribution des technologies envers ces pays. Est-ce là un nouveau business? Rentre-t-on dans l’e-investissement durable? «Vous avez raison, les besoins de ces pays sont immenses! Aujourd’hui de nombreuses entreprises se développent avec succès en vue de leur apporter des technologies et plans d’affaires là où nos modèles ne peuvent fonctionner. La solution open source semble bien adaptée aux réalités et besoins actuels de ces nations. Des développements se feront certainement à ce niveau. Pour les consommateurs, les initiatives restent encore confinées entre les mains de quelques spécialistes. D’une manière générale, il est encore trop tôt pour juger. Mais, existent ici de réelles opportunités et il ne fait aucun doute que de nouveaux acteurs émergeront sur de ce terrain fertile.» ° Vous aimez tracer un parallèle entre le sportif que vous auriez-voulu devenir et le chef d’entreprise que vous êtes devenu: esprit de compétition, engagement, poussée d’adrénaline…. Jugez-vous vos interlocuteurs sur base de ces valeurs? «Pas du tout en ce qui touche à l’appréciation de mes interlocuteurs! Oui en ce qui concerne mes critères d’investissement. Ici, je considère l’esprit de compétition comme vraiment essentiel, ainsi que la volonté de gagner, d’aller au-delà, de dépasser.» ° Vous ne cachez jamais votre admiration envers la Silicon Valley et répétez à l’envie que c’est dans cet «Eldorado» qu’il faut s’investir pour gagner! Faut-il nécessairement s’expatrier pour réussir? La vieille Europe est-elle à la traîne? «Non, il ne faut pas nécessairement s’expatrier pour gagner! Mais, tout dépend de la niche du domaine dans lequel vous voulez vous investir. Ainsi, la Silicon Valley est en avance pour tout ce qui touche au logiciel d’entreprise et logiciel grand public. Pour ces spécialités, elle propose un écosystème difficile, voire impossible, à trouver ailleurs. Voila pourquoi son rythme de création d’entreprises est toujours plus fort qu’ailleurs! Elle est un endroit privilégié où vous pouvez trouver, sur une aire restreinte, les meilleurs CV, des partenaires industriels, des financiers, etc. C’est en ce sens que la Silicon Valley est un endroit unique. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle est l’unique endroit pour créer son entreprise... «Mais l’Europe n’est pas en retard! Loin de là! Elle évolue tout simplement selon une dynamique différente. Ainsi, nous n’avons pas à rougir de nos pôles de compétitivité, de nos centres de recherche, de nos jeunes pousses. C’est plus difficile en Europe. Il y a davantage d’obstacles. Le marché européen est loin d’être homogène. On n’y trouve autant de marchés que de pays!»
° Restons en Californie, où il n’existe aucun mécanisme de défiscalisation des investissements. Entrepreneurs, et investisseurs s’attachent à créer de la valeur….L’innovation doit-elle être aidée fiscalement?
«Si un coup de pouce fiscal est toujours un élément positif, il n’est et ne sera jamais un moteur d’innovation. Pas besoin d’aide fiscale pour avoir de l’imagination! L’innovation vient d’entrepreneurs qui ont une créativité forte. D’où l’importance d’un écosystème entourant la créativité afin que l’innovation ne reste pas dans les tiroirs. L’aide fiscale est intéressante là où la fiscalité est forte et les charges salariales élevées. Ce qui est le cas de bien des pays européens. ° «Il nous faut développer la culture du risque, célébrer le succès, ne plus pénaliser l’échec» sont vos citations préférées! Au moment où les économies récupèrent des séquelles de la crise financière, sont-elles toujours d’actualité? «Plus que jamais! Les innovations les plus passionnantes sont celles qui ont demandé le plus de risques. Les entreprises gagnantes sont celles qui ont pris le plus de risques. Des risques forts, j’entends. Si on risque, on peut échouer. C’est certain. Mais, il faut savoir se relever d’un échec, considérer l’échec comme une leçon, une expérience. En somme, apprendre de l’échec. Ce qui me fait dire et répéter que s’il faut célébrer les succès, il faut aussi oser célébrer les échecs!» 28 et 29 juin, Luxexpo accueille ICT Spring. Cinq European ICT Awards y seront décernés 1.500 cadres ICT, représentants de startups et chercheurs attendus provenant d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Asie. L’événement mettra en avant les dernières innovations en terme de technologies de l’information et de la communication (réseaux sociaux, applications, tendances mobiles, e-commerce, data centers...). Près de 120 exposants seront réunis sur 2.000 m². Les stands sont répartis en 5 villages représentant l’écosystème de l’innovation: - Online Business & Gaming - Infrastructure & Telecom - Funding & Finance - Cloud & e-Hosted solutions - Advisory & Consulting Plusieurs activités sont prévues dont 80 démos de startups et 60 masterclasses d’experts, ainsi que 7 grandes conférences avec: - Saeed Amidi, CEO de Plug & Play Tech Center - Jean-Michel Billaut, Président et Créateur de l’Atelier BNP Paribas - Bernard Liautaud, fondateur de Business Objects, partenaire de Balderton Capital - Gérard Lopez, Chairman Genii Capital, Founder Mangrove Capital Partners - Stephen Prentice, VP & Gartner Fellow - Chris Redlitz, fondateur de Kicklabs - Brian Wong, fondateur et CEO de kiip.me Dans la même rubrique :
|
|
|
|
|






Michel Beaulen, CIO, Province de Liège






